Les Arts Plastique en France
La Section culture s’est réunie le 13 février 2012, au P.S., salle Guidoni
Afin de débattre autour des problématiques dans le secteur des Arts Plastiques
Etaient parmi nous :
Georges-Philippe Vallois, président du comité des galeries d’art (CIPAC)
Philippe Schlienger -Union des Photographes Professionnels (UPP)-
Katerine Louineau (FRAAP et CAAP)
Christophe Le François (CAAP)
Sylvain Lizon, directeur de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy et trésorier de l’Andéa
Christian Chamourat (Agessa, S.A.I.F., membre fondateur de l’UPP),
Guillaume Roche (Syndicat National des Sculpteurs et des Peintres).
Christian Chamourat (Agessa, S.A.I.F., membre fondateur de l’UPP),
On n’est pas du tout contre la copie privée que les gens réalisent pour eux sur leur ordinateur. On est pour la photographie et on suit l’ensemble des auteurs et des ayants droit pour régler ce problème. Le problème que l’on a, nous, c’est que 99 ou 100% de la copie ne se fait pas pour des raisons privées, mais se fait surtout pour le monde professionnel. C’est à dire que nous ne connaissons pas d’entreprise en France qui fasse de la communication audiovisuelle ou musicale en n’achetant pas les droits concernés chez les éditions musicales ou auprès des ayants-droit, auprès de la SACEM, par exemple.
Par contre toutes les entreprises françaises, quasiment sans exception, utilisent de l’image qui est donnée sur Google images, sur images en stocks, Photolia, etc.
Quand on ne trouve pas une photo du gouverneur de la Banque de France sur Internet, on fait appel à des photographes spécialisés, mais tout le reste provient du net.
N’importe quelle image. On demande à des retoucheurs de les reprendre, on dépense plus d’argent à transformer les images ainsi récupérées qu’à rémunérer les auteurs.
Le marché va s’éteindre de lui-même si ça continue.
Le pire, ce qui nous scandalise le plus, c’est qu’ Hadopi donne le label plus à Photolia, alors que c’est complément libre de droits, c’est interdit dans notre pays.
C’est donc en total illégalité alors qu’ Hadopi le fait en totale liaison avec les critères du commerce internet.
Le droit d’auteur est une gêne au e-Business.
Les tribunaux ne s’attaquent pas aux sculpteurs pour dire que leur œuvre n’est pas originale, mais pour ce qui concerne les photographes, on gagnait 98% des procédures quand on était accusés de contrefaçon. Aujourd’hui, c’est le contraire. On les perd quasiment toutes… et on se retrouve en première instance avec des juges qui font condamner des gens en disant que leur image n’est pas originale.
Mais par contre il faut payer 20000 euros pour faire intervenir l’article 700 sur la contrefaçon. Peu d’artistes sont capable de débourser une telle somme. Et les juges de la troisième chambre de Paris, disent « il ne faut pas gêner le e-business : il faut le libérer »… Ce sont des dispositions transposées en 2004 de la loi européenne, puisque c’est une directive de 2000 qui le stipule. La loi LCN, et la loi sur l’utilisation numérique…
Rosine Young (Secrétaire adjointe de la section Culture)
Alors quelle proposition préconiser ?
Christian Chamourat
La licence globale, soutenue par toutes les associations et la SACEM, c’est Unversal. C’est les intermédiaires qui nous ont poussés dans cette direction et qui eux veulent l’essentiel des revenus du domaine, revenus qui nous étaient destinés.
On a chiffré que si chaque compte internet était taxé à hauteur de 7 euros, on se serait retrouvés au bout de six ans, avec un milliard d’euros par an pour les ayants droits. Or, depuis 2005, nous n’avons rien reçu.
Rosine Young
Demain on te met en charge de résoudre ce problème, que fais tu ?
Christian Chamourat
On arrête tout de suite l’histoire Hadopi. On se met d’accord sur une licence globale pour les ayants-droit et surtout il faut une volonté politique pour arrêter le entreprises contrevenantes. Nous ne pouvons pas le faire nous mêmes… Normalement nous devrions pouvoir agir pour contraindre ces gens à ne pas le faire. La presse, qui ne respecte pas le volet de la loi Hadopi sur les entreprises de presse par rapport aux journalistes, ils ont beau être condamnés devant l’URSSAF à des sommes astronomiques, mais ils continuent quand même. Je comprends très bien que des partis politiques devant des éditeurs de presses soient embêtés… Mieux vaut sacrifier les photographes que les relations qu’ont les politiques avec la presse.
Sous certains gouvernements…
Nous, dans la photographie, on a eu trois réformes relativement importantes.
Nos calculs de cotisations étaient basés sur le chiffre d’affaires et c’est le gouvernement Balladur qui a institué une réforme basée sur le bénéfice, ce qui était plus logique.
Deuxièmement, on payait la taxe professionnelle alors qu’aucune autre profession artistique ne la payait.
C’est Mr Alain Lambert, du budget (UMP) qui l’a supprimée.
Troisième mesure, c’est la formation professionnelle en continu et là c’est la décision de Frédéric Mitterrand qui nous l’a obtenue.
Ça fait un certain nombre d’années qu’il n’y a pas eu de gouvernement de gauche…
Non, on doit beaucoup à la loi Jack Lang de 1987 qui a reconnu la photographie comme une activité artistique à part entière… Les mêmes droits, les mêmes devoirs : c’était quand même essentiel. Et puis il y a eu la fameuse disposition 14 de la loi qui est devenu l’article L 132 -31-32-33 sur la publicité où le ministère a supprimé la commission. Ce qui n’était pas souhaitable.
La problématique Hadopi est plus par rapport au cinéma et à la musique, elle l’est moins vis-à-vis des utilisateurs privés, voire des photos, consultées depuis leur domicile, que vis-à-vis que ceux qui l’utilisent dans un cadre professionnel et qui en tirent profit. C’est un problème fondamental.
Internet n’est pas un licence ouverte aux entreprises commerciales pour tirer profit de la création des autres.
Cette question est souvent oblitérée par les majors qui font du disque ou de la production audiovisuelle. Nous ne voyons pas en quoi une société privée a le droit de s’exonérer des devoirs qu’elle a vis-à-vis du travail des créateurs qu’elle sollicite.
