Rappel historique: Cette loi sur l’audiovisuel public ne figurait pas dans son programme présidentiel et c’est au fur et à mesure de la campagne de 2007 que le futur président Nicolas Sarkozy a constitué “son” nouveau concept de télévision publique, autour d’une rancoeur contre les collaborateurs du service public et de ses dirigeants parce qu’il estimait avoir été mal reçu et avait promis: ils me le paieront!!
Voici un extrait du texte de loi proposé: Il s’agit « d’inventer la télévision de service public du XXIème siècle », de lui donner un visage nouveau et en cela de servir le pluralisme. Servir le pluralisme, c’est aussi servir le téléspectateur qui bénéficiera, grâce à la nouvelle identité de la télévision publique, d’une offre de programmes différente de celle de la télévision privée. L’enjeu est donc aussi un enjeu de société.
Le spectateur, on l’a bien compris: c’est lui, Sarkozy Nicolas et servir le pluralisme et le spectateur: c’est d’abord le servir!!
Nicolas Sarkozy, ce n’est pas un scoop, est un réactif qui sait très bien exploiter les failles politiques et les terrains laissés en jachère par ses adversaires, par la gauche en général et le PS en particulier.
Les failles de la gauche: les décrets Tasca, la loi Trautman et surtout la publicité sur les chaînes publiques que la gauche avait promis de faire disparaître..
Ensuite, pour bien tacler la gauche, confier la rédaction du projet de texte à de la valetaille déçue par la gauche (G.M. Benhamou) et, dans le plus pur style du stalinisme, pour le défendre devant l’Assemblée, confier le bébé à l’un de ses ennemis intimes à l’UMP (Coppé) pour le plaisir de le déstabiliser car Sarkozy sait qu’un homme politique responsable ne refuse pas un dossier..
Mesure phare annoncée: plus de pub sur le service public, financement remplacé dans l’immédiat par une dotation insuffisante de 450 millions d’euros et ensuite par un prélèvement sur les bénéfices des chaînes privées et des opérateurs téléphoniques; et par effet de levier récupération du pactole de la pub par les chaînes privées qui, elles, lui ont servi la soupe pendant toute la campagne: ainsi Nicolas Sarkozy fait d’une pierre deux coups.
De plus, c’est le président de France Télévisions, P. de Carolis, qui a du décider de retirer la pub de ses chaînes depuis le 5 janvier 2009, avant le vote de la Loi, sinon il risquait d’être révoqué!
Et la boucle est bouclée: tout le monde est servi!
Pour Sarkozy, l’enjeu de société de cette réforme est :
Extrait du projet de loi:
“La modernisation de la gouvernance de France Télévisions concilie deux objectifs : elle redonne à l’Etat actionnaire la responsabilité légitime de la nomination du président de France Télévisions.. Il est apparu fondé de généraliser ce dispositif de nomination du président de France Télévisions à l’ensemble des sociétés nationales de programmes mentionnées à l’article 44 de la loi de 1986.. Le premier alinéa de l’article 47-5 de la même loi est remplacé par les dispositions suivantes : « Les mandats des présidents des sociétés France Télévisions, Radio France et de la société en charge de l’audiovisuel extérieur de la France peuvent leur être retirés par décret motivé, après avis conforme, également motivé, du Conseil supérieur de l’audiovisuel.”
Mais le véritable enjeu de société pour l’audiovisuel public, ce n’est pas de réformer le texte de nomination et de révocation de “tous” les présidents des sociétés publiques ou de créer une “Audiovisuelle de l’Extérieur” qui veut annuler les émissions en langue chinoise et russe (plus d’un milliard de personnes dans ces pays de liberté d’expression où la France aurait justement un rôle important à jouer dans ce domaine!!) ..
Mais dans l’immédiat de créer un GIE production.
Equiper un studio pour les besoins spécifiques du groupe en région parisienne.
Obtenir un accès direct au compte de soutien pour la création et la production.
Réinternaliser le plus possible les émissions pour créer des emplois à plein temps.
Appliquer le pacte de priorité (redevance réévaluée).
Relancer les programmes régionaux.
Ouvrir de nouvelles fenêtres de diffusion en prime time, en journée, en matinée sur F3.
