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Discours de François Hollande aux Biennales internationales du spectacle à Nantes
Jeudi 19 Janvier 2012
Mesdames et Messieurs, je veux d’abord saluer mon ami Jean-Marc Ayrault qui nous accueille ici pour ces Biennales internationales du spectacle. Je salue les organisateurs. C’est devenu un événement majeur, un temps de rencontre, de dialogue, un lieu d’affirmation et de proposition concrète pour le spectacle vivant, et d’une manière générale un débat sur la politique culturelle de la France. Cette manifestation se tient avant une élection importante qui va sûrement justifier la présence d’un certain nombre de personnalités politiques pour dire l’engagement qui doit être le leur pour la culture en France. C’est aussi pour cette raison que je tenais à être ici à Nantes aujourd’hui.
Nantes est devenue une des capitales culturelles de notre pays. Cette collectivité a fait de l’art un vecteur de développement. Elle a joué harmonieusement des géographies, en créant des espaces comme le Lieu unique, en multipliant les commandes aux plasticiens. Il y a beaucoup d’exemples à prendre de Nantes.
Mais je veux aujourd’hui parler de l’enjeu national. Une Nation, c’est la conscience d’avoir accompli de grandes choses ensemble, mais c’est aussi le désir d’en réaliser de nouvelles. La culture est donc un élément constitutif de notre identité, tout en permettant la reconnaissance de toutes les diversités. La culture s’acquiert, se transmet d’une génération à l’autre. Elle fait émerger et subsister, pour les réinventer en permanence, les contours d’une société. C’est pourquoi la culture fait partie du rêve français, de cette grande, cette belle idée qui veut que nous fassions en sorte que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre. La culture c’est le lien, le lien entre des individus, entre des classes sociales, entre des pays, entre des générations. La culture est donc au cœur d’un projet politique. Ce n’est pas simplement un élément d’un programme. Ce n’est pas une dimension qu’il faudrait ajouter aux autres politiques. C’est ce qui doit animer la démarche d’un candidat sûrement, d’un président nécessairement.
Je viens parler de la culture dans un moment particulièrement difficile pour l’Europe et pour la France, c’est-à-dire pendant un moment de crise. Une crise qui frappe dur, qui conduit beaucoup de nos concitoyens à lutter chaque jour pour échapper à la spirale de la précarité et au déclassement. Je viens parler de la culture dans un contexte où les Français, beaucoup d’entre eux, sont d’abord préoccupés par l’essentiel : l’emploi, le pouvoir d’achat, l’avenir des enfants. Et pourtant même, et j’allais dire surtout, dans la crise, je dois parler de la culture à ceux et à celles qui en sont le plus éloignés aujourd’hui.
Je viens parler de la culture à un moment où l’Etat, les collectivités publiques, sont dans des contraintes financières lourdes et cherchent des économies, des moyens de redresser les comptes qui ont été dégradés ou de réduire l’endettement. Mais j’affirme ici que l’austérité ne peut pas être aveugle. Un pays attractif, dynamique, enthousiaste, a plus de chance de rembourser sa dette qu’un pays que la vie a subrepticement quitté.
La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. La culture, ce n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser. La culture c’est l’avenir, c’est le redressement, c’est l’instrument de l’émancipation et le moyen de faire une société pour tous. Comme le disait Baudelaire : « le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ».
La violence de la crise, et j’en fais le constat, n’a pas eu raison de la curiosité, de l’envie de connaître, du besoin de partager, de vivre des émotions. Jamais les Français n’ont ces derniers mois autant fréquenté les musées, les spectacles, les cinémas. Et lorsqu’existe une tentation parfois redoutable de repli sur soi, lorsqu’émerge la peur de l’autre, lorsque le sentiment de déclin peut gagner les esprits, alors nous devons nous tourner vers la culture. C’est elle qui nous élève, qui nous construit, qui nous rassemble.
Dois-je évoquer ici, à la veille d’une élection, le bilan de la politique culturelle du président sortant ? J’hésite à le faire, pas par une sorte d’indulgence — elle ne serait pas comprise — mais pour ne pas me répéter. En définitive, le bilan de la politique culturelle du pouvoir est à l’image du quinquennat. L’Etat assure aujourd’hui moins du quart du financement public de la culture. Le soutien aux équipements de proximité a été négligé. L’enseignement artistique a été délaissé. Les pratiques amateur ont été négligées. Les entretiens de Valois sur le spectacle vivant sont restés sans lendemain. Le Conseil pour la création artistique qui avait été lancé à forts coups de trompette a été un fiasco. Hadopi est devenu un sujet d’affrontement. Les subventions de l’Etat sont partout en recul, qu’il s’agisse du soutien aux lieux ou aux équipes. Le doute s’est installé. Un sigle a fait florès, y compris dans le monde de la culture, la RGPP, qui vient menacer les budgets et les actions au nom d’économies budgétaires qui ne sont pas ici comprises.
J’ajoute que les maisons culturelles à l’étranger ont été sérieusement affectées. Si bien que les villes, les départements, les régions ont pris le relais de l’Etat, soutenant les nouveaux talents, permettant le financement des lieux de diffusion. Et aujourd’hui, quand l’Etat investit un euro dans la culture, ce sont deux euros qui sont apportés par les collectivités locales. Elles ont bien compris, ces collectivités — sans doute mieux que l’Etat — que la culture est l’un des secteurs les plus fertiles en création d’emploi, que c’est un moteur de développement territorial mais aussi économique, social, éducatif ; que les villes, les départements, les régions, en investissant dans la culture, ont considérablement augmenté le potentiel d’attraction des territoires.
Mais je le dis aussi nettement, les collectivités ne peuvent se substituer à une politique nationale. Elles seront elles-mêmes touchées par les contraintes financières. Je ne suis pas favorable à ce que progressivement, l’Etat s’efface et que les territoires s’emparent d’une compétence qui était jusque-là, au moins pour l’orientation de la politique culturelle, celle de l’Etat.
Le désengagement de l’Etat est une rupture brutale avec une tradition, une histoire, un héritage propre à notre pays et qui dépassait souvent les clivages politiques. Il y a eu des affrontements ces trente ou quarante dernières années entre la Gauche et la Droite sur la culture. Mais il y a eu de grands ministres de la Culture de Droite, André Malraux bien sûr, mais pas seulement André Malraux : Edmond Michelet, Jacques Duhamel — je ne veux pas oublier les autres. Mais je veux dire ainsi que la culture a été portée de majorité en majorité, jusqu’à récemment, par la même ambition, la même volonté.
Je sais, même si vous connaissez ma sensibilité — je suis socialiste, pour ceux qui n’auraient pas suivi les différents événements qui se sont produits depuis ces vingt dernières années — que le monde de la culture a des griefs vis-à-vis de la Gauche. Parce qu’elle ne parle pas suffisamment de la culture dans ses programmes — cela m’est revenu. Parce que la Gauche, quand elle est en responsabilité, même si elle s’honore d’avoir fait voter de grandes lois, d’avoir soutenu la création, de l’avoir défendue, n’a pas toujours été vigilante comme il convenait. Je sais qu’il peut y avoir des conflits sur certains territoires entre des élus et des acteurs culturels. C’est la vie ! Mais ce que je veux ici signifier, c’est la culture comme grande ambition nationale, comme étant une force qui doit être capable de dépasser ce qui peut nous opposer.