Nous disons que c’est la Loi qui libère et que ce sont les — mauvais — usages qui enferrent.
Si nous n’avons pas l’aide des pouvoirs publics, les droits d’auteurs des photographes pourraient disparaître… Or, le droit d’auteur c’est le salaire des gens, ce n’est pas une espèce de prime à la qualité qui est distribuée comme ça. C’est vraiment une forme de rémunération proportionnelle qui est formidable. C’est une chance pour les distributeurs mais pour nous, c’est une catastrophe.
Philippe Schlienger -Union des Photographes Professionnels (UPP)-
La grande question aujourd’hui : est-ce que l’on veut des droits d’auteurs ou non ? nous avons un code de la propriété intellectuelle qui protège les auteurs des grosses organisations.
Les pouvoirs publics sont-ils prêts à s’engager pour faire respecter les lois, parce que les lois existent, c’est ce qui est le pire… C’est une loi ancienne qui pourrait très bien être réhabilitée.
Il y a eu l’énorme rapport Mazart sur les usages du numérique… Il y a des pistes et beaucoup de choses à faire, mais il faut l’éclosion d’une volonté politique pour le faire. Et c’est là que les auteurs attendent que les candidats se déterminent.
On a préparé un questionnaire pour eux, notamment pour Mr Hollande, en intervenant sur des questions très précises. C’est très technique et nous n’entrerons pas dans des détails pour lesquels nous sommes ici des spécialistes, mais c’est vrai que c’est notre préoccupation principale.
Est-ce que les droits d’auteur vont survivre et vis-à-vis des droits à la vie privée, est-ce que l’on va se soumettre à Facebook ?
Et concernant le droit privé, à l’heure où Google met en ligne avec Google Images ou Photolia droits et photos à l’International… sans aucun respect des droits d’auteur.
Or le droit français est très simple, si une image est diffusée en France, c’est le droit du sol français qui s’applique. Ce qui compte en France, ce n’est pas du tout la nationalité de la société concernée. Or ces lois ne sont pas respectées parce que l’on nous dit que cela va être un frein à la diffusion de la culture numérique gratuite. Si on ne donne plus nos œuvres, elles ne pourront pas être diffusées. C’est un raisonnement vicié.
Le droit d’auteur permet au contraire la diffusion des œuvres et non pas le contraire. C’est à ce niveau là que l’on attend vraiment un geste fort du Parti Socialiste.
Guillaume Roche (Syndicat des Peintres et des Sculpteurs)
En ce qui concerne la formation aux Arts Plastiques, on assiste à un grand recul depuis une dizaine d’années, sur les moyens que l’on attribue à la formation initiale, générique, des collèges et des lycées qui est devenue un parent pauvre de la formation générale. Ce sont des questions qu’il faut remettre de manière impérative au cœur du débat. On ne peut pas promouvoir une culture populaire sans avoir une formation populaire.
Le système français a subit de grosses avancées il y a une trentaine d’années en matière de diffusion de la culture et des arts plastiques en particulier. Le système qui n’était pas parfait, loin s’en faut avec des effets pervers induits, avait tout de même le mérite de nous placer sur des bases de diffusion populaire. La diffusion est ce qui nous permet de vivre, or il y a les centres d’art mais cela reste très limité et il y a la vente à tout un chacun, d’où la loi sur les entreprises commerciales, dont on souhaite étendre les usages aux particuliers et autres.
Aujourd’hui on nous a augmenté la TVA à 7%. C’est une part à priori minime mais en réalité importante que nous perdons. D’autre part nous souhaitons défiscaliser les achats de ventes d’art. On ne souhaite pas d’aide spécifique, on garde notre liberté, mais on souhaite voir adoptée cette proposition. Le cas des expositions est symptomatique puisque l’on devrait être payés pour le faire d’après la loi, souvent on doit payer une somme pour exposer, et dans le pire des cas on perd de l’argent pour le faire.
Il y a un problème de diffusion de notre travail, soit vis-à-vis des galeries soit des centres d’Art et quand la sphère publique nous désigne à des fins d’éducation populaire, on ne gagne pas suffisamment d’argent pour accomplir ce travail. Le droit d’auteur en matière de représentation n’est pas du tout reconnu. Ce sont des bases simples en plus de l’éducation artistique à l’école…
Cette demande d’éducation aux arts est vraiment un thème qui revient très souvent. Un vrai déficit à l’appréciation de l’art. Il faut investir dans la formation de l’art pas seulement la pratique, mais aussi l’éducation de l’œil et de l’oreille, c’est vraiment un des fondements sur lesquels on veut insister. Ce doit être une pierre angulaire de la nouvelle législature à venir. Concernant la diffusion et du fait de pouvoir en vivre, il y a une problématique qui doit être absolument prise en compte.
Sylvain Lizon (dr de l’École nationale supérieure d’Arts de Paris Cergy et trésorier de l’Andéa)
Une présentation de l’enseignement supérieur artistique. Effectivement, il y a une carence de l’enseignement initial qui a des conséquences. Donc, l’enseignement supérieur artistique connaît effectivement des changements importants actuellement, ce qui aboutit à un renforcement du niveau général des enseignements pour en faire un des réseaux le plus importants dans le champs de l’enseignement supérieur européen. C’est un enseignement supérieur public.
Il y a deux filières : celle des universités d’Arts Plastiques, je représente la deuxième filière, celle des écoles d’Art, qui anciennement s’appelaient traditionnellement écoles des Beaux Arts (sous l’effet de la création des UFR d’Arts Plastiques, après mai 68, dans les départements de lettres, en réponse à la situation jugée académique, conservatrice de l’époque).
