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Archives pour la catégorie ‘Patrimoine’

QUEL AVENIR POUR LE LIVRE ?

08/01/2012

Réunion de la Section culture du 12 décembre 2011 Salle Poperen, Solférino

 

La Section Culture du PS s’est réunie  le 12 décembre au siège du Parti Socialiste, salle Poperen.

 

Nous recevions, de gauche à droite sur la photo :

Jérôme Dayre (librairie Atout Livre, Guillaume Husson (Syndicat des libraires), Albert Dichy (I.M.E.C.), Alain Giffard (Lecture numérique).

 

Etaient également parmi nous :

Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat national de l’Edition (S.N.E.), Johann G. Louis (écrivain et illustrateur), Gérald Dittmar (éditeur et écrivain).

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Cette réunion est l’occasion de faire le point sur la situation du livre en France, des attentes de la profession, sans nécessairement tomber dans le corporatisme, et d’ébaucher des débuts de réponses.

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Christine de Mazières (S.N.E.) « La situation du livre face à la révolution des technologies numériques qui, si elle permet de toucher de nouveaux publics et d’augmenter la visibilité des œuvres, soulève des inquiétudes face à l’irruption dans le métier d’acteurs considérables avec des stratégies particulièrement opérantes.

Ces très grandes sociétés cherchent à créer des contenus à des prix de plus en plus bas, quitte à enfreindre les régulations en vigueur.

Le numérique ne représente que 1,8% du marché et 0,6% des stocks.

Nous nous sommes opposés aux groupes comme Google avec une procédure entamée en 2006 et remportée en 2009. 16 pays ont suivi pour un prix unique du livre numérique à moins de 20 euros qui permettrait une démocratisation de l’accès.

Les livres ne sont pas des biens de consommation mais des œuvres.

Les éditeurs réclament une forme de régulation que l’Europe par le biais de la direction à la concurrence ne leur accorde pas toujours, beaucoup de lobbies cherchant à avoir accès à la commission pour modifier le prix. Allemands, espagnols, finlandais, portugais, etc. sont sur cette ligne de prix unique.

 

Or, dans ce contexte de grande facilité du domaine, la TVA du livre est susceptible de passer de 5,5 à 7%, alors que 21 pays ont exonéré le secteur à 0%.

Des problèmes pratiques ont entraîné deux mois de retard entre le marquage des exemplaires par rapport au stockage.

Le taux réduit sur le livre numérique ne compense rien du tout. Or la commission considère que les biens dématérialisés créent un service d’où une taxe alors que l’on a affaire à des œuvres singulières qui devraient générer des droits d’auteurs.

 

L’audiobook a marqué une victoire, des associations d’aveugles faisant valoir le côté indispensable de tels produits.

 

Nous avons en France des catalogues d’œuvres indisponibles sous droits mais qui ne sont pas commercialisées dans un temps où la numérisation continue des autres oeuvres continue. Nous pourrions utiliser les ressources du grand emprunt européen pour numériser 500 000 de ces œuvres et les mettre à disposition du public via la BNF afin d’en mutualiser les coûts de gestion. Un projet de loi a été présenté qui doit être voté ce vendredi. Nous sommes les premiers en Europe et on nous observe dans les autres pays de l’Union Européenne. On pourra ainsi créer des bouquets généraux en accès particulier ou via les médiathèques. C’est un beau projet. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni (Secrétaire de la section Culture)

« les problématiques fiscales sont un sujet majeur qui demandent une refonte générale. Il faut soutenir l’existant. Face au changement d’orientation des taxes du C.N.C. quant à la création du C.N.M., y a-t-il une « agenciarisation » possible ? Il y a un Centre National du Livre, C.N.L., un Comité du Livre qui soutient la profession via deux taxes, l’une sur le chiffre d’affaires des éditeurs et l’autre sur les appareils de reprographie. »

 

Alain Giffard (ancien directeur informatique de Gallica (bibliothèque numérique), membre de la commission pour l’accès internet, ayant travaillé sur le fossé numérique et la culture numérique), attire notre attention sur le problème de la lecture depuis 1990.

« La lecture publique a reculé et l’enquête PISA note une baisse des performances, on lirait moins, face aux moyennes de l’OCDE, elles-mêmes en baisse.

Le problème de la citoyenneté à travers la culture se pose : dans un foyer-type, le père ne lit pas, le fils et la fille ne lisent pas beaucoup. On assiste à une balkanisation, situation jamais analysée, ni traitée par aucun gouvernement. La suppression de la méthode globale n’a pas suffi. C’est lié à la question des immigrés pour Guéant…

 

On note en tous cas un écart de 10 points entre filles et garçons qui arrêtent de lire en 6eme. 20% des 19 ans à l’examen du service militaire avaient un niveau de 6eme quand ils savaient lire.

Il y a eu une grande enquête sur les pratiques culturelles en 1990 qui montrait une baisse de la lecture. Or, le chiffre d’affaires des éditeurs augmentant faisait penser qu’il s’agissait d’une erreur.

Les éditeurs reprochent à Hollande son soutien au Sky blog (qui est vu comme un outil de décervellement des jeunes) et veulent sortir de cette équation qui réduit leur visibilité, à la différence de la télévision qui l’augmentait, d’une certaine manière.