C’est la raison pour laquelle je réaffirme que la culture doit être une priorité majeure, une ambition commune. Cela doit se retrouver bien sûr dans le budget de la culture. Mais plutôt que de fixer des taux de progression, j’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat. Mais il n’y a pas que le budget du ministère de la Culture, il faut y ajouter toutes les autres dimensions portées par de grands ministères : ministère de l’Education, ministère de l’Industrie pour le numérique, ministère de l’Economie pour la fiscalité, ministère des Affaires étrangères pour l’action culturelle à l’international.
Aussi, si les Français m’accordent leur confiance en mai prochain, ma première volonté sera de restaurer la légitimité du ministère de la Culture pour le faire porter sur ses deux missions essentielles. La proximité avec les artistes, d’abord. C’est le ministère de la Culture qui soutient la création, qui accompagne les artistes, qui les défend, qui leur permet de dialoguer avec force avec les autres ministères sur leurs droits, sur leur rémunération. C’est le ministère de la Culture qui doit garantir la liberté des équipes et simplifier l’exercice des professionnels. C’est lui qui doit défendre le service public de la culture. Voilà sa mission. Il en a une autre, qui est l’accès du plus grand nombre aux biens culturels, à la culture de tous. Cela passe par la mobilisation de l’ensemble des acteurs et des institutions culturelles, des territoires, de l’éducation, de l’audiovisuel. Cela passe aussi par des règles fiscales. Et je reviendrai sur la TVA qui a été portée de 5,5 % à 7 % sur les livres comme sur la billetterie. Je rappellerai combien a été précieuse la loi sur le prix unique du livre dont Jack Lang a été l’auteur, parce que c’est aussi un moyen de préserver le réseau des libraires. Nous ne voulons pas la culture pour chacun que certains développent, mais la culture pour tous et partout.
Nous voulons qu’en matière culturelle comme ailleurs, l’équilibre territorial soit la garantie de la justice et de la solidarité. L’aménagement culturel de la France doit être une préoccupation. Il s’agit d’irriguer tous les territoires oubliés, les zones abandonnées de nos régions, les quartiers délaissés de nos grandes villes. Et c’est pourquoi nous avons besoin d’une nouvelle étape de la décentralisation culturelle.
Je l’ai dit, l’Etat doit être le partenaire actif, attentif aux réalités de chaque territoire, mais il doit redéfinir son action pour fédérer les collectivités locales et tous les acteurs et institutions dans une même volonté. Aujourd’hui, notre pays est doté d’un réseau majeur d’institutions, pour le patrimoine, pour la création, pour la diffusion, qui sont des leviers fondamentaux de l’accès de tous aux œuvres, pour le soutien de l’émergence, pour favoriser la multiplication des lieux et des formes de diffusion. Mais plus que de nouveaux équipements, nous avons besoin de moyens pour les faire fonctionner correctement. Et c’est ce contrat-là qui devra être passé entre Etat, collectivités locales et institutions culturelles.
L’accès de tous à la culture, c’est aussi et c’est surtout l’éducation, l’éducation artistique et populaire. La démocratisation relève de l’école, de la formation, et demande des politiques de long terme. Je lancerai, si les Français m’en donnent mandat, un plan national d’éducation artistique, piloté par une instance interministérielle, doté d’un budget propre, rattaché au Premier ministre. L’objectif est que nos enfants puissent bénéficier d’une éducation et d’un apprentissage artistiques tout au long de leur vie scolaire, de la maternelle jusqu’à l’université. Les pratiques amateur, essentielles à la démocratisation de la culture, devront être encouragées et valorisées. Et si nous parvenons à installer dès le plus jeune âge le sens et l’amour des découvertes, détachés de l’obsession du matériel, alors quelque chose de fondamental sera acquis.
Cela suppose que l’éducation culturelle et artistique ait une place prépondérante dans les concours de recrutement, dans la formation initiale des enseignants, qui devra être rétablie, dans la formation continue. Il conviendra de faire davantage place aux artistes dans les établissements scolaires. Enfin, l’histoire de l’art doit devenir une discipline à part entière, avec ses concours de recrutement.
Je veux évoquer le spectacle vivant. Vous êtes nombreux à y travailler, ici. J’indique que je soutiendrai, j’encouragerai le théâtre, l’opéra, la danse, le cirque, la musique. Le spectacle vivant, s’il n’est pas soutenu par la puissance publique, se retrouve démuni, livré à ses propres ressources, celles du talent, de l’initiative, celles de la volonté, de la persévérance qui souvent, hélas, ne se suffisent plus à elles-mêmes. L’Etat doit donc créer les conditions du succès, de la réalisation du spectacle vivant. S’il n’y a jamais eu en France aussi peu de représentations par spectacle, il n’y a jamais eu autant de spectateurs. Ils étaient plus de 15 millions l’année dernière. Ce sont donc les moyens dans la durée qui font défaut. Et c’est ce qui doit changer. Je me suis engagé il y a déjà plusieurs années, je l’ai rappelé en Avignon cet été, à faire voter une loi d’orientation sur le spectacle vivant. Cette loi d’orientation fixera les objectifs, sécurisera les financements et mobilisera tous les partenaires. Il y aura un grand débat, avant son adoption, avec l’ensemble de la profession.
Parallèlement, je reprendrai le chantier du Centre national de la musique, pour en faire un outil au service de la diversité culturelle et de l’ensemble du spectacle vivant, et pas seulement de la musique enregistrée. Renforcer le soutien et la création, c’est aussi considérer le travail de l’artiste, sa formation, sa rémunération, ses besoins en termes de lieux de répétition, d’ateliers, sa présence, son inscription dans la Cité. C’est aussi lutter contre la précarité du métier. C’est retrouver la durée, le temps de l’élaboration d’un projet artistique. A cet égard, la question des intermittents du spectacle et du financement de leur régime reste posée. Elle renvoie au statut de l’artiste en général, qui n’est pas toujours bien réglée. La convention Unedic en vigueur, et donc ses annexes 8 et 10, arrivent à échéance fin 2013. C’est loin, fin 2013 – surtout quand on regarde mai 2012. Et en même temps, c’est tout près. Et donc, il conviendra de préparer dès 2012 le rendez-vous. Le prochain ministre de la Culture devra être en position de médiateur et d’accompagnement pour le règlement, je l’espère définitif, de cette question.
Je veux aborder maintenant une question qui revient de manière lancinante et légitime dans nos débats : la révolution numérique. Internet est un formidable espace de liberté et de diffusion. C’est une fenêtre ouverte sur le monde, et de nombreux Français accèdent à la culture parfois par hasard, par ce biais. Cette « culture à domicile » ne doit pas être considérée comme une menace, mais bien au contraire comme un levier, si nous savons l’utiliser, de diffusion et de partage du savoir. La numérisation des biens littéraires et artistiques constituera un dossier important du prochain quinquennat, parce que ce sera un facteur de croissance et d’émergence d’un nouveau modèle économique. Bien sûr, la révolution numérique impose un changement, pour que la création obtienne la rétribution à laquelle elle a le droit de prétendre et pour que le plus grand nombre puisse accéder par Internet aux biens et à la culture. La loi Hadopi a voulu pénaliser des pratiques. Pour quels résultats ? Les artistes ont-ils gagné quoi que ce soit en termes de reconnaissance et de rémunération ? Cette loi a-t-elle rapporté un sou à la création ? En revanche, elle continue de faire débat. Et c’est un sujet permanent d’affrontement entre le monde de la création et le public. Nous ne pouvons pas accepter cet affrontement. Il est dangereux. Il est même grave, car il ne peut pas y avoir de coupure entre les créateurs et leur public. Le public a besoin de créateurs et les créateurs, de public. Nous devons donc essayer de régler cette question de manière, autant qu’il est possible, consensuelle et durable.