Parallèlement, les enseignements dans les écoles d’art font leur révolution pour maintenant aboutir à un système totalement décloisonné, basé sur le projet étudiant, avec un fort enjeu de transversalité, ce qui est un projet dans le projet, et une ouverture maximale sur le monde extérieur avec en plus des matières classiques, des matières parallèles comme la vidéo, la photo, le son, la philosophie de l’art, la philosophie l’ethnologie, et toutes le sciences humaines d’une manière générale…
C’est donc un réseau de 41 établissements, 11000 étudiants de 1500 enseignants, partie du réseau des enseignements culture qui compte 125 établissements si on y ajoute les écoles de musique, conservatoires, etc et c’est un enseignement qui est passé sous les fourches caudines de la réforme du LMD — licence / master / doctorat — puisque l’ensemble des établissements délivrent deux diplômes, le premier après trois années d’enseignement à BAC+3 (qui n’est pas reconnu comme licence), le DNAP (diplôme national des Arts Plastiques) et un diplôme reconnu au niveau Master II, le DNSAP (diplôme national supérieur des Arts Plastiques). C’est un cap important qui a été franchi pour les établissements à cette occasion.
Maintenant s’esquisse un autre cap, celui de la recherche en art avec un colloque qui a été mené sur le sujet (d’où on vient, vers quoi on peut souhaiter se diriger, etc), organisé dans une école d’architecture la semaine dernière. Or, l’ensemble du réseau est territorial, et neuf écoles sont nationales (six en régions et trois en île de France). C’est important pour les collectivités territoriales, car les écoles d’Art sont passées d’un statut de régime municipal à un statut d’école publiques de coopération culturelle. C’est un statut qui permet de garantir une autonomie vis-à-vis du politique, puisqu’un diplôme national ne peut pas être transféré à un élu que ce soit un maire, un président de Conseil Général, d’agglomération ou de Région.
Il fallait donc un statut autonome et c’est le EPCC qui a été choisi. Cela a entraîné une sensibilisation accrue des grands élus qui portent les écoles aujourd’hui. Donc il y a un travail qui est fait en lien avec l’association des maires de France, l’association des grandes villes de France, qui est l’octroi d’un véritable statut de chercheur pour ces enseignements, car pour l’instant leur statut est un mauvais décalque du statut des enseignants d’écoles musicales, de conservatoires, or les enjeux avec les écoles d’Arts Plastiques n’ont rien à voir.
Cela nécessite donc un travail d’information et de sensibilisation important des élus puisque l’accompagnement d’un tel statut supposerait un delta en termes financiers loin d’être neutre, ce qui permettrait en définitive aux collectivités d’aller plus loin dans l’accompagnement des écoles d’Art.
Ce réseau a donc opéré un véritable révolution en terme de visibilité et de reconnaissance puisque lorsque l’on parlait des écoles des Beaux Arts, on disait écoles à chômeurs, images d’Epinal, or la mise en place d’outils statistiques nous a permis de confirmer que 85% des diplômés trouvent un emploi dans les deux années qui suivent.
Tous ne deviennent pas artistes… la France n’y suffirait pas, car seuls 10 à 15% deviennent artistes à part entière. Evidemment 90% s’estiment artistes, mais si on affine les critères (être membres d’une maison d’artiste, avoir été publiés dans une revue spécialisée, présents dans les collections publiques, exposés régulièrement, reçu l’attribution de bourses ou de dispositifs relevant du ministère de la culture) on arrive à cette moyenne (10/15%) et les autres vont bénéficier d’un éventail très large dans les métiers de la création : ils vont travailler dans l’audiovisuel, comme photographe, comme designer, comme iconographe, comme web designer, il vont travailler de plus en plus dans les collectivités territoriales… être présents dans les domaines de l’ingénierie de presse. Bref, être présents à tous les échelons de là où se trouvent les métiers liés à la création. Et cela fait de nous un des lieux de l’enseignement professionnel les plus « professionnalisants ».
La raison en est simple c’est un domaine où on enseigne la capacité de chercher et d’inventer, et c’est un domaine où on leur apprend à s’adapter, à être d’un côté ou de l’autre du miroir, à s’intégrer dans les collectivités etc.
On est encore au milieu du gué. Il faut réussir ce dialogue fécond avec l’ensemble du champs universitaire, notamment parce que les universités entament une réforme importante en devenant des pôles d’excellence, et, les écoles d’art faisant elles-mêmes partie de l’enseignement supérieur, il s’agit de mettre en place les conditions d’un dialogue pertinent dans notre domaine. Signaler aussi que 95% de la jeune scène française est issue des écoles d’art et que nous sommes amenés à nouer des partenariats étroits avec le réseau des centres d’Art et celui des FRAC ou des artothèques et du réseau des acteurs de l’Art Contemporain dans le but d’installer une scène extrêmement vivante au niveau national et européen et qu’il s’agit de travailler de manière étroite en fonction des liens qui nous unissent sur chacun de nos territoires. Les écoles d’Art constituent un maillage relativement unique autour desquelles travaillent les principaux acteurs des Arts Plastiques.
Katerine Louineau (FRAAP et CAAP) contribue au projet.
En ce qui concerne ceux « qui ne font que ça »… je pense que la précarité est quand même le soucis majeur des artistes. Parmi eux, plus de la moitié ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté.
Concernant les droits d’auteurs, nous reconnaissons sans soucis l’originalité de notre œuvre et ce n’est pas pour cela que l’on ne paie pas les droits d’auteurs, c’est parce qu’il y a une volonté de ne pas les payer… Concernant les grandes entreprises qui vivent sur le dos des photographes, etc., les droits d’auteur qui ne nous sont pas payés, notamment le droit de présentation publique qui date des années cinquante, n’est pas appliqué par le secteur public.
Les collectivités publiques, nous sommes nombreux à y travailler, n’appliquent pas non plus les droits d’auteurs. Il n’y a pas que le privé qui soit « méchant », il y a aussi le public et la culture de la gratuité est généralisée parmi les élus. La conséquence de ce problème, c’est une précarité généralisée…
Toute la société est responsable.
Pourquoi sommes-nous les dindons de la farce : c’est parce que notre premier objectif est de créer des œuvres. Notre métier a un aspect « vocationnel ». Mais les pouvoirs publics n’ont pas le droit de faire ce qu’ils font : on est dans une situation d’abus de faiblesse. Notre but est en effet de créer des œuvres et de les montrer, ce n’est pas un raison de nous mettre dans cette situation de précarité généralisée. Donc tout le monde est complice, public et privé, et chacun se cache derrière son petit doigt. Tout le monde le fait. C’est un problème central.
Ma revendication principale c’est : appliquez la loi !
Il y a une deuxième loi qui n’est pas appliquée,notamment par les régions : celle du 1% qui n’est pas pris en compte.