Par rapport au numérique, on assiste à une concurrence entre deux lectures, référencielle et symbolique. « Google rend t-il idiot ? » demande un rapport canadien.

La lecture numérique ne peut pas se substituer à la lecture traditionnelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire) dénonce la fiction des soit-disant publics alternatifs.

Il faut développer la culture du numérique mais ne pas laisser filer les choses. Les enfants sont devenus des consommateurs, pas des acteurs… Les garçons lisent beaucoup moins que les filles et la plupart des professionnels du livre sont des femmes.

Les pères préfèrent se la jouer cool vis à vis de leurs enfants en recourant à des gadgets électroniques.

Il y a des effets pervers avec la lecture-jeunesse basée sur le marketing et « segmentante » (sexe, âge, génération), alors qu’il existe une littérature de la révolte, comme Rimbaud, pour la poésie. A 30 ans on n’a plus accès à la littérature de sa jeunesse d’où une certaine nostalgie.

Il faut dénoncer la disparition de Tick’art qui associait les enfants et les éditeurs par le biais des auteurs avec un chèque de 8 euros dispensé par la Région. Des centaines d’enfants bénéficiaient de cette mesure surtout dans les milieux défavorisés. Le livre dans ce cas était choisi par centres d’intérêts… Les filles, c’est surprenant,  demandent des histoires douloureuses qui finissent bien.

C’est une politique qui avait du sens.

On perd les ados vers 15 ans et on ne les retrouve qu’avec la paternité…

La lecture chez les étudiants recule.

Les médiathèques sont équipées mais on ne tire pas toujours bénéfice de cette chance. Des politiques spécifiques doivent être imaginées… Des livres pour les boursiers…

Des concours de lecture à voix haute sont par exemple organisés en Allemagne depuis 1959. « Histoires et Paroles » est une réplique expérimentale qui marche. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni note une montée de la ségrégation culturelle avec une segmentation des publics alors qu’on observait auparavant un phénomène de démocratisation… Nous sommes à présent dans une société de consommation qui a conclu une alliance historique objective avec le marketing pour vaincre le collectivisme. A l’exemple d’Ars Industrialis de Stiegler (association  internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit) qui dénonce la demande qui est faite aux élèves d’adopter les valeurs d’un système qui les détruit, il est temps de repenser les choses face à ces messages « excluants ».

Les spécialistes de la culture et de la politique ont le devoir de lire et pas uniquement de se faire une opinion grâce à la télévision.

C »est le modèle scolaire de Jules Ferry et de Kant. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Sur France Culture, une institutrice se plaignait de difficultés à enseigner des mots nouveaux comme par exemple « succulent » associé par les garçons à un « mot de filles ». Le rejet de la culture devient alors un critère d’identification sexuelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Rejeter la lecture, c’est se comporter en « homme » pour certains… La proportion de ceux qui lisent est de 10 femmes pour trois hommes, même si le terrain est plus complexe. Il faut être prudents et ne pas stigmatiser les « banlieues » ce qui en soit n’est pas une notion précise. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Dans le cinéma on assiste à une dérive industrialisante avec une disparition des « films du milieu ». Qu’est ce qu’un espace public vis à vis d’un espace de notoriété ? »

 

 

Albert Dichy (directeur artistique à l’IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« Un livre, a fortiori une œuvre, est le substrat d’une vie et nécessite une prise en compte sensible. Or la fréquentation des bibliothèques baisse depuis un an… Les visites se désamplifient. »

 

 

Guillaume Husson (délégué Général du Syndicat des Libraires)

« L’édition est stable par rapport au marché mais l’évolution de la lecture marque une baisse qualitative et la diminution de l’esprit critique, facteur de démocratisation.

Les forts lecteurs, qui lisent plus de 20 livres par an se comptent pour la plupart dans une population vieillissante.

Le secteur du livre fait vivre 700 000 titres. Aucun autre secteur ne présente le même dynamisme en terme de diversité. Il faut défendre cette richesse en jouant sur les cadres législatifs, fiscaux, économiques du secteur et soutenir les éditeurs mal lotis qui sortent des sentiers battus et sont la force créative de l’édition.

Pour la diffusion, les libraires créatifs ne sont pas forcément incompatibles avec les grosses machines commerciales de type centres Leclerc, mais il faut mettre l’accent sur les librairies de proximité qui permettent les vraies découvertes et le maintien des livres dans les grands réseaux. »

 

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Atout Livres a une politique d’animation qui compte : le travail qualitatif a un coût qui n’est plus couvert par les éditeurs. Or nous avons la traduction la plus importante du monde.

Défendre les éditeurs, libraires et auteurs, c’est maintenir le prix unique du livre face à la commission. Il y a un consensus sur le prix unique du livre numérique qui doit jouer sa partition dans l’univers du numérique avec la concurrence d’Amazon, Kindle, iBook.

Mettre des équipements numériques dans les librairies parait être une fausse bonne idée et un pari risqué. La communication interactive aura sa place mais celle-ci doit se justifier. Créer des blogs n’est pas cher et c’est pratique mais concevoir des sites marchands peut être hors de prix pour de petites libraires qui auraient avantage à mutualiser leurs moyens en créant des communautés de libraires.