Je ferai donc voter une loi qui signera l’acte 2 de l’exception culturelle française. Elle sera élaborée en lien étroit avec tous les professionnels du monde de la culture. Nous éviterons les affrontements et nous chercherons les solutions. Ma proposition repose sur deux idées, deux principes : développer l’offre culturelle légale sur Internet en simplifiant la gestion des droits et imposer à tous les acteurs de l’économie numérique une contribution au financement de la création artistique. Nous ne parviendrons pas à une juste rétribution de la création immatérielle si nous n’y associons pas ceux qui en profitent le plus directement, c’est-à-dire les fournisseurs d’accès et les fabricants de matériel. Je rappellerai autant de fois que nécessaire que les créateurs doivent être rémunérés pour leurs œuvres. La lutte contre la contrefaçon commerciale sera donc maintenue et je veillerai à faire respecter le droit moral, pilier des droits d’auteur, et à garantir la chronologie des médias.
Pour résumer mon point de vue, mais aussi mon engagement, il n’y a pas de solution simpliste. Nous devons agir dans la concertation et trouver la solution, elle existe, qui assurera le financement de la création ainsi que la plus large diffusion des œuvres à tous les publics. Je refuse le simplisme, mais aussi la facilité qui consiste, selon les salles ou les publics, à dire tout et le contraire – cela peut arriver. Ce que je sais, c’est que nous ne trouverons l’issue que si nous sommes capables de trouver l’équilibre entre le droit de tous à accéder aux œuvres et le droit des auteurs à être rémunérés.
Je veux terminer sur une grande question, souvent oubliée, et qui pourtant fonde notre fierté : la culture dans le monde, la culture française dans le monde. Au 21ème siècle, un pays comme le nôtre ne rayonne plus simplement par son économie ou par sa force, mais par la diffusion de ses arts, de sa culture, de sa création. L’exception culturelle française demeure. Elle est même une chance, un atout, pas simplement pour nous-mêmes, mais pour l’Europe et pour le monde. Je suis à Nantes, ici, ville dirigée par Jean-Marc Ayrault, qui peut être fier qu’une compagnie de théâtre de rue comme Royal de Luxe soit l’invitée officielle de l’Allemagne pour fêter le 20ème anniversaire de la chute du mur, de l’Argentine pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance du pays ou du Mexique pour commémorer sa révolution. Je me demande même s’il ne faudra pas faire venir Royal de Luxe le 6 mai ! Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que la France est attendue, que la France ne s’exporte pas simplement par ses biens ou par ses capitaux, mais par la qualité de son message, la force de sa création, la promotion de ses idées. D’où l’importance d’un réseau culturel français dans le monde – et je regrette qu’il se soit affaibli. Le redressement de notre diplomatie – car c’en est une – culturelle doit être une priorité. Le budget des actions culturelles françaises à l’étranger a été réduit dans des proportions considérables, dont beaucoup n’ont pas idée. En Afrique, en Amérique latine, des instituts culturels ferment purement et simplement, ou d’autres ne peuvent plus assurer leurs missions. Autre symptôme du mal, la direction générale du quai d’Orsay en charge des réseaux culturels et de la coopération a été fusionnée avec la direction économique. C’est tout dire, comme symbole ! Comme si la culture n’était qu’un produit commercial parmi d’autres. Je considère que la France est forte et rayonnante quand sa culture est capable de s’ouvrir aux autres, d’accueillir d’autres, et notamment les artistes étrangers. Et il m’est insupportable de constater que la politique des visas du ministère de l’Intérieur aboutit à ce que des artistes ne puissent plus venir en France jouer, manifester, créer.
Une dernière réflexion sur l’Europe, cette Europe que l’on regarde avec affliction, avec peine, tant elle est incapable de lutter efficacement contre la spéculation, mais une Europe que l’on aime au-delà de tout, de sa monnaie, de ses finances et de ses dettes souveraines. Que l’on aime parce que c’est notre espace, ce sont nos références, c’est notre histoire, c’est notre avenir. La grandeur de l’Europe, ce sont aussi des références que nous avons tous à l’esprit : les pages de Proust sur Venise, la visite de Stefan Zweig dans l’atelier de Rodin, tous ces paysages que nous connaissons sans avoir pourtant toujours eu leur réalité en face et qui, pour nous, sont des symboles de création, de connaissance, de lieux culturels. Nous avons une histoire en partage. Cette histoire, nous devons lui donner un avenir. C’est pourquoi je proposerai que nous puissions inscrire dans le cahier des charges de tous les établissements culturels nationaux la création, chaque année, d’une programme européen, d’un échange européen, la capacité de créer ensemble, en Europe.
Voilà ce que j’étais venu vous dire en cette matinée à Nantes, vous présenter non pas mes propositions sur la culture, mais mon projet pour la France. J’ai entièrement consacré cette campagne, dans le contexte que vous savez, à la réussite de la jeunesse, à l’idée que nous devons tout donner, tout concentrer sur la génération qui vient. C’est elle qui nous permettra non seulement de nous redresser économiquement, mais qui nous donnera la force qui nous assurera la reprise de ce récit républicain, de ce rêve français qui fait que nous donnons une confiance dans le progrès, dans l’égalité, dans l’émancipation humaine à toutes celles et à tous ceux qui sont français, et aux autres.
La France ne changera pas sans vous, vous les acteurs, vous les intervenants, vous les créateurs. Elle ne se redressera pas sans vous parce que vous êtes les forces vives, parmi d’autres, du pays. La culture est l’un des domaines les plus fertiles en création de richesse, pas seulement matérielle, en termes de création d’emploi. Il y a dans l’ensemble des métiers culturels plus de salariés que dans l’automobile. Je veux défendre l’automobile, mais je veux aussi promouvoir la culture – et pas simplement la culture de l’automobile !
La culture est aussi un élément de notre industrie, au moment où nous parlons à juste raison de la réindustrialisation du pays, de la mutation qu’il faut accomplir, de la capacité qui doit être la nôtre d’être plus forts dans la compétition sans qu’il soit besoin de mettre en cause des droits sociaux ou le coût du travail. La compétitivité, ce n’est pas simplement une affaire économique, c’est une affaire de société. Et la culture, avec ses industries, contribue à notre vitalité et à notre présence à l’étranger.