Combien de régions, de communes, de départements n’appliquent pas cette disposition. Là aussi, la loi n’est pas appliquée. Et ce n’est pas une question de gouvernement. Pourquoi n’est-ce pas fait ?
Rosine Young
La solution ?
Katerine Louineau
S’il pouvait y avoir une solution !…
Il y a en France des sociétés de perception et de répartition des droits, les SPRD.
Dans la musique c’est la SACEM et cela marche très bien.
Pourquoi cela ne marche t-il pas avec nous ?
Un point complémentaire très pratico-pratique mais important :
Création d’un pass-musée pour les artistes et leurs diffuseurs pour les musées de France
(sur la base de l’attestation d’assujettissement annuel au régime de sécu).
Sans les artistes, il n’y aurait rien à mettre dans les musées. Aller voir les oeuvres d’autrui et les expos font partie de notre travail,
il est anormal que nous ayons généralement à payer pour cela.
Christian Chamourat
Moi j’ai une réponse.
La SACD date de 1777 et la SACEM de quelques décennies après, or la première photo date de 1827 (et elle est d’ailleurs conservé à Austin, au Texas) et il y a des auteurs qui sont protégés avec la SCAM et la SACD.
Etant donné que l’on ne nous paie pas les droits d’auteurs, il ne faut pas s’étonner que nos sociétés de droits ne soient pas fortes économiquement. Il ne faut pas confondre le rôle des représentants des artistes et le rôle des organisations professionnelles qui les représentent. On ne parle plus simplement de droits d’auteurs mais du droit des artistes. Il faut s’adresser en priorité aux organisations professionnelles.
Georges-Philippe Vallois, président du comité des galeries d’art (CIPAC)
Je pense que le rôle des galeries est globalement sous-estimé et on a cité tout l’éventail des métiers liés aux Arts Plastiques, sauf les galeries.
Un artiste doit consulter au moins une galerie pour qu’elle l’éclaire sur son parcours professionnel, c’est une chose qui manque parce que le rôle des galeries est totalement sous estimé.
Aujourd’hui, la plupart des jeunes artistes qui ont été cités ont une galerie, s’entendent avec des galeries, travaillent avec les centres d’Art et les musées, les différentes institutions pour coproduire des œuvres. Il faut que ces artistes soient payés.
En dehors de ça, le vrai soucis, c’est que les Arts Plastiques ne sont pas un vrai débat en France. Que les différents partis ne s’en préoccupent que très peu. On parle effectivement de spectacle vivant, d’Arts du Spectacle mais pas des Arts Plastiques parce que la vision que les gens ont de l’Art contemporain et de l’Art moderne est totalement faussée.
L’art serait caractérisé par les records, c’est une niche fiscale, c’est un objet de spéculation, or ce que font la plupart des galeries, c’est de la promotion, c’est de la découverte de jeunes talents, c’est de la diffusion qui met beaucoup de temps à devenir rentable. Les galeries naissent et grandissent avec les artistes, se séparent parfois, parce que les artistes deviennent plus célèbres. Or, cela n’est pas du tout pris en compte.
Notre revendication, ce serait qu’il y ait au sein de chaque parti et à fortiori au sein du prochain gouvernement, un « monsieur Arts Plastiques » qui reçoivent les différents acteurs du marché, qui prenne conscience des dérives et qui prenne des décisions adéquates, car tout cela forme un tout qui est extrêmement important pour l’avenir. Et si la jeune scène n’est pas prise en compte, on n’aura pas d’avenir. Mais quand on se rendra compte de cela, il sera trop tard.
Je ne crois pas que la situation soit si bonne pour la scène française aujourd’hui, ni en Europe, ni à fortiori dans le reste du monde, alors que d’autres pays ont pris cela à cœur, y compris nos voisins d’ailleurs et j’en veux pour preuve, que la FIAC (Foire internationale d’art contemporain) a envoyé une lettre à ses principaux clients pour leur présenter la programmation et leur demander d’agir. Et on ne pouvait pas avoir de réponse à part celle du CRETA. Si il n’y avait pas eu le prix Marcel Duchamps, il aurait été impossible de présenter le travail du moindre artiste français. Je dis scène française en pensant à des artistes vivant et travaillant en France.
Il faut donc tirer la sonnette d’alarme. Il faut veiller à ce que l’Art Contemporain ne disparaisse pas pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la réalité du débat, et de fait, il faut qu’il y ait quelqu’un au sein du PS qui s’occupe de ces questions et nous souhaitons être extrêmement clairs sur cette question.
Jean-Paul Bessières-Orsoni (Secrétaire de la section Culture)
Merci pour cette analyse remarquable. Il est en effet déplorable que les problématiques autour des arts plastiques soient les moins émergentes à l’heure actuelle. Sans doute par un manque de relais, ou d’interlocuteur, mais c’est l’idée de la rencontre d’aujourd’hui, c’est de faire émerger ces problématiques.
Un visiteur dans la salle
Je souhaiterais intervenir au titre des centres d’Art.
ADCA, c’est 51 centres d’Art sur tout le territoire, ça ne veut pas dire que cela représente tous les centres existant en France. Pour rebondir sur la scène française, ces centres ont pour la plupart trente années d’existence, ce sont les relais des écoles d’Art, ce sont aussi les lieux où se forme le regard des jeunes, dans le cadre de notre activité dédiée à la médiation via des personnes formées à cela, soit dans les écoles ou les universités d’Arts Plastiques.
La moitié des crédits sont dédiés aux professionnels qui les animent, l’autre moitié va à la production des expositions. Alors, certes, on est pour l’instant incapables d’organiser à la fois des expositions et de rémunérer les artistes à leur juste valeur.
On questionne les artistes chaque fois qu’on met des moyens à leur disposition.
Nous sommes des lieux où travaillent en général quatre à cinq personnes avec des moyens extrêmement réduits. Ce qui nous manque, aujourd’hui, c’est que ces centres puissent être au plus près de cette scène dont parle Philippe George.