 

Il y a des cinémas Art et Essais et des théâtres subventionnés, mais y aura t-il des libraires aidés ? Les livres indisponibles ne pourraient pas générer des droits en vertu des contrats léonins qui lieraient les éditeurs parce qu’il faudrait qu’ils soient régulièrement réédités. L’Europe donnerait-elle les financements nécessaires ?

 

Sur un prix du livre de 10 euros un libraire ne touche que 3 centimes au final.

L’auteur touche 1 euro, c’est à dire 10%, 8% ou 5% suivant son contrat.

Le libraire touche 3,50 euros brut soit 38% à 35% suivant l’éditeur. La masse salariale est de 20 à 25% or face à la qualification des libraires, le salaire est très bas… de l’ordre du SMIC alors qu’il devrait être de 4000 à 5000 euros…

Le métier demande de longues études, un talent de commerçant, et une compétence 2.0. Il y a 3000 librairies qui seraient soumis à une augmentation de la TVA de 5,5% à 7% ce qui suscite des commentaires amusés sur le forum de l’émission de TF1 qui l’annonce… Or ce 1,5% provoquera une perte d’argent alors que l’on tenait difficilement en l’équilibre. On souhaiterait le maintien à 0% comme pour la presse qui a une TVA de 2,1% et un lobby plus fort… Une TVA à 0%, c’est 5,5 points à répartir. C’est nécessaire pour continuer. 21 pays le font dont les Anglais, les Irlandais, les Finlandais, etc… Il y a un calcul à faire en terme de coût d’une telle mesure.

Le prix unique du livre est fondamental sinon c’est la mort des libraires qui sont 600 à 700 à Paris pour une vingtaine de librairies indépendantes à Manhattan.

On assisterait à une disparition de la diversité dans les dépôts ou pour les livres. »

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques – spécialiste de la Commune de Paris )

Que fait-on pour les éditeurs en France ? La relation avec les libraires est super complexe, les frais étant supportés par ces derniers. Nous n’avons pas d’autonomie vis à vis des grands groupes de diffusion. Le libraire ne prend aucun risque, son apport revenant à devenir une sorte de prestation de service.

Nous avons 40% sur le prix, 35% avec Gallimard.

La FNAC a une politique très claire. Acheté / payé à 60 jours fin de mois avec retour des invendus.

Nous faisons des tirages de 200 à 300 exemplaires. Exemple d’ « une vie de Duval, général de la Commune » qui a demandé 5 ans de recherches.

Le Nouvel Obs est très prescripteur, or il ne prend pas ce genre de livres.

Nous tournons donc avec des circuits de 50 à 80 exemplaires en dépôts chez des libraires indépendants.

 

 

Albert Dichy (IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« L’IMEC a été créé en 1989 avec l’Institut des Manuscrits, or on note une disparition des manuscrits avec le numérique. Malgré un effet multiplicateur des œuvres au départ.

On assiste à la création d’une science créée par la disparition de son objet.

Autre chose se prépare.

Aux archives, nous ne disposons de la correspondance des auteurs que parce qu’ils nous confient de plus en plus souvent leur disque dur. Il y a une perte car ces textes ne sont pas imprimés. Il y a une consommation de l’échange qui est grosse de conséquences. Partager davantage entre les créateurs et les auteurs devrait être la règle. Le danger vient davantage de la lecture que de la création.

Sur un total de 60 000 titres nouveaux toutes disciplines confondues seuls 30 000 trouvent une audience et perdurent.

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques)

Nous  présente le magazine satyrique « Barricades » qu’il édite. Il  nous demande de l’aider à trouver son audience.

 

 

Nicolas Vidal (éditeur de livres et aussi d’un magazine culturel sur le net),

Excusé car retenu à Montpellier par un forte grippe, nous invite à découvrir le nouveau numéro de BSC news : http://www.wobook.com/WBBu3Qz9LJ9p/BSC-NEWS-MAGAZINE/BSC-NEWS-decembre.html

Médias, Patrimoine, Section culture

Budget 2011 de la culture: la consolidation de la stagnation

10/03/2011

theatre

I – La stagnation, voire la baisse réelle, au lieu du « bon budget » affiché par la communication gouvernementale

Le ministère de la culture et de la communication, une fois de plus, se félicite du budget dont il va disposer l’année prochaine. A l’entendre c’est un « bon budget : +2,1 % , est-il proclamé fièrement.