Enfin, la France ne se redressera pas sans sa jeunesse, qui espère tant dans la culture et dans sa force créatrice. Permettez-moi juste une anecdote. Je visitais à Pierrefitte, il y a quelques jours, en Seine-Saint-Denis, une association qui accueillait des élèves décrocheurs – vous savez, ces élèves qui quittent l’école avant la fin de l’obligation scolaire, qui n’en peuvent plus, qui vivent l’échec trop durement pour rester dans l’institution qui devrait pourtant leur donner la promotion et la fierté d’apprendre. Un de ces jeunes me disait qu’il avait trouvé dans cette association non seulement l’accompagnement scolaire qu’il était venu chercher (il avait été exclu pour son comportement), mais que ce qui l’avait surtout fait changer, c’était l’atelier de théâtre dans lequel il s’était inscrit et qui lui avait permis de trouver confiance en lui, la découverte des arts et la compréhension du monde. Voilà, la culture c’est aussi et c’est toujours un facteur d’émancipation, de fierté, de reconnaissance, d’élévation.
Et donc, si je mets la culture aussi haut, c’est parce que je mets la jeunesse en premier. C’est avec son intelligence, son ardeur, sa vitalité que nous réussirons. La France doit changer. Je ne vous dirai pas de quoi, je ne vous dirai pas de qui, je vous dirai simplement qu’elle doit changer. Cela va bien plus loin que le choix d’un homme ou d’une femme. C’est le choix, aussi, d’une politique, d’une vision, d’une ambition, d’un esprit. C’est le choix, aussi, d’une manière d’être ensemble, de partager des valeurs, de se donner un espoir plus grand que nous, de nous dépasser.
Voilà pourquoi la France doit changer : pour être, finalement, davantage elle-même, être digne de sa culture, de son histoire, du respect que partout dans le monde elle inspire aux amoureux de la liberté. Voilà pourquoi je suis ici, en amoureux de la liberté, en amoureux de la France et en amoureux de la culture !
Merci.
Culture en luttes, Intermittence, Médias, secrétariat national culture, Spectacle vivant
Résultat des Votes du 19 Mai 2011
Voici les résultats des vote pour la section culture pour le vote des projets et amendements du 19 mai 2011 :
Inscrits : 44
Votants : 7
Exprimés : 6
Blanc ou Nul : 1
Oui : 5
Abstention : 1
Le Projet et son versant Culture est adopté
Vote du Projet le 19 Mai 2011 à Solférino
Le Vote du Projet aura lieu le 19 Mai 2011 de 17 à 21 heures Salle Eyquiem à Solférino.
Amitiés Socialistes,
Le Bureau
Culture pour chacun, culture pour personne !
Alors que s’ouvre le Forum culture 2011, organisé par le ministère de la culture et de la communication, Sylvie Robert, secrétaire nationale à la culture du Parti socialiste, critique la politique libérale du gouvernement dans ce domaine. La «culture pour chacun»? Une «politique de repli».
La culture pour chacun, bonsoir ! Depuis la note rédigée par deux conseillers de Frédéric Mitterrand et sa traduction en directive nationale d’orientation pour 2011, la «Culture pour chacun» était censée être un «axe structurant» de la stratégie du ministère de la Culture et de la Communication. Mais très vite, sous le flot des critiques, le ministre a noyé son slogan dans un gloubi-boulga marketing, et le forum national qui va avoir lieu vendredi 4 février 2011 à la Villette est devenu «Culture pour chacun, culture pour tous et culture partagée». La confusion est désormais totale. Et pour cause !
La citation empruntée à André Malraux, incontournable référence culturelle de la droite française, est particulièrement mal choisie. D’abord, parce que quand il s’adresse à l’Assemblée nationale, le 27 octobre 1966, Malraux a une grande ambition : traduire budgétairement ses orientations politiques. Or, la «culture pour chacun» sert surtout à justifier la baisse de financements de l’Etat. Ensuite, parce que pour Malraux, la définition de la démocratisation consistait à mettre à disposition des œuvres, c’est-à-dire à développer une politique de l’offre basée entre autres sur des équipements culturels – notamment par les maisons de la culture, les fameuses «cathédrales». Toute sa politique était sous-tendue par l’idée que la transmission culturelle fonctionnait par le seul pouvoir de révélation de chaque œuvre. Un pouvoir de «révélation» qui a du même coup écarté (à tort) de son champ l’Éducation nationale, l’éducation populaire… et a montré ses limites, comme l’attestent les faits, les enquêtes et les études actuelles sur la diversification de la composition des publics.
Il ne reste donc de la «culture pour chacun» qu’un slogan, dévoyé et décontextualisé, labellisé «Malraux». Le procédé est récurrent. Le président de la République y a déjà eu recours en citant «la politique de civilisation» d’Edgar Morin et «l’identité n’est pas une pathologie» de Claude Lévi Strauss, auteurs résumés, récupérés et réduits à un simple argument d’autorité ou à ce que les Anglo-Saxons appellent le name dropping.
Exit donc la «CPC», même si la logique de fond perdure. Celle de l’idéologie Fillon-Sarkozy, mélange de libéralisme économique et de néoconservatisme, fondée sur le mépris des fonctionnaires d’un ministère dont il n’a jamais su quoi faire. Encore une fois, ce discours lénifiant cache la triste réalité d’une politique qui touche la culture de plein fouet : entre la RGPP, la mise en difficulté budgétaire des collectivités territoriales, principales sources de financement du secteur, la braderie de notre patrimoine national, l’abandon d’une grande politique de rayonnement culturel international, la fragilisation des compagnies, la baisse des marges artistiques des lieux culturels, l’écart entre le discours et les actes devient inquiétant et démontre que le ministère navigue à vue.
Quand le talent d’un politique est de savoir rassembler pour créer ce vivre-ensemble fondé sur des valeurs d’exigence démocratique, la «CPC» oppose, divise, simplifie l’histoire de nos 50 dernières années de politiques culturelles pour en tirer des conclusions hâtives et avancer des solutions simplistes : la culture pour tous contre la culture pour chacun, les élites contre le peuple, la culture savante contre la culture populaire. Comme si le peuple français était incapable de se saisir de la complexité d’une pensée, comme si ce peuple ne pouvait pas être traité autrement que comme une masse inculte.
Comment ne pas y voir non plus une politique de repli qui consiste à cantonner chacun à ce qu’il connait ou qu’il a déjà, renvoyant à la culture du chacun chez soi ? Une vision libérale qui délégitime l’action publique, laisse certains en prise avec les seules forces du marché des produits culturels et réserve à d’autres ce qu’elle ne cesse de qualifier d’ «excellence». Quelle crédibilité accorder à un ministre qui demande à une politique culturelle de tisser le lien social que la politique économique et sociale du même gouvernement détricote chaque jour ? Comment ne pas voir le tour de passe-passe d’une politique culturelle qui après avoir oublié les publics, oublie les artistes ! Alors même qu’en cette période de nivellement et de marchandisation, une politique culturelle doit au contraire garantir le soutien et la liberté des créateurs pour leur permettre de livrer un regard critique et prospectif sur le monde à venir. Comment accepter le satisfecit des auteurs sur «le développement significatif de l’éducation artistique» alors que les moyens consacrés à la transmission des savoirs ont été sérieusement amputés, et qu’il ne reste plus que la dérisoire institution d’un enseignement obligatoire des arts, sans heures ni professeurs dédiés.