Nous réussissons néanmoins à mettre leur travail en relief sur la scène européenne, mais ce sur quoi nous travaillons, c’est véritablement la renégociation de nos conventions collectives afin de permettre un travail dans de meilleures conditions et une meilleure évolution des personnels au cours de leur carrière. Comment assurer nos missions, rester au plus près du respect du droit des artistes et évoluer nous mêmes professionnellement, ce sont les trois axes sur lesquels nous travaillons.
Un autre visiteur intervenant depuis la salle
Nous sommes le CIPAD : nous représentons tous les intermédiaires du monde de la création et nous encourageons tous les médiateurs, tous les acteurs institutionnels au sein des Arts Plastiques et il faut réaliser, sans tomber dans le misérabilisme, qu’au sein de toutes ces institutions nous ne représentons qu’à peine 3% du budget de la culture, ce qui est assez frappant pour se faire une idée des moyens alloués aux artistes au sein de ce dispositif et à nos missions de service public qui sont fortement marquées par des valeurs proches des votre, celle de la démocratisation culturelle, celle de l’accessibilité des œuvres.
En terme de médiatisation de l’art, d’expertise et d’aide apportée aux acteurs du domaine, concernant les droits d’auteurs, nous sommes d’accord pour dire que l’on est très en deça du nécessaire. Lors des opérations de médiation, nous souhaiterions pouvoir rémunérer les artistes.
Nous sommes dans des économies assez faibles et il y a des choix qui doivent souvent être faits. Ils ne sont juste pas normal, mais c’est comme cela que cela se fait entre produire une pièce, exposer des artistes, payer des artistes. Ce n’est pas satisfaisant. C’est vrai qu’au CIPAD on a travaillé en discutant aussi bien avec les représentants d’artistes, les galeries d’Art et les institutions publiques d’Art, à essayer de trouver des solutions techniques qui sont ces contrats et nous avons voulu dénoncer un certain nombre de choses. Quoi qu’il en soit la réponse est aussi politique puisqu’on parle du service public. A un moment, si on veut que les choses avancent, il faudra donner aux professionnels les moyens de travailler correctement. Je n’évoque pas la situation des autres institutions de l’Art, mais nous travaillons hors cadre avec des conventions collectives qui n’existent pas dans notre domaine.
Catherine Poulain
Le sous financement du secteur des Arts Plastiques est clair et net. Quelque soit le projet à budget contraint, c’est certain. Ça ne justifie en rien de faire passer en premier à la trappe la rémunération de l’artiste en ayant préservé les cacahouètes et éventuellement le concert du jour de l’exposition. C’est une question de répartition du budget.
Le Co-président des centre d’art Paris Ile de France.
Nous représentons 31 structures d’art contemporains réparties sur le territoire francilien. Aussi bien des structures au sein du Palais de Tokyo qu’au delà pour des structures plus légères. Elles permettent en effet l’émergence d’une scène française, à la fois, parce que l’on est à la sortie des écoles un lieu de passage, un lieu de filtre puisque l’on donne aux artistes des moyens pour développer leur travail, mais on est aussi, et je pense que c’est important, un maillage du territoire en termes de diffusion et de médiation. Un réseau qui favorise l’accès à un public très large de l’art contemporain. Et aujourd’hui on est inquiets quant au financement de nos structures, des expositions que l’on peut faire qui sont moins nombreuses alors même que ce public se développe.
Félicitation pour ce public qui se développe.
La récente présidente de la DRAC Ile-de-France et membre du bureau national de la CFDT Culture.
Je suis toujours Inspecteur Public mais j’ai rejoint l’école d’Architecture de Marne la Vallée. A la DRAC Ile-de-France, musique, danse, théâtre, c’est 60 millions en termes de financement et de subventions possibles. A la même DRAC Ile-de-France les Arts Plastiques bénéficient de 1,5 million. Il faut aussi savoir que ce n’est pas 3% du budget national, c’est 8% quand il n’y a pas de gel ou un gel plus une régulation budgétaire. Qu’est ce que vous voulez comme économie pour le champs des Arts Plastiques qui sont si mal appréciés, au sens global du terme ? La sociologie du théâtre date de Molière, tandis que celle des Arts Plastiques date de 1981…
C’est tout à fait faux de présenter les choses comme ça. Mais cela n’exonère pas le politique d’avoir un rôle de stimulation de l’économie du domaine des Arts Plastiques, parce que tout de même l’économie de l’Art contemporain, elle existe. On ne la qualifie pas bien en France. On ne la quantifie que mal. Et croyez vous que les maires de Lyon ou de Strasbourg ne voudraient plus de la biennale de Lyon ou du Printemps de Septembre. Bien sûr que non. Ils la souhaitent et il la pérennisent en la subventionnant. Ça a un effet d’économie induite et cela depuis longtemps.
Il y a donc une vraie part économique et un vrai public qui se développe. Et cela on a du mal à la dire ou à le faire entendre parce qu’on a affaire à des interlocuteurs politiques qui n’ont pas suffisamment accès pour ne pas dire qu’ils ont aucun accès au champs des Arts Plastiques.
Vous appréciez le spectacle vivant, parce que ce domaine est constitué depuis plus longtemps et les Arts Plastiques sont considérés comme une réunion d’isolats, or c’est faux, ils sont aussi une réunion de groupes constitués, donc peut être que l’idée de Georges Vallois d’un interlocuteur unique est une bonne idée parce que l’on part de très loin.
J’ai une autre question pour le parti socialiste : Demain vous êtes appelés aux responsabilités, les régions se consolident, un jeu se fait du côté des régions. Quid du ministère de la Culture que vous allez récupérer qui est en train de devenir un simple secrétariat d’état. Allez-vous faire un Ministère à part entière, peut être pas un Ministère d’état, mais un Ministère de plein droit avec des prérogatives parce que c’est un ministère très technique. Que voulez vous vraiment faire de ce ministère face à la nouvelle décentralisation et face au renforcement de ses prérogatives face aux régions. Le partenariat avec la région est très fort et doit se développer. Enfin, en ce qui concerne l’enseignement formation initial des Arts Plastiques, si on ne sait pas toujours pas citer ce que sont les Arts Plastiques, je suis désolée moi, ma fille, ceux qui entrent à la maternelle aujourd’hui, n’auront pas la chance d’avoir un enseignement d’histoire des Arts. Moi je l’ai eu quand j’étais en Suisse parce que c’est une situation que je connais bien : je suis arrivée en France, cela a cessé. Aujourd’hui prenons le taureau par les cornes, travaillons avec le ministère de l’Education Nationale, parce que je le vois ma fille a toujours été au théâtre, au concert, elle a toujours reçu une éducation privilégiée, mais elle n’a jamais entendu parler d’histoire de l’Art. Il faut le faire au premier cycle si possible dès la maternelle. Au second cycle — à partir de la seconde — ce sera trop tard. Mes deux mains au feu…
Nous sommes tout à fait d’accord avec toi.