Ce chiffre serait d’autant plus remarquable que le budget global de l’Etat est frappé, comme on le sait, de la rigueur qui ne veut pas dire son nom : réduction du déficit de l’Etat de 7,8% du PIB en 2010 à 6%en 2011, PLF 2011 (projet de loi de finances) construit en application de la norme de dépenses « zéro valeur », soit la stabilisation en euros courants, baisse de 5% des crédits de fonctionnement, etc…
La réalité n’est évidemment pas aussi belle que l’on veut bien la décrire. Certes, le budget du ministère ne s’effondre pas, ou n’est pas frappé d’une baisse sensible, comme cela a pu arriver certaines années noires où la droite s’exerçait à l’un de ses jeux favoris, les coupes sombres dans le budget de la culture. Faut-il pour autant faire passer pour une victoire ce qui est au mieux la simple continuation de l’existant, alors que, au fil des ans, le budget de la culture est devenu un budget très contraint, bloqué par l’absence de mesures nouvelle significatives, incapable d’accompagner les évolutions majeures que connaît la vie culturelle et artistique? Faut-il, dans le contexte d’aujourd’hui, considérer comme la reconnaissance d’une priorité budgétaire le simple fait de ne pas subir des baisses drastiques, à l’encontre du sort subi par d’autres administrations ?
Qu’en est-il au juste, de ce budget 2011 ?
La communication gouvernementale a encore frappé, puisque la plupart des médias ont, en définitive, retenu que le budget de la culture augmentera de plus de 2% .Il n’en est rien, pourtant.
Le ministère annonce +2,1 % d’augmentation : il s’agit de l’ensemble du budget de la culture et de la communication (culture + audiovisuel public, cinéma…). Un peu moins fort déjà, il affirme : +1,1% pour la seule Mission Culture, qui concerne les dépenses culturelles au sens strict (et qui seule fait l’objet de la présente note). Ce chiffre fait donc apparaître une augmentation, même minime . Hélas, il est faux.

En effet, de 2010 à 2011 le montant global des crédits de la Mission Culture passe, en CP (crédits de paiement), de 2,676 Mds euros à 2,672 Mds, soit une baisse, certes minime, de …4 millions d’euros. Pour arriver à une hausse de +1,1% (discours du ministre, dossier de presse), le ministère y ajoute en fait 40 M euros de fonds de concours, ce qui fait effectivement +1,1%. Sauf qu’en 2010, il y avait 50 M euros de fonds de concours, non comptabilisés dans les 2,676 Mds cités plus haut. Donc petit mensonge eu égard à la faiblesse du montant de crédits en cause, mais à gros objectif symbolique : cacher lastagnation pure et simple.
Mais un autre fait est caché, la baisse réelle des crédits, car l’inflation est prévue à 1,5% en 2011, selon les chiffres officiels du ministère de l’économie et des finances. Donc, que ce soit +1,1% ou +0% (à 4 Millions d’euros près), il y aura baisse effective du budget de la Mission Culture en 2011 .
Précisions :
La maquette budgétaire du ministère a été modifiée d’une année sur l’autre, ce qui n’en facilite guère la lecture, ni la comparaison rétrospective. La logique technocratique de la LOLF aboutit ainsi à sortir le livre (BNF comprise) et les industries culturelles de la Mission » Culture », et à les envoyer à la Mission « Media, livre et industries culturelles »…Elle conduit aussi à regrouper l’ensemble des crédits de personnel des programmes « patrimoine » et « création » dans le programme « transmission des savoirs et démocratisation de la culture (incluant les fonctions de soutien). Elle autonomise enfin une action « archéologie », ce qui est une bonne chose.

Il est cependant à noter que les chiffres de 2010 sont « retraités », de sorte qu’ils n’expliquent pas les évolutions que l’on peut constater et dont il est rendu compte dans la présente note.
Pour information, le budget de l’Etat étant fixé en 2011 à 356,9 Mds en dépenses (avec charges de la dette et pensions), le budget de la Mission Culture représentera donc 0,75% de ce dit budget. Si l’on y ajoutait les activités qui viennent d’être transférées à la Mission Media et industries culturelles, qui peuvent être estimées à 245 M euros, le chiffre passe à 0,81%. Il fut un temps glorieux où….

La répartition des crédits entre les grandes fonctions du ministère

Comme on va le voir, le patrimoine, dont le montant global des crédits augmente (+1,6 %), s’en sort mieux que la création, condamnée à nouveau à la stagnation, donc au blocage. Ceci confirme l’observation déjà faite en 2010. Une hiérarchie des priorités est de fait introduite entre ces deux grandes fonctions.

Quant à » la transmission des savoirs et à la démocratisation culturelle », si les crédits de l’enseignement supérieur spécialisé sont préservés, l’action culturelle connaît une nouvelle baisse. C’est à cet aune qu’il faut juger le discours sur « la culture pour chacun »  qui se réduit à une pure et vaine réthorique,dès lors que les moyens dans ce domaine continuent inexorablement leur déclin, et ce depuis plusieurs années
Enfin,s’agissant des « fonctions de soutien », la RGPP conduit à la poursuite de la baisse des emplois et à la paupérisation de l’administration culturelle.

La programmation pluriannuelle des finances publiques (2011/2013) : la stagnation à perpétuité ?
Cette programmation pluriannuelle étant à présent un exercice budgétaire imposé, il est à noter, sans surprise, que, pour la Mission Culture, elle prévoit la stricte reconduction des crédits en CP : 2,70 Mds euros en 2011 et 2,70 Mds à nouveau en 2012, et 2,71 Mds en 2013 . Les 2,70 deviennent 2,67 Mds euros à périmètre courant (en conformité avec le chiffre cité plus haut).
Elle prévoit aussi environ 300 emplois en moins (297 ETPT) pour 2013 .
II – Le patrimoine