Tout au contraire, l’enjeu est de refonder une action publique capable de se positionner comme rempart contre l’uniformisation et pour la diversité culturelle, mettant au centre de son projet la transmission et l’éducation comme moyens d’égal accès de tous au sensible ainsi qu’à la reconnaissance de l’autre, et réaffirmant le rôle essentiel des artistes comme expression de notre complexité humaine. Tout ceci ne peut se réaliser qu’en préservant le rôle essentiel que jouent depuis des années les collectivités territoriales en matière culturelle, dans le cadre d’un partenariat renouvelé avec l’Etat. Il s’agit désormais de construire une politique du partage de l’acte poétique et de l’intelligence, d’édifier une société où tous les acteurs des arts et de la culture (créateurs, publics, institutions…) – des plus professionnels aux moins spécialistes – propageraient, par le partage et la reconnaissance, le sens de la vie en commun. La culture comme création d’un sens commun serait une politique culturelle qui expérimenterait une nouvelle alliance, un nouveau contrat entre les artistes, les acteurs de la culture et les citoyens : telle est l’ambition que nous portons aujourd’hui.
La section Culture du PS s’est réunie le 13 décembre 2010
Thème central de cette réunion : rapports entre Ville et Culture.
Gaspard Gantzer (directeur de cabinet de Christophe Girard, Responsable culture de la Fondation Terra Nova) était l’invité de cette réunion-débat.
Dans la salle, de nombreux participants concernés par la culture ou issus du monde de la culture : artistes, metteurs-en-scène, jeunes artistes plasticiens, directeurs de structures et autres membres du milieu associatif ou syndical.
Membres présents de la C.A. :
Jean-Paul Bessières (secrétaire délégué), Pierre Balas (Trésorier), Rosine Young, François Adibi.
Le secrétaire de Sectio, après avoir annoncé avec joie la reprise des réunions de la section Culture à un rythme mensuel et régulier, ouvrit la discussion en évoquant le risque d’exclusion que représentait le projet du Grand Paris et ses infrastructures tentaculaires. Il exprimait son attente de voir apporter des réponses d’ordre culturel aux citoyens qui se partagent l’espace urbain. La culture générant du lien social, un des éléments chimiquement pur de la Ville.
Pierre Balas soulignait les grandes contradictions culturelles de la ville : le Grand Paris et ses infrastructures routières ou ferroviaires et l’incarnation de la ville par ses citoyens dans ses inégalités, qui fabrique de la précarité et de la déculturation. Pour lui il est essentiel de Reconstruire la Ville.
Gaspard Gantzer partage l’inquiétude concernant le projet du Grand Paris (la notion d’infrastructures faisant souvent abstraction de dimension culturelle). Pour lui, la culture n’est pas seulement un supplément d’âme mais l’élément central dans la construction de tout projet de société. La Gauche, quand elle était au pouvoir, avait placé très haut cette valeur, au service des habitants. Il y a trois principaux motifs d’exclusion.
Le seuil géographique (forme d’exclusion par la distance), la Mairie de Paris a pris toute une série d’initiatives publiques dans des espaces où les institutions culturelles faisaient défaut, pour exemple : l’aménagement de la Maison des Métallos , la réhabilitation des 3 Baudets, la création du 104…
En rééquilibrant l’espace publicafin que les habitants s’approprient les lieux et les codes culturels qui y sont associés : avec la création de Paris-Plage, la création ou la rénovation des bibliothèques, les médiathèques (Marguerite Duras dans le 20e)…
Le seuil économique : le choix de la gratuité pour l’ouverture des collections permanentes des musées de la Ville de Paris a généré une hausse de fréquentation de 30%, la Nuit Blanche est une manifestation à laquelle il est très attaché parce qu’elle permet à tous d’avoir accès à l’art contemporain, même chose pour la Fête de la Musique.
Le seuil de l’éducation : il constate qu’un certain nombre de pratiques culturelles sont en recul. Intéresser les jeunes à la culture passé
• par l’éducation et le projet de la majorité actuelle en matière d’éducation artistique n’est pas approprié d’où la nécessité d’agir pour nos grandes municipalités : Paris, Lille, Lyon par le jumelage des institutions culturelles et des écoles (quand par exemple les artistes se déplacent et investissent le Musée d’Art Moderne de Paris),
• par la qualités des professeurs de la Ville de Paris,
• par une plus grande interdisciplinarité des établissements culturels, par des propositions culturelles là où on ne les attend pas (métro, stations de tramway, etc).
Afin de retenir les artistes tentés par Berlin, Londres ou New York, Gaspard Gantzer nous signale les politiques volontaristes menées par Paris, Lille et Lyon pour favoriser l’accès au logement et aux résidences d’artistes. Il reste cependant nécessaire de créer des lieux de travail, des ateliers individuels ou collectifs.
Il salue l’influence positive d’acteurs privés qui font beaucoup de bien à certains quartiers tout entiers, à l’exemple des cinémas Gaumont, MK2 et Pathé et s’oppose à la thématique gouvernementale de « la culture pour chacun » en proposant de repenser une approche radicalement inverse : « une culture exigeante pour tous ».
Pour conclure, il souhaite que les villes ne restent pas à l’intérieur de leurs frontières et qu’il n’y ait pas d’opposition entre des territoires qui font partie d’un même ensemble. Au-delà des frontières du périph’, il y a des lieux qui doivent se multiplier.

Parmi les différentes interventions des participants, voici quelques thématiques qui se sont exprimées :
1) Les artistes et collectifs d’artistes peintres et sculpteurs, artistes plasticiens attendent encore la promesse du 104 pour héberger leurs ateliers de création. Les cinémas indépendants méritent aussi d’être des lieux de convivialité afin de fédérer les publics anciens ou nouveaux. En province des expos tournantes d’artistes investissent des hangars. En présence des artistes des oeuvres exposées, ces lieux sont visités et en dehors du lien social qu’ils suscitent, ils génèrent l’appétit renouvelé des visiteurs pour l’art et la culture.
2) Si nous avons la chance d’une alternance en 2012, nous risquons de trouver très maigres les enveloppes budgétaires vouées à une politique culturelle ambitieuse. Il faudra faire avec nos moyens, reconnaissons le travail des associations culturelles qui fédèrent du lien social dans les quartiers, faudra-t-il augmenter les subventions ? Médiatiser les propositions culturelles dans les quartiers, au sortir des métros, des stations de bus ? Utiliser nos vedettes populaires pour faire valoir leurs goûts en matière de culture afin d’en faire la publicité.
3) On peut regretter l’éducation populaire, chère à Vitez, et la notion « d’élitisme pour tous » qui doit tous nous guider. L’exemple du Musée d’Art Contemporain de Vitry-sur-Seine ou le Mac Val qui mènent une politique active mais dont la fréquentation est problématique est parlant. Ivry-sur-Seine, avec ses 700 lofts d’artistes, est la première ville de France en termes d’artistes, mais Tokyo et Buenos-Aires semblent mieux la connaître que nous…
4) On assiste aujourd’hui à la progressive affirmation d’un quatrième secteur économique, celui des biens immatériels, qui dans le domaine de la culture joue un rôle majeur avec la dématérialisation des biens culturels. A l’heure où le budget européen de la culture sort peu à peu de sa relative atonie n’est-il pas indispensable de faciliter le lancement des politiques culturelles volontaristes auxquelles nous aspirons tous en ayant davantage recours à cet échelon encore insuffisamment exploré de l’action culturelle publique, l’Europe, avec le ressort du biais administratif et régional notamment ? La culture pouvant, à terme, devenir une clef centrale de l’économie.