Nous sommes devenus des animateurs culturels et plus des créateurs. On parle de culture on ne parle plus de création.
Rosine Young
J’ai pu voir dans nos statuts l’idée d’un Ministère des Arts et de la Culture. Donc cette préoccupation existe. C’est véritablement au cœur des débats que nous menons.
Jean Mermet
Trois petites choses. On réalise qu’il y a une maladie chez nos politiques. jamais un ministre de la Culture n’a travaillé avec un ministre de l’Education. Il y a dans nos métiers une confusion croissante entre l’Art, la Culture, et la « communication ». C’est trois mots sont pour les français complètement mélangés et sans aucun sens. D’ailleurs on passe du Ministère de la Culture et de la communication au Ministère des Arts et de la Culture. Ce qui s’est passé pour les paysans entre un litre de lait produit et sa distribution chez Carrefour se passe aujourd’hui dans la Culture. Je suis très frappé de voir les représentant de la Culture, des représentants de FRAC, de fric, de froc, et puis les artistes : on est pas du tout dans les mêmes besoins, pas dans la même chose. Vous mélangez un litre de lait, un paysan qui traie sa vache avec un industriel qui essaye de gérer Carrefour. On déconne. J’ai tourné dans une cinquantaine de longs métrages, j’ai fait environ 75 télévisions, maintenant je fais de la formation avec un simple câble, pour la gestion du stress et l’expression orale, je viens de toucher un chèque de 31 euros pour le rediffusion de tous ces films en un an, je me permet de vous le dire parce que ça me fait marrer, mais ces films ont bien été échangés contre du pétrole en Libye. Je ne sais pas où ça part je ne peux pas gérer le truc, en tous cas les intermédiaires qui vendent mon travail depuis trente ou quarante ans sont tous payés, vous avez tous des salaires dans les FRAC. L’artiste n’a rien. Moi j’ai 31 euros par an. Je n’agresse personne mais je veux mettre cela aussi sur la table. J’ai l’impression que vous l’oubliez comme quand il s’agit d’un photographe ou d’un peintre. Vous oubliez les producteurs, et le monde des intermédiaires qui est très lié aux industriels.
Il y a une chose qui est vraie : les artistes sont ceux qui vivent le plus mal dans le monde de l’art.
Christophe Le François (CAAP)
Je suis plasticien et représentant du comité des artistes. Sans vouloir être très agressif, je suis assez d’accord avec ce qui vient d’être dit. Les plasticiens sont dans une situation épouvantable. Les plasticiens vivent pour la plupart, plus de la moitié en dessous du seuil de pauvreté.
Oui, mais les tortionnaires ce ne sont ni les centres d’art ni les mairies
Je voulais intervenir pour souligner un problème de crédibilité politique du PS.
Le PS nous apparait schizophrène dans son projet politique. On sait bien que le création sur le terrain ne se fait pas dans les centres d’Art, elle se fait massivement auprès des collectifs et des associations d’artistes qui essayent de mettre en place des comités et des maillages en complément du circuit institutionnel. Quand on a besoin de monter un projet, on va voir nos élus. Qui sont nos élus. Massivement, ce sont des gens qui sont intéressés par la Culture. Donc des gens qui sont à gauche… On leur parle de droit de présentation, de payer les artistes. On sent le néant intellectuel de nos interlocuteurs. Ils ne nous comprennent pas. Le circuit institutionnel existe et c’est très bien. Mais c’est un Art élitaire au bon sens du terme. Qu’est ce qu’on demande à l’Art : d’ouvrir sur le monde, sur la région, sur l’Art national et international. Les artistes qui vivent sur le terrain. C’est quoi leur budget de fonctionnement ? On comprends bien qu’on ait besoin d’avoir des ressources, on sait ce qu’est la recherche, mais d’un autre côté on a besoin de faire vivre les artistes sur le terrain, des électeurs, en tant que président comment puis je leur dire votez pour le PS, alors qu’ils traversent les pires difficultés. Pour les gens de gauche ça va être difficile de voter Sarkozy, mais comment voter PS alors que l’on est pas entendus ?
Christian Chamourat
Ça sert à rien d’opposer nos spécialités différentes. Nous devons être des alliés. On en a pas suffisamment. Nous sommes très peu représentés. Ce n’est pas ça qui va nous servir, si je peux me permettre. Je n’ai pas l’habitude de fréquenter des réunions comme celles-ci mais j’ai entendu un merveilleux discours sur la formation professionnelle. J’ai trouvé ça formidable et cela va nous servir à rien de nous agresser là dessus. Par contre là où on a un réel problème, c’est au niveau des écoles d’Art en France. Je ne les ai pas trop fréquentées parce que ce n’était pas mon truc, mais je crois qu’elle sont plutôt bonnes. Le problème est ailleurs , expliquez moi combien, du charcutier au président, a eu d’heures de culture, de formation à l’image : zéro ! Alors que les artistes soient formés dans les écoles d’Art… formidable, mais sur le terrain ça ne sert à rien à part aux artistes eux mêmes. Mais ce ne sont pas des commanditaires. Les commanditaires dans ce pays ne se sont pas des spécialistes, malheureusement.
Un jour, il y a eu une réunion au sénat sur la photographie. Une sénatrice m’a dit « tout le monde a un appareil photographique et un modem, comment allez vous faire ? » Je lui ai dit « mais madame la sénatrice il me semble voir un stylo entre vos doigts »,
« Oui et alors ? »
« Eh bien il doit y en avoir pus que des appareils photos et des modems, mais quand vous rédigez votre liste de courses est ce que vous vous prenez pour Victor Hugo ? ».