Le ministère affiche une hausse de +1, 6% pour l’ensemble des crédits du programme 175 patrimoine . C’est exact  : +13 M euros en CP d’une année sur l’autre. Mais tous les secteurs du patrimoine n’en bénéficient pas.
Les AE (autorisations d’engagement) de leur côté augmentent de 83 M en 2011, mais ils sont appelés à baisser de 60 M en 2012, et encore de 3,5 M en 2013 . L’explication d’un tel mouvement réside dans la programmation pluriannuelle d’opérations importantes, en hausse en 2011 avant de baisser logiquement ensuite, telles que le musée Picasso (4 M), le Fort Saint –Jean (12M), le MUCEM (fin de l’opération, 35 M), le quadrilatère Richelieu. (28 M).
1 - Le patrimoine monumental

Ses crédits baissent de 13 M euros en CP d’une année sur l’autre : de 391 M euros à 378 M euros .Onvoit mal dès lors ce qui justifie l’affirmation du ministère selon laquellele budget des MH est préservé à la hauteur du budget 2010 .
Rappelons qu’en 2009 le plan de relance avait permis une hausse de 100 M supplémentaires, hausse confirmée dans le budget 2010. Mais ce, après des années de baisse catastrophique, dont la droite au pouvoir porte seule la responsabilité, et le PS avait eu à cet égard l’occasion de dénoncer cette gestion calamiteuse du patrimoine. Il semble en fait que le ministère ait quelque difficulté à présent à maintenir ce niveau d’exigence atteint en 2010…
Les AE en revanche connaissent une hausse de 38 M euros (cf supra).
Les crédits de fonctionnement baissent de 17 M . Les crédits d’entretien des MH appartenant à l’Etat semblent strictement reconduits : il est dommage de ne pas poursuivre le mouvement positif de hausse de ces crédits engagé en 2010. La baisse concerne en fait à la fois les crédits de restauration des monuments nationaux et le domaine de Versailles.
Les dépenses d’investissement (MH appartenant à l’Etat) augmentent de 4 M euros , mais les crédits d’intervention( MH non Etat) stagnent (+0) : ce sont les collectivités territoriales et les propriétaires privés qui vont s’en réjouir…D’ailleurs la hausse des AE s’explique notamment par les travaux du clos et du couvert du quadrilatère Richelieu d’un montant de 28M en 2011 (4M en 2010).


2 – Les musées

Les crédits augmentent de 26 M en CP de 2010 à 2011, (de 345 M à 371 M euros) . Toutefois, cette hausse s’explique pour l’essentiel par l’augmentation des crédits d’investissement nécessaires à la construction du MUCEM, en partenariat avec les collectivités territoriales : 25 M en CP, 37 M en AE .
Le ministère a annoncé récemment, opération de communication à l’appui, un plan musées doté de 70 M euros,et ce pour les musées situés en régions. L’impression est ainsi donnée d’un sensible coup de pouce budgétaire en ce domaine, dont les collectivités territoriales ne pourraient que se réjouir. La réalité est moins glorieuse, là aussi. Certes les AE (crédits d’intervention déconcentrés, investissement) progressent de 22 M en 2010, mais les CP de seulement 2 M. Il s’agit d’un plan de 3 ans, et non pas de 70 M euros de plus par an. Ainsi, ces mêmes AE baisseront de 9 M en 2012 et de 20 M en 2013 (par rapport au montant 2010 ). En réalité, il s’agit d’un effort de rattrapage d’AE, très bas en 2010 par rapport aux CP : 4 M pour 16 M.. En CP, les crédits ne semblent pas destinés à croître de façon sensible.
Parallèlement, les crédits de fonctionnement des musées nationaux  subissent une baisse significative de 9 M au total. RGPP et contraintes budgétaires obligent, les musées de l’Etat sont mis au pain sec : -6 M pour le Louvre, -1 M pour le Quai Branly, – 3 M pour Orsay, -4 M pour le CNAC Georges Pompidou…
Les crédits d’achat d’œuvres d’art pour les collections publiques connaissent une nouvelle baisse de 2 M euros (de 18,5 M à 16, 5 M), alors que les moyens à ce titre sont notoirement insuffisants pour faire face aux besoins.

3 – L’architecture

Les crédits de l’architecture augmentent de 2,6 M . La hausse est due à la poursuite de l’atelier international du Grand Paris, à l’augmentation de la dotation de la CAPA (cité de l’architecture et du patrimoine), ainsi qu’à la mise en place des AVAP (aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine) qui se substituent aux ZPPAUP.


4 – Les Archives et célébrations nationales

Les crédits sont notamment destinés à poursuivre l’opération du site de Pierrefitte-sur-Seine :34 M en 2011, auxquels s’ajoutent les chantiers scientifiques, de premiers équipements et de déménagement (14 M ) . Avant 2011, 135 M avaient déjà été dépensés, et 25 M le seront encore après 2011 . Au total, l’opération coûtera 194 M euros .
Il est à noter que les crédits déconcentrés destinés aux équipements des archives départementales et communales baissent de leur côté de 0,5 M euros en 2011.
III - La création