5) On constate malheureusement que les politiques entreprises par la droite placent le patrimoine avant la culture et surtout avant la création. Cette situation nuit à l’émergence de nouveaux artistes.
6) Pour ce qui concerne la fréquentation, Monet par exemple peut être une locomotive et amener des publics nouveaux.
7) Il est indispensable de relancer l’éducation artistique dans les écoles (que l’on enseigne le langage de leur époque aux élèves : NDLR).
La médiation des agents d’accueil est très importante, elle devrait être étendue à l’extérieur des enceintes culturelles, dans la rue. Le fait d’avoir le BAFA aide à recevoir les enfants.
9) Les bâtiments existent, mais ce sont les hommes et leurs qualités particulières qui sont la vraie richesse de ces lieux.
10) Il faut souligner l’importance des squats dans les cultures émergentes comme c’est le cas de la maison des Ensembles. Le travail est rendu possible par la location de ces structures, comme c’est le cas au centre d’art contemporain d’Evry. Il ne faut pas se tromper. La droite commence à accumuler du savoir-faire en matière de culture…
11) La droite a cassé tous les acquis de la gauche en matière culturelle et a accouché d’un monde monopolaire dans les Médias, à la Télévision, à la Radio… Les nouveaux médias offrent des possibilités extraordinaires pour créer des contre-feux et des contre-pouvoirs médiatiques, comme c’est le cas par exemple de Rue89 et Médiapart. Le combat pour faire accéder les gens à la culture, qui pour l’instant repose sur des pouvoirs circulaires, qui se transmettent en comités restreints. Nest pas terminé. Il faut changer la donne.
12) Il faudra régler le problème de l’intermittence. Une manifestation au Palais Royal avait lieu ce jour là (NDLR)… Une révision de la convention générale de l’UNEDIC est à prévoir. Certains sont passés du statut d’intermittents à celui de fonctionnaire municipal. Ce n’est pas généralisable. L’intermittence est indispensable.
13) Face à la tentation de la finance, Il n’y a qu’à rappeler la manière dont ont été conduite les politiques Thatcheriennes au Royame-Uni. Tony Blair avait fait l’éloge du secteur privé. Nous avons été trahis par les financiers qui nous ont privés de nos moyens et cela aboutit aux catastrophes sociales auxquelles nous assistons actuellement.
14) Le temps est peut être venu de réfléchir à un statut d’intermittent européen qui pourrait permettre d’harmoniser cette problématique à l’échelon européen. L’idée est a priori bonne, mais attention aux péréquations européennes. Le statut des intermittents est beaucoup moins protecteur dans beaucoup de pays voisins.
15) Face à la disparition des espaces dédiés à la culture, la création de lieux nouveaux est souhaitable. Mais l’argent n’a pas obligatoirement besoin d’être investi dans le foncier.
16) Comparaison Paris / Berlin qui est une ville qui présente beaucoup de friches. Le coût de la vie est plus bas, ce qui est, là aussi, favorable à l’émergence d’une scène underground. Le marché de l’art est florissant en Allemagne. Les collectionneurs et les amateurs y sont nombreux, ce qui revient à poser la problématique de l’enseignement. Paris / NYC : Aux Etats-Unis, à NYC, le climat général était favorable aux artistes, au moins avant le boom immobilier de 1990, qui a chassé tout le monde de Manhattan vers Brooklyn, ou d’autres quartiers. Cela repose le problème de l’émigration des artistes… Et là aussi, on en revient à l’absolue nécessité de former à l’art et à l’enseignement, et on bute contre l’absence de moyens. En France notamment, le pays où le fait culturel est pourtant le mieux reconnu.
17) L’exemple du MK2 de Marseille sur la Canebière, est parlant puisqu’il est devenu un Pôle culturel, la culture de masse ouvrant à une culture plus exigeante, comme le souligne l’ouvrage de Frédéric Martel, « Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde » (Flammarion, 2010).
18) Il est scandaleux que les promoteurs imposent aux citoyens leur vision de la ville et qu’ils aient plus d’influence qu’eux sur la physionomie générale des territoires et finalement sur leurs politiques culturelles. Au 104, on constate qu’une politique plus marchande attire des publics, avec la bibliothèque, les bars, le manège, les manifestations, ce qui en augmente la convivialité mais ce ne sont pas les mêmes publics. C’est la problématique de l’argent avec une finance qui aujourd’hui a tendance à oppresser. Il faut là aussi changer ce rapport.
19) Le Barbizon est un bon exemple de ces endroits voués à la culture qui disparaissent pour des raisons financières. C’était un cinéma dirigé par une association, or le propriétaire chinois, qui l’avait abandonné, a fini par se souvenir qu’il possédait ce bâtiment. L’association a du trouver un nouveau local et le terrain a servi pour un nouveau projet immobilier…
20) Evocation de la situation Corse et de la friche de la Belle de Mai à Marseille. Il y a plus de trois cents associations en Corse et la politique de la droite consiste à choisir cent d’entre elles pour faire du saupoudrage plutôt que de financier les associations qui font un travail sérieux et efficace.
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Redonner du souffle et du sens à notre projet culturel – Sylvie Robert , SN Culture
Redonner du souffle et du sens à notre projet culturel
Sylvie Robert , SN Culture
« Toute personne capable d’avoir conscience de ce qu’elle est , de ce qu’elle fait et surtout du rôle qu’elle a dans ses relations à autrui possède une culture : nul ne peut-être exclu de ce royaume » Manuel Vasquez Montalban
« Faites des créations qu’attend le peuple », dit le Président de la République dans la lettre de mission à sa Ministre de la Culture.
Jean Vilar parlant de la démocratisation culturelle disait : »Avec audace et opiniâtreté , imposer au peuple ce qu’il ne sait pas qu’il désire. ». Cinquante ans séparent ces deux propos.
Aujourd’hui , en 2009 , nous avons une double responsabilité . Il faut à la fois dénoncer fermement la situation dramatique dans laquelle se trouvent l’art et la culture dans notre pays mais aussi analyser les pratiques culturelles de la société du 21ème siècle , en mettant à plat nos référentiels antérieurs , en étudiant la complexité du paysage actuel .Il s’agit bien de formuler un projet qui tente de répondre aux enjeux de demain .
N’oublions pas cependant jamais l’Histoire ,notamment celle écrite par la gauche lorsqu’elle était aux responsabilités, et qui a contribué à doter notre pays d’une grande politique de la culture, à constituer un réseau d’équipements et d’équipes de production et de diffusion de grande qualité et à mettre en place en place une multitudes d ‘initiatives diverses et foisonnantes .
L’action publique culturelle française est exceptionnelle , exemplaire au point qu’elle est encore enviée par bien d’autres pays . La nouvelle page à écrire doit se nourrir de cette réalité .
Chacun s’accorde en effet à faire le constat d’une fin de cycle de la politique culturelle , et donc de la nécessité de bâtir un nouveau modèle. Toutefois , il est clair que le contexte actuel de crise financière et économique en rend la démarche complexe et délicate .En même temps , nous assistons à une telle révolution idéologique , celle d’une droite ultra-libérale qui sans état d’âme atteint les valeurs qui nous sont chères , celles qui touchent les libertés , le pluralisme , la laïcité , l’égalité que nous n’avons plus le choix .