Le moindre petit beur de la Plaine Saint Denis, il a dix ans d’école obligatoire. Il ne reste pas zéro. Alors que tous les autres ils ont zéro heure de formation. Qu’est ce qu’une bonne photo ? C’est une photo techniquement réussie, nous répondent t-ils. C’est comme si on disait qu’un grand écrivain, c’est quelqu’un qui écrit sans faute d’orthographe. On sait tous parce que l’on a été à l’école que ce n’est pas vrai.
Jean Mermet
Une bonne nouvelle : on vient d’apprendre que la culture représente 46% du PIB, 46% des revenus des américains proviennent du secteur culturel.
L’économie de la culture est vraiment un des points que l’on doit défendre car on constate son manque de reconnaissance. Il faut absolument que l’on se parle plus souvent : il y a trop des malentendus. Parce que c’est très difficile et un peu frustrant d’entendre confondre les industries culturelles qui ont eu leurs missions et leur intérêt avec le service public. Et quand on dit que les FRAC sont élitaires il faut juste savoir que la plupart des membres de ces équipes sont constitués d’enseignants détachés de l’éducation nationale. Les chiffres sont là : 480 projets en 2010. 1,2 millions de visiteurs dont entre 20 et 30% de scolaires. Donc élitaire non, je ne pense pas du tout. Après c’est vrai nous constituons des collections, pas des achats. On a certaines choses à régler : le prochain chantier d’exposition municipale, et c’est ce contrat d’acquisition que l’on a pas encore réglé pour la rémunération des artistes. On est pas effectivement encore au point sur les contrats avec les artistes.
Rosine Young
Oui, il y a des chantiers…
Jean Paul Bessière-Orsoni
Pour les jeunes artistes, le FRAC oublie complètement de rémunérer les droits de reproductions des artistes. Si les professionnels négligent de le faire, c’est inquiétant. Ce n’est pas systématiquement pas payé, mais…
François Adibi
Je crois qu’il est important de fournir un débouché politique à cette réunion. Il faut repartir de ce qui avait été dit au début : c’est la différence entre l’action de la filière cinéma et de la filière musicale sur le pouvoir politique et l’ensemble des acteurs des arts visuels. Pourquoi est ce que ces filières réussissent, c’est parce qu’elles créent des rapports de force. Si elles réussissent c’est parce qu’elles sont rassemblées et réunies autour d’objectifs communs. Ce que peut offrir la section Culture c’est cette articulation et cette réunion autour d’objectifs communs. Et à deux mois des présidentielles, si vous n’êtes pas réunis, il y aura beaucoup de difficultés à faire passer le message. En termes de méthode, je pense que c’est l’objectif à atteindre…
La présidente de Synestésie
Je voudrais rebondir sur ce point. Notre structure qui a la particularité d’être à la jonction de la création et des nouvelles technologies, plaide pour l’acculturation, apprendre aux enfants ce que c’est une image, une lecture des documents visuels. Comprendre. En utilisant ces nouveaux outils qui sont maintenant dans toutes les chaumières. Il se trouve que Synestésie se trouve sur le territoire de Saint Denis qui s’appelle maintenant le territoire de la culture et de la création. Il se trouve que c’est sur ce territoire que l’on trouve beaucoup des industries culturelles.
Il ne faut pas opposer ceux qui ne sont pas artistes mais qui ont choisi d’accompagner les artistes, qui sont salariés alors que les artistes ne le sont pas. Il y a une grosse gué-guerre avec les industries culturelles.
J’étais à une réunion sur ce « territoire de la culture et de la création » conviée par Patrick Braouzec qui est quelqu’un de charmant. Ils cherchent à créer un projet culturel, donc ils ont analysé tout ce qu’il y avait sur leur territoire : design, architecture, jeu video, artisanat d’art etc… Il n’avait pas je n’ai pas osé dire les Arts Plastiques, j’ai dit les Arts Visuels. Ils n’en sont pas là. Pour eux, ce sont le cinéma, la télévision, le jeu video. Il faut vraiment que l’on fasse un effort pour exister face aux politiques.
Pour eux, les industries culturelles, c’est du contenu… Et le contenu sur internet il est gratuit, parce qu’il est payé par la publicité ! Et les sites gagnent leur vie grâce à la publicité. Et pas du tout grâce à la vente d’œuvres.
Christian Chamourat
Ou en vendant des choses qui ne leur appartenaient pas. Il faut être très vigilants par rapport à la presse.
François Adibi
Pour avoir été délégué national à la culture lorsque François Hollande était secrétaire, je voudrais insister sur la méthodologie. Je peux vous dire que la position du conseiller, du consultant ou du supplétif ça ne fonctionne pas. Ne vous attendez pas à trouver du jour au lendemain de vrais politiques, intelligents, qui vont comprendre instantanément ce que vous dîtes. Ce sont des choses qui ne fonctionnent pas. La seule chose qui fonctionne, c’est de créer un rapport de forces. Pour cela, il faut que vous vous réunissiez encore à de nombreuses reprises et que vous vous concentriez sur deux ou trois objectifs sur lesquels concentrer vos efforts. Il faut parler d’une seule voix. Il faut faire la synthèse. Se donner l’objectif de début mars et organiser d’autres réunions pour définir ces objectifs. Il faut un document avec un état des lieux, les enjeux, notamment internationaux qui sont très forts, et pour entrer dans la tête d’un candidat en campagne, il faut lui spécifier les enjeux qui sont derrière : rayonnement, on voit comment la Chine travaille à ces sujets, les pays anglo-saxons. Ensuite il faut spécifier les lois qui ne sont pas appliquées. Si la gauche revient au pouvoir en mai, il faut arrêter tout cela et le dire sur la place publique.
Rosine Young
Comment articuler ces sujets ? Comment les faire aboutir ? Nous avons la secrétaire du national Martine Garcin qui représente Sylvie Robert. Nous avons eu une réunion avec Sylvie. Tout est bon à prendre pour faire remonter les informations. Tout participe d’une volonté de faire aboutir les problématiques. Les problèmes doivent être saisissables pour être pris en compte. Un politique doit recevoir un projet clair, qu’il pourra répercuter. Ici, plusieurs portent la parole et des contributions.