Le ministère affiche une hausse de +1,7 %, pour l’ensemble des crédits du programme création. C’est exact, les crédits passent de 723 M à 736 M, soit +13 M en CP (et +31 M en AE). Il faut cependant aussitôt ajouter que ces moyens supplémentaires s’expliquent principalement par la hausse des dotations consacrées aux seuls arts plastiques, et pas du tout au spectacle vivant, et qu’en outre c’est le lancement ponctuel de l’opération du Palais de Tokyo qui rend compte pour l’essentiel de cet effort particulier fait en direction de ce secteur.
Pour le reste, la rigueur budgétaire demeure apparemment l’horizon indépassable du ministère …
1 - Le spectacle vivant

Le ministère annonce « une stabilisation » en CP (en clair +0%) des crédits relatifs au spectacle vivant . Toutefois, lorsqu’on regarde les chiffres agrégés (et retraités) de 2010 et 2011 issus du document budgétaire transmis au Parlement, une baisse globale de 3 M apparaît pour les CP: de 666,5 M à 663,4 M très exactement. Dans ce total, les dépenses de fonctionnement (c’est à dire les subventions aux grands établissements publics nationaux) augmentent de 1,7 M, les dépenses d’investissement (travaux sur les bâtiments de ces mêmes établissements nationaux) augmentent de 2 M , tandis que les dépenses d’intervention (c’est à dire principalement les subventions aux labels et aux équipes de création) diminuent de 7 M: de 369,2 M à 362,4 M.
Mais cette baisse ne paraît pas confirmée dans les éléments détaillés qui sont donnés dans le reste du document, où en effet la stricte reconduction des crédits d’intervention prévaut…Ce n’est pas la première fois que le budget du programme création pêche par son opacité, qui rend particulièrement ardue son analyse.

Quoiqu’il en soit, la baisse est avérée, compte tenu de l’inflation prévue à 1,5 %.
Le ministère affiche aussi une hausse des AE de 2,9 %, soit plus +19 M euros: ceci s’explique par le lancement des opérations d’investissement concernant la Comédie Française, l’Opéra Comique, et Chaillot . En 2012, les AE du spectacle vivant sont appelés à baisser de 28 M, par non reconduction des AE inscrites en 2011 pour ces projets de travaux.
Etablissements publics nationaux. C’est simple, c’est la stricte reconduction de la dotation de fonctionnement, soit 0% partout, pour tous les établissements publics (Comédie Française, Opéra de paris, Colline etc.)..Un montant de 0,5 M apparaît en plus d’une année sur l’autre, résultant du transfert de la dotation du CNV (centre national de la chanson, des variétés et du jazz) sur « l’action 01» spectacle vivant.

Dépenses d’intervention : Il s’agit donc des moyens dévolus aux labels (CDN, CCN scènes nationales, orchestres, etc.) et aux équipes de création (compagnies et ensembles dans le théâtre, la danse, la musique…). Une dotation globale de 362 M est allouée, soit la reconduction pure et simple.
Elles concernent d’une part les aides, fort diverses, allouées au niveau central, pour 61 M euros: aides à certaines équipes de création et à certains festivals importants (Avignon, Aix…), à des lieux (Théâtre ouvert, Rond Point etc.), à la structuration et l’économie du spectacle vivant, au fonds de professionnalisation (issu du protocole de 2006 sur l’indemnisation du chômage des intermittents, et maintenu à 5 M) etc…
Elles concernent d’autre part les subventions au fonctionnement et aux activités allouées sur crédits déconcentrés ainsi que les subventions d’investissement pour l’aménagement ou la construction de lieux et salles. Le montant des crédits déconcentrés est de 277 M euros.
Dans le détail, comparaison de 2010 à 2011:
+0 pour CDN (58 M), CCN (13 M), centres de création musicale (3 M), SMAC (6,6 M)
+0,7 M pour les scènes nationales (51,3 M)
-0,5 M pour les orchestres permanents ( 22 M)
-0,7 M pour les scènes conventionnées (10 M)
+0,1 M pour les centres chorégraphiques (1,7 M)
-0,2 M pour les opéras en régions (28 M)
+0 pour les équipes de création (48 M), dont 39 pour les équipes conventionnées, et 9 M pour les équipes non conventionnées (8,87 M exactement)
Les « autres lieux » (Garonne, Bastille, Maison de la Danse de Lyon, etc..) reçoivent 22 M, la variation de la classification ne permettant pas une comparaison certaine d’une année sur l’autre, et il en va de même à cet égard pour le cirque et les arts de la rue .
S’agissant des subventions d’investissement, le montant varie peu en CP, 22 M, soit -0,5 M, comme en AE, 23 M, soit -0,9 M.
2 - Les arts plastiques

Les crédits augmentent de 13 M, principalement, on l’a vu, en raison du lancement du Palais de Tokyo : ils passent de 57 M à 73 M en CP.
Le Palais de Tokyo bénéficie en dépenses d’investissement, de 13 M en CP (soit +12 M), et aussi de 3,7 M en dépenses d’intervention pour la société en charge de son fonctionnement. Tant mieux pour cette opération parisienne, quoique l’on puisse une fois de plus regretter que le soutien de la culture en région ne bénéficie presque jamais d’opérations aussi importantes.
Les aides sont aussi en hausse pour les crédits centraux (Jeu de Paume, salons, compensation à l’ACOSS (protection sociale des artistes).
Il en va de même pour les FRAC, et c’est un autre point positif de ce budget: +1,4 M pour leur fonctionnement, et dont le nombre passe de 19 à 22. Par contre, les aides baissent pour les centres d’art: -1,3 M, et on ne peut s’empêcher de penser que l’on donne à l’un ce que l’on prend à l’autre. Le nombre des centres d’art répertoriés, principalement aidés eux aussi par les collectivités territoriales, diminue d’ailleurs de 9, passant de 57 à 49, sans que l’on nous explique pourquoi. On sait du reste que ceux-ci ont fait l’objet d’une mission d’inspection, et que le ministère entend définir plus précisément leurs objectifs et leurs missions: avec moins d’argent sans doute?