Le monde de la culture et le parti socialiste : « l’histoire d’un désamour »
La culture et le parti socialiste ont une histoire commune et pourtant il est un fait : la culture a été trop longtemps absente de nos débats , de nos campagnes électorales , de notre réflexion de socialistes alors qu’elle est au coeur des valeurs d’émancipation et de liberté que nous portons .De quelle culture s’agit-il ? Bien au delà de sa dimension sectorielle , elle est la dimension essentielle de « l’être humain doué de raison » comme de « l’être social qui grandit de sa relation aux autres » , évoqué dans la déclaration de principe du PS . Elle est le travail de la pensée , celle de soi et celle de l’Autre , elle est facteur d’émancipation individuelle et collective ouvrant à la compréhension du monde et donc à la liberté .Le regard des artistes aide à éclairer les mutations à venir , l’artiste questionne ,il dérange , il nous apprend à devenir des citoyens critiques. « Penser , c’est dire non » disait le philosophe Alain .C’est pourquoi , le droit à créer, à s’informer est le gage du bon fonctionnement d’une démocratie .Ces libertés sont essentielles pour lutter contre toute forme de standardisation et de normalisation des esprits et des modes de vie . Elles sont aussi essentielles pour réaffirmer que défendre l’économie de l’intelligence , c’est à dire l’éducation , la recherche , la culture , c’est aussi réaffirmer notre attachement à une société de l’innovation et du savoir .
Les politiques de la culture auraient-elles perdu le sens politique de la culture ? Peut-être!
En tout cas , il devient urgent d’affirmer que défendre la culture dans un projet politique , c’est d’abord et avant tout la poser comme un enjeu transversal , comme un élément qui crée du lien , qui nous permet de nous retrouver sur des utopies , comme enfin ce qui nous aide à avoir une vision de la société de demain à partir de nos valeurs communes , de justice et de solidarité . Et il ne suffit pas d’affirmer que les ressources de l’intelligence et de la sensibilité alimentent mieux que toutes autres la croissance économique , il faut rappeler qu’elles sont indispensables au progrès social et au projet démocratique .
Le gouvernement Sarkozy et la culture: une mise à mal programmée
Cet engagement pour défendre la priorité culturelle devient urgent car le gouvernement actuel a décidé d’engager une véritable bataille idéologique avec une cohérence sans faille , une méthode redoutable qui consiste d’abord à supprimer , à diviser, à réduire , à fragiliser pour quelques temps plus tard faire de grandes annonces et adopter la posture du défenseur de la cause culturelle . Peut-être est-il dès lors important de rappeler quelques faits et d’identifier les symptômes de la crise qui secoue le monde culturel actuel .
Cela commence en 2007 avec la lettre de mission du Président de la République à Christine Albanel dans laquelle les fondements même de la politique culturelle sont remis en cause .Là encore , les apparences sont trompeuses car après avoir affirmé que « la démocratisation est un échec » , il prône et impose l’obligation de résultats afin que l’offre culturelle réponde à l ’attente de la population …Ce populisme est une grande rupture avec la conception de la politique culturelle qui a présidé à l’action de l’Etat depuis la création du Ministère de la Culture .Le contexte est clair . L’art et la culture sont évalués à l’aune d’une rentabilité immédiate qu’il faut pouvoir quantifier et mesurer . Ce qui est différent d’une démarche d’évaluation dont les indicateurs doivent être partagés par l’ensemble des acteurs . L’art comme outil critique , la mise en valeur du sensible et la culture comme facteur d’émancipation de l’individu ont disparu .Depuis , l’inquiétude grandit . Le budget ne cesse de baisser .A coup de gels qui se « dégèlent » lorsque la protestation devient trop forte dans le secteur du spectacle vivant , la chute du budget du Ministère de la Culture , entamé dès 2002, -sur ce point, c’est la continuité qui prévaut-est une réalité que l’on ne peut plus contester aujourd’hui .
Ainsi , on constate que l’action culturelle est malmenée , que l’éducation artistique est négligée , que le patrimoine est sinistré – et ce , malgré les 100 millions d’euros en plus annoncés par le Président Sarkozy –et que le rayonnement international est complètement délaissé . Le manque d’ ambition pour défendre un vrai service public de la culture est le signe d’un désintérêt évident pour ce secteur . Quant à la loi sur l’audiovisuel public , sous couvert d’une fausse bonne idée , elle traduit bien une attaque contre le service public et elle révèle le souhait d’un renforcement des chaînes privées qui devraient ainsi bénéficier du surcroît de recettes publicitaires . Le spectacle vivant malgré les « yoyos »de son financement est lui aussi fragilisé . Son paradoxe atteste aussi de la difficulté de la situation actuelle . D’un côté , une créativité foisonnante , une vitalité forte , le développement sans précédent des ars de la rue , des arts de la piste , des musiques actuelles …, de l’autre une crise structurelle dont les signes les plus saillants sont révélés par la question de l’intermittence , c’est à dire la rémunération des artistes et des professionnels du spectacle et de l’audiovisuel , la fragilisation sans précédent de projets et une précarisation de plus en forte des artistes .
Ajoutez à cette situation , la révision générale des politiques publiques et la crainte d’une suppression du Ministère de la Culture, il faut convenir que l’angoisse est fondée quant à l’avenir de ce secteur . On ne peut oublier le projet de loi « création et Internet » , destiné à lutter contre le piratage des oeuvres musicales et cinématographiques sur Internet et qui intervient deux ans après la loi dite « DAVSI ».Il démontre une fois encore un manque de réflexion voire d’imagination d’un gouvernement qui pour n’avoir pas anticipé les mutations de la révolution numérique et ses conséquences , ne parvient toujours pas à dépasser l’opposition entre les militants du « tout gratuit » et les défenseurs de la création et des auteurs.
Je terminerai cet exercice « non exhaustif » en évoquant le débat sur le fonctionnement des politiques culturelles et particulièrement le cadre institutionnel et contractuel qui régit les relations entre les différents acteurs publics .Sans préjuger de la conclusion de la réflexion en cours au sein de la commission du comité de réflexion et de propositions sur la Modernisation et le Réequilibrage des Institutions de la Vème République présidé par Edouard Balladur , force est de constater que là aussi , l’époque n’est plus la même . L’Etat s’est désengagé , plus il s’est effacé . A un Etat qui a su impulser s’est substitué un Etat gestionnaire , tandis que les collectivités territoriales fortes de leurs financement et de leur volonté de construire de véritables politiques culturelles se sont imposées comme de vrais acteurs publics de développement .La politique culturelle de l’Etat s’est historiquement mise en oeuvre dans un rapport descendant .L’Etat était prescripteur , les collectivités territoriales et les institutions culturelles appliquaient ses modalités d’intervention et de financement .. Aujourd’hui cependant , elle ne sait plus épouser la réalité de ce qui se crée dans les territoires , là où se déploient projets , pratiques artistiques dans leur relation aux populations . D’où , cette nécessité de redéfinir un nouveau mode de relation fondé sur la complémentarité entre tous ces acteurs publics qui concilie l’attention à la pluralité des démarches artistiques , des lieux , des expressions culturelles et l’efficacité d’une action publique au service d’un projet de territoire . J’ai souhaité évoqué brièvement quelques-uns des symptômes de la crise politique et culturelle que nous vivons . C’est une crise des valeurs , c’est une vraie rupture idéologique orchestrée et assumée par un gouvernement de droite , c’est l’illustration d’un manque d’anticipation face aux bouleversements que connaît ce secteur à la fois du côté des artistes , de leur environnement social , technologique mais aussi du côté des citoyens , de leurs pratiques .