Christophe Le François
Une chose que j’ai dite tout à l’heure : en tant de campagne électorale, il n’y a pas besoin d’être au pouvoir pour appliquer la loi. Appliquez-la dès maintenant et les artistes qui votent pourront faire la différence entre un maire socialiste et un maire qui ne l’est pas. Entre une région qui applique le 1% et une région qui ne l’applique pas.
Ca fait dix ans que je bosse avec mon maire socialiste. Y a pas de projet dans cette commune…
Jean Paul Bessières-Orsoni
L’application de la loi n’est pas l’unique débat. C’est un point central. Mais il y a aussi les usages numériques, le médiateur etc. Il faut que soit réaffirmée l’importance de ces sujets. L’élu doit être mobilisé par la décision donnée. Si les Arts Plastiques restent un sujet mal traité, il faudra faire émerger ses problématiques. Le point symbolique du domaine est a priori moins grand ce qui reste à prouver. Il y a beaucoup d’ignorance.
Autre intervention depuis la salle
Nous cherchons à faire adopter une loi d’orientation non comme la 44 sur le spectacle vivant. Nous préférions culture et création avec un volet arts visuels. toutes les structures que nous représentons, Frac, artothèques, centres d’art etc font un travail de fond très important qui aboutit. Pas seulement vers les écoles, avec la politique de la ville avec les centres sociaux, avec les associations, avec les hôpitaux, les prisons. Toutes ces actions sont du travail d’équipe, un travail de fond. Ça prend du temps. C’est basé sur la confiance. On a besoin de pérenniser les équipes. On a pas de moyens. Est ce que c’est à nous de financer les travaux en direction des écoles ? Est ce à nous de porter toutes ces actions ? Le maillage du territoire n’est pas soutenu par l’état. des structures ferment tous les jours. Nous avons des difficultés quotidiennes pour survivre. Nous n’avons pas des salaires mirobolants.
Christian Chamourat
Les expos photos ne sont pas rémunérées en général. Personne ne pense à grand chose parce les choses ne sont pas médiatisées. Avec le ministère, on ne fait que mariner actuellement.
Martine Garcin
L’art « officiel » est rémunéré. Il y a de grandes expos qui fonctionnent. Elles drainent des publics larges.
Sur le site d’Hadopi, ce sont des images libres de droits. C’est tout de même hallucinant. Je ne parle pas des vidéos qui sont tournées en Slovénie. C’est tout à fait signifiant que sur internet le débat à été posé parce que ça posait un problème pour la musique et le cinéma. Or, avant même de pouvoir écouter de la musique sur internet, on y a vu des images.
Le prêt aux bibliothèques a été défendu par les éditeurs. On produit 38000 ouvrages par an il n’y en a que 11000 qui se vendent.
Megaupload, devait sortir MegaBox qui allait mettre au point des contrats avec les artistes par dessus les majors. D’où le problèmes rencontrés. Même l’état lui même ne fait pas respecter ses droits.
Wikipédia pour toutes les images, il y a une clause qui permet les reproductions. Google, c’est 92% du marché….
Catherine Poulain
J’étais intermittent du spectacle, puis je me suis retrouvée au RMI et maintenant j’ai plein de temps pour mon travail mais avec des revenus quasiment nuls. Comment franchir la barrière des institutions ? C’est un parcours du combattant. il faut être représenté. Y a tout un protocole qui crée des barrières pour les artistes. Il faut tout le temps être coopté.
Nous aimerions que l’artiste soit revalorisé.
Sans l’artiste, il n’y aurait rien. Personne ne serait là. Il est incroyable qu’il soit laissé seul avec sa création.
On lui demande son carnet d’adresse quand il rentre en Galerie. Il doit amener ses collectionneurs.
Peu de galeries, sauf le plus grandes, peuvent se vanter d’avoir des gens qui suivent. Y a jamais de soutien, y a pas de mécénat, y a pas de financement ou d’engagement pour aider les artistes. L’artiste accroche s’il a l’argent nécessaire. S’il a le talent c’est tant mieux, s’il a le réseau, voilà ce n’est que ça… J’aimerais donc que l’on revalorise l’artiste. Je pense aller à l’étranger… des propositions payantes m’ont été faites.
La meilleure manière de bien vivre de son art, c’est de ne pas être artiste… Ils ont les moyens de financer leurs projets à ce moment là. Beaucoup d’artistes ne vivent pas de leur travail, la plupart sont enseignants. On se sert de l’artiste alors que l’artiste sert une cause. Il y a un niveau de connaissance. C’est pas tant de l’ignorance que de la méconnaissance. Le travail de l’artiste est souvent récupéré par des gens qui peuvent l’utiliser. J’ai proposé des projets. Mais il faut être connu pour pouvoir faire aboutir ses projets. Depuis 94, nous avons fait ressurgir le carnaval de Paris en 1997. Il a pris de l’ampleur au début. Au lieu d’aider les artistes à l’initiative de cette idée, il ont préféré subventionner des associations de coopération ou de médiations, Je fais des chars très visibles, photographiés par les parisiens. Et je me suis inscrite à l’AGESSA…
En ce qui concerne, la représentation des artistes, notamment vis-à-vis des syndicats que nous sommes un certain nombre à reprendre, on a une très mauvaise publicité. On a un esprit de liberté chevillé au corps et on n’aime pas en général les collectifs. On est pas seulement dans un mouvement d’artistes mais dans un mouvement social. Il est très motivé. Si vous avez un candidat, dites-lui bien à quel point nous sommes remontés. La création, c’est l’humanité de notre nation.
Il n’y a pour l’attribution des ateliers que les confédérés SNA-FO et le SNA CGT qui sont représentés, alors qu’il y a sept organisations.
Il faudra faire une note de trois pages à François Hollande…
Il faudrait lier nos questionnement avec le rôle de l’éducation dans le cheminement des individus. Il faudra traiter ces problématiques en liaison avec l’éducation nationale. Un artiste l’est depuis le plus jeune âge. Nous avons été invités au théâtre enfants. Cela a été très formateur. Ces initiatives sont fondamentales. Il faut reprendre l’enseignement des arts de l’école jusqu’à l’université.
La réunion a été très riche et nous espérons qu’elle sera très fructueuse, enrichie des éléments ci-dessous qui nous sont parvenus :
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