IV – La transmission des savoirs et la démocratisation de la culture

1 – L’enseignement supérieur, l’éducation artistique et culturelle, l’enseignement spécialisé.
Les crédits de l’enseignement supérieur spécialisé sont en hausse de 3% : c’est un point positif. Ils augmentent tant pour le fonctionnement des établissements (écoles d’architecture, ESNBA, CNSM, etc.) que pour l’investissement.
Il faut en revanche déplorer la baisse des crédits destinés aux bourses : -1,5 M euros (élèves des écoles d’architecture, des écoles d’arts plastiques, des Cefedem ).
Les crédits destinés aux écoles d’arts plastiques, principalement financés, il convient de le rappeler, par les collectivités territoriales, sont en stricte reconduction (12,5 M euros), donc baissent compte tenu de l’inflation.
Par contre, et contrairement à ce qu’affirme le ministère, les crédits de l’éducation artistique et culturelle baissent de 2 M euros : de 33,5 M à 31,5 M, selon le document budgétaire transmis au Parlement.
L’enseignement spécialisé, c’est-à-dire en fait les établissements d’enseignement de la musique, de la danse et du théâtre, sont eux aussi en stricte reconduction (29,5 M) , donc aussi en baisse eu égard à l’inflation. Que les collectivités territoriales assument n’est-ce pas, faut-il lire entre les lignes, d’autant que ces crédits ont vocation à être décentralisés, en application de la loi de 2004 , qui précisément, peine à être appliquée. On comprend pourquoi ces crédits sont en baisse ou en stagnation depuis lors…

2 - L’accès à la culture

Il s’agit des crédits destinés aux cultures spécifiques, aux pratiques amateurs, aux actions de politiques territoriales, aux nouvelles pratiques culturelles.
Le dossier de presse ministériel annonce que ces crédits augmentent, mais le document budgétaire transmis au Parlement fait état d’une baisse, qui varie d’ailleurs curieusement selon les pages : de 1,5 M à 9 M, en passant par seulement 4 M, si l’on ose dire.
Dans le détail, les pratiques amateurs perdent officiellement 1,5 M, et les publics spécifiques 0,9 M, mais peut-être plus, allez savoir… Les nouvelles technologies gagnent en revanche 0,8 M, en phase avec les annonces ministérielles sur la priorité au numérique. En outre, 1,5 M euros sont consacrés à l’agence et l’année de l’outre mer.
3 - l’action culturelle internationale

Les crédits baissent, d’une année sur l’autre, de 8,5 M euros ; de 17,5 M à 9 M . Cette baisse pourrait s’expliquer par le fait qu’une part importante des moyens destinés à la promotion des industries culturelles françaises à l’étranger et à la coopération technique culturelle (fonds sud par exemple) ont été transférés à la Mission Media. Pourtant, il est bien précisé dans le document budgétaire que les chiffres ont été « retraités » d’une année sur l’autre. Alors ? Il est peut-être significatif de noter que le dossier de presse ministériel ne donne aucune indication sur l’action culturelle internationale. Bref, en l’état des documents disponibles, il n’est pas possible de donner un commentaire définitif sur cette action.
4 – Les fonctions de soutien du ministère
Ils regroupent l’ensemble des crédits de personnel et de fonctionnement courant.Ils baissent de 17 M d’une année sur l’autre : de 744 M à 727 M.
La RGPP est passée par là. Bien évidemment, pour le pouvoir, il y a tout lieu de s’en réjouir : la réduction du nombre des fonctionnaires et la rationalisation des moyens sont le viatique du pouvoir pour ce qui est de sa gestion de l’Etat. Certes, on ne saurait refuser l’amélioration du fonctionnement du service public et les économies de gestion, dès lors qu’elles sont pertinentes. Mais en l’espèce, tous les agents du ministère et les acteurs de la vie culturelle le constatent : la paupérisation de l’administration culturelle s’accroît dangereusement, contribuant à menacer la bonne exécution du service public culturel, et aussi à démoraliser les agents, pour la plupart attachés à leurs missions.

En application des schémas d’emplois 2010 et 2011, le ministère perd 83 emplois en équivalent temps plein. Le plafond d’emplois du ministère se situera donc à 11 413 emplois ETPT, équivalent temps plein travaillés)
Les dépenses de fonctionnement des crédits déconcentrés, les DRAC , sont diminués de 16 M euros. L’explication réside notamment dans le transfert aux préfets de région des moyens de fonctionnement et des loyers des DRAC et des STAP (services territoriaux de l’architecture et du patrimoine). Reste à savoir si l’autonomie de l’administration culturelle ne s’en ressentira pas…Une économie de 6% est aussi réalisée, nous explique-t-on avec fierté, sur les dépenses courantes (fournitures de bureau, parc automobile…).


V – Eléments sur la Mission Medias et industries culturelles

La précédente Mission « Medias » devient la Mission « Medias et industries culturelles », et le programme 180 »presse » devient le programme « presse, livre et industries culturelles ».
Si les crédits du ministère augmentent globalement, permettant au ministère de faire croire au « bon budget », c’est parce que les mécanismes d’alimentation des budgets de l’audiovisuel public et du cinéma sont en hausse, et non pas grâce à la politique du gouvernement.
Ainsi , le budget de l’audiovisuel public augmente du faitque la CAP (contribution à l’audiovisuel , ex-redevance) passe de 121 à 123 euros, du fait de son indexation sur l’inflation.

De même, le budget du CNC avoisinera 750 M euros en 2011. La bonne fréquentation en salles (+6,5 M de recettes de taxe sur le prix des places de cinéma, sur la base d’une hypothèse de 190 M d’entrées), la croissance du chiffres d’affaires des distributeurs de service de télévision, la progression espérée de la taxe video/VàD (+6,3 M) expliquent cette hausse attendue.

S’agissant du livre et de la lecture, on peut d’ores et déjà dire que la BNF, pour changer de Mission d’affectation, ne change pas pour autant de logique budgétaire. Ses moyens de fonctionnement, comme ceux des autres grands établissements publics nationaux, sont à la baisse : de 208 M à 206 M soit, -1% .
Il est enfin à noter que l’HADOPI bénéficiera d’une subvention de 12 M euros en 2011.

Audiovisuel, Médias, Patrimoine, Spectacle vivant

La section Culture du PS s’est réunie le 13 décembre 2010

06/01/2011

 

Thème central de cette réunion : rapports entre Ville et Culture.

Gaspard Gantzer (directeur de cabinet de Christophe Girard, Responsable culture de la Fondation Terra Nova) était l’invité de cette réunion-débat.

Dans la salle, de nombreux participants concernés par la culture ou issus du monde de la culture : artistes, metteurs-en-scène, jeunes artistes plasticiens, directeurs de structures et autres membres du milieu associatif ou syndical.

Membres présents de la C.A. :

Jean-Paul Bessières (secrétaire délégué), Pierre Balas (Trésorier), Rosine Young, François Adibi.

Le secrétaire de Sectio, après avoir annoncé avec joie la reprise des réunions de la section Culture à un rythme mensuel et régulier, ouvrit la discussion en évoquant le risque d’exclusion que représentait le projet du Grand Paris et ses infrastructures tentaculaires. Il exprimait son attente de voir apporter des réponses d’ordre culturel aux citoyens qui se partagent l’espace urbain. La culture générant du lien social, un des éléments chimiquement pur de la Ville.

Pierre Balas soulignait les grandes contradictions culturelles de la ville : le Grand Paris et ses infrastructures routières ou ferroviaires et l’incarnation de la ville par ses citoyens dans ses inégalités, qui fabrique de la précarité et de la déculturation. Pour lui il est essentiel de Reconstruire la Ville.

Gaspard Gantzer partage l’inquiétude concernant le projet du Grand Paris (la notion d’infrastructures faisant souvent abstraction de dimension culturelle). Pour lui, la culture n’est pas seulement un supplément d’âme mais l’élément central dans la construction de tout projet de société. La Gauche, quand elle était au pouvoir, avait placé très haut cette valeur, au service des habitants. Il y a trois principaux motifs d’exclusion.

Le seuil géographique (forme d’exclusion par la distance), la Mairie de Paris a pris toute une série d’initiatives publiques dans des espaces où les institutions culturelles faisaient défaut, pour exemple : l’aménagement de la Maison des Métallos , la réhabilitation des 3 Baudets, la création du 104…

En rééquilibrant l’espace publicafin que les habitants s’approprient les lieux et les codes culturels qui y sont associés : avec la création de Paris-Plage, la création ou la rénovation des bibliothèques, les médiathèques (Marguerite Duras dans le 20e)…

Le seuil économique : le choix de la gratuité pour l’ouverture des collections permanentes des musées de la Ville de Paris a généré une hausse de fréquentation de 30%, la Nuit Blanche est une manifestation à laquelle il est très attaché parce qu’elle permet à tous d’avoir accès à l’art contemporain, même chose pour la Fête de la Musique.

 

Le seuil de l’éducation : il constate qu’un certain nombre de pratiques culturelles sont en recul. Intéresser les jeunes à la culture passé

• par l’éducation et le projet de la majorité actuelle en matière d’éducation artistique n’est pas approprié d’où la nécessité d’agir pour nos grandes municipalités : Paris, Lille, Lyon par le jumelage des institutions culturelles et des écoles (quand par exemple les artistes se déplacent et investissent le Musée d’Art Moderne de Paris),

• par la qualités des professeurs de la Ville de Paris,

• par une plus grande interdisciplinarité des établissements culturels, par des propositions culturelles là où on ne les attend pas (métro, stations de tramway, etc).

Afin de retenir les artistes tentés par Berlin, Londres ou New York, Gaspard Gantzer nous signale les politiques volontaristes menées par Paris, Lille et Lyon pour favoriser l’accès au