C’est finalement le rôle et la place de l’art et de l’artiste dans notre société du 21 ème siècle , face à la mondialisation qui se pose et celle que l’on réserve au citoyen dans cette relation dialectique .
Les grands enjeux pour le PS
L’une des grandes difficultés à surmonter est d’abord celle de notre incapacité à avoir une approche globale , non segmentée du monde qui nous entoure .
Parce que les questions du vivre ensemble , du savoir et de l’innovation sont au coeur de nos préoccupations . Parce que les questions de décentralisation , de création et de transmission font partie intégrante des valeurs que nous portons . Parce que les questions européennes et internationales sont indissociables des réflexions sur la diversité , la laïcité , l’identité et l’ouverture à l’autre . Parce qu’enfin , les questions économiques , d’emploi , du numérique sont intimement liées à notre capacité d’anticiper sur les évolutions sociétales de demain . Parce que les artistes et les politiques peuvent « dire le monde dans une vision critique et anticipatrice » , nous avons , en tant que socialistes , le devoir de réaffirmer l’importance de l’art et la culture dans notre projet .
« La réalité ne peut-être franchie que soulevée » René Char
Le défi est en tout premier lieu de redonner du sens au politique comme moyen de réinvestir le champ de la pensée et de l’action publique et comme outil de régulation .
Quand l’art n’a pas la place qu’il mérite , ce n’est pas lui qui va le plus mal , c’est bien plutôt la société qui ne sait plus la lui donner . Or nous en avons besoin pour reconstruire du vivre-ensemble . Cela passe par une confiance retrouvée avec le monde de la culture .Car , si l’art et la culture sont des produits du lien social , elles sont aussi les conditions d’existence de ce lien .
Le chantier est complexe parce que repenser un projet culturel suppose de s’affranchir de certains concepts , celui par exemple de l’oeuvre comme seule finalité , celui de l’excellence comme principal critère de choix ou celui du rôle de l’Etat comme unique expert . Et ce n’est que quelques points , il y en a bien d’autres .
Créer les conditions d’accompagnement des expressions les plus diverses , de la créativité , de l’innovation sur l’ensemble des territoires dans l’exigence et le lien avec les populations appelle la remise en cause de nos références , la définition de nouvelles modalités d’intervention , l’insertion de la culture dans l’ensemble des politiques publiques qui fondent notre projet de société , l’éducation , la recherche , la formation , l’aménagement du territoire , la solidarité , la politique de la ville (…)C’est alors que resurgit la question de l’éducation populaire comme élément essentiel d’une politique culturelle humaniste que nous voulons retravailler collectivement .
Les grands chantiers de réflexion et de travail
En premier lieu , il convient de repenser la dialectique entre art/création et public/population.
Dépasser la simple question de l’oeuvre et de l’excellence pour élargir le champ culturel à une dynamique de projet .Un projet artistique et culturel lié à un territoire – dans toutes ses acceptions même imaginaire- qui s’affranchit des modèles et des formes , qui s’extrait de la relation producteur/consommateur en révélant une nouvelle « figure de l’amateur », qui retrouve le sens des valeurs symboliques partagées .C’est redonner à la place et au rôle de l’art et de l’artiste dans notre société , une dimension essentielle , politique et sociale au sens sociétal du terme .Ce chantier est fondamental car il doit être en prise sur les évolutions du monde contemporain . Etre attentif aux mutations , c’est prendre des risques , c’est s’aventurer , c’est tout simplement ne pas s’enfermer dans des représentations toute faite .C’est ainsi soutenir et promouvoir la création artistique , qui a besoin d’un climat d’indépendance , de conditions pour s’épanouir, et il faut rappeler à ce sujet que la liberté d’expression et de création est une valeur essentielle, chèrement obtenue , mais jamais définitivement acquise. Les menaces qui pèsent sur les libertés publiques sont des menaces directes sur la vie artistique et culturelle.
Le deuxième grand chantier est la question de la transmission . Nous l’avons maintes et maintes fois réaffirmé , l’éducation artistique de la maternelle à l’université doit être au coeur de notre projet socialiste .Nous avons tant regretté le plan de 2000 dit Lang/Tasca qui a été purement et simplement enterrée alors que le Président de la République vante l’éducation artistique . Les arts du sensible doivent retrouver leur place au côté des savoirs fondamentaux .
J’ajouterai à ce deuxième chantier , la question des enseignements artistiques et de la formation .
Le troisième enjeu consiste à bâtir une nouvelle stratégie de régulation des industries culturelles, et ce dans le nouveau contexte de l’ ère numérique et du développement des technologies de l’information et de la communication. Il intéresse la production des contenus comme leur accès au plus grand nombre .La révolution numérique appelle une viligance particulière pour assurer la préservation et le développement du cinéma , de l’édition , de la musique enregistrée et simultanément conduit à revisiter le thême de la démocratisation culturelle , en prenant en compte les nouvelles pratiques artistiques et sociales qui se déploient sur le net. Inventer de nouveaux modèles économiques pour les industries culturelles , sauvegarder le modèle français et européen du droit d’auteur, encourager les nouveaux usages , telles sont les conditions d’un équilibre , encore plus riche et plus libre grâce aux bouleversements technologiques.
Le quatrième enjeu est celui du nouveau paysage institutionnel de demain . Celui-ci doit redéfinir les cartes dans une nouvelle partition entre l’Etat et les Collectivités Territoriales . Il touche à à l’aménagement du territoire , à la question des financements et aux rôles respectifs de chacun des acteurs publics .Cette question qui n’est pas nouvelle doit cependant être traitée , certes dans le nouveau contexte de la réforme des institutions qui , à l’heure où j’écris ces lignes , n’est pas connue mais aussi avec une vision réformiste d’un Etat qui doit être en mesure de s’adapter à une nouvelle donne territoriale . Elle concerne le Ministère de la Culture , son positionnement stratégique et transversal , elle concerne ses services déconcentrés , leurs missions et leur rôle face à la montée en puissance de l’ensemble des collectivités territoriales. Ellesconcerne la répartition des responsabilités et pose la question du chef de file entre tous les acteurs .
Le cinquième enjeu , tout aussi fondamental, est celui de l’Europe et de la dimension internationale. Alors que l’actuel gouvernement met en coupe réglée le réseau culturel extérieur de notre pays pour des raisons de restriction budgétaire, il nous faudra affirmer avec notre ambition:celle d’un monde culturel multipolaire. Il y a va de la diversité culturelle sur notre planète. La mondialisation culturelle ne saurait être soumise aux seuls intérêts financiers de quelques pays.
L’Europe se dotera-t-elle enfin d’une action d’envergure pour la culture ? La France qui a forgé le concept d’exception culturelle, doit redevenir le fer de lance de la construction d’une Europe de la culture , et les socialistes doivent en être les infatigables promoteurs.
La tâche est immense et passionnante . Elle devra être élaborée collectivement , et se nourrir de l’apport de toutes les forces vives culturelles .C’est sûrement un sixième chantier …indispensable.
L’engagement de tous pour la culture est plus que jamais nécessaire .