Constituer une politique de stocks de programmes régionaux audacieux.
Réviser les décrets Tasca, ces décrets Tasca censés résoudre les problèmes posés par le sous-financement chronique des chaînes publiques, ont permis en fait l’émergence d’un secteur dit de la « production indépendante » appellation pudique pour « marché et production privés ».
Ils ont été malheureusement trop souvent une aubaine pour certains producteurs contre le secteur public.
Cette politique n’a pas permis de créer un marché, tant sa conception et les conditions économiques étaient artificielles.
Les petites structures de production, généralement sous-capitalisées et dépendantes des chaînes n’ont pas réussi à se développer, pour le plus grand bonheur des grosses sociétés de production, le plus souvent entre les mains des animateurs/producteurs.
Et la loi Trautmann sur l’audiovisuel qui, faute d’avoir limité les concentrations capitalistiques dans le secteur privé, s’est de fait retournée contre le service public en le privant d’une partie substantielle de son financement.
Ces mesures législatives, pour ne citer qu’elles, ont lourdement hypothéqué l’avenir des chaînes publiques.
Celles-ci, handicapées par de nombreuses obligations, par des contraintes financières et sans véritables moyens supplémentaires, ont été précipitées dans la course aux parts de marché.
Sans oublier la SFP qui a été bradée..
Différencier France 3 face aux chaînes privées en créant des émissions, en direct ou en différé, politiques, musicales, culturels intégrant des sujets enregistrés et montés en interne.
Créer une structure de production inter-régionale pour la production de fictions et de magazines régionaux et nationaux, destinées à toutes les chaînes du groupe.
Développer le documentaire à thématique sociale et historique.
Développer et encourager les co-productions inter-régionales, nationales et internationales avec des chaînes publiques et des producteurs régionaux audacieux.
Elargir les programmes “Jeunesse” dans leur diversité et leurs particularités régionales (langue régionales par exemple).
Valoriser la citoyenneté, les sports, la musique, les arts plastiques, l’architecture, la littérature et la culture.
Porter la redevance au niveau des autres pays européens.
Elargir son assiette en fonction des revenus par exemple ou l’aligner sur le prix journalier du “timbre poste” comme il était prévu.
Car faire financer le service public par le téléspectateur, c’est responsabiliser l’Etat vis-à-vis des véritables actionnaires de l’audiovisuel public: les français.
Obtenir le remboursement des dettes de l’état (les sommes de ceux qui sont éxonérés de la redevance que l’état n’a jamais remboursées).
L’acquisition des programmes et la commercialisation de leurs droits.
Obtenir de l’Etat le respect de ses engagements et la liberté éditoriale des tutelles.
Définir une orientation stratégique pour le groupe et pour l’entreprise.
Repositionner France 3 au sein du groupe et redéfinir son identité.
Contribuer à l’aménagement du territoire en développant une stratégie de productions organisées autour des auteurs, acteurs, créateurs et techniciens demeurant en régions à l’instar de chaînes anglo-saxonnes qui produisent sans complexe en région.
Obtenir un financement spécifique pour la Haute Définition sur le même principe que le passage du noir et blanc à la couleur.
Donner des moyens supplémentaires pour renouveler les cars-régie devenus obsolètes pour rivaliser avec le privé et éviter de co-produire systématiquement les grandes retransmissions directes avec le privé, pour moderniser la vidéo mobile en HD.
Assurer la diffusion de tout France Télévisions, Radio France, l’Audiovisuel extérieur sur tous les supports.
Assurer les développements et la diversification sur les nouveaux supports.
Faire de l’aménégement du territoire et défendre l’emploi permanent, créer des emplois en CDI pour contribuer à régler le dossier des intermittents.
Négocier un accord de branche pour favoriser les départs en retraite à 60 ans.
Favoriser la diversité et débloquer l’ascenseur social.
Défendre les métiers et la convention collective.
Voilà des propositions concrètes de réformes qui donneraient à l’audiovisuel public une rigueur éditoriale et budgétaire de service public au-delà des coups de sang du prince qui confond Etat actionnaire et Etat d’âme, qui confond service public et sévice public.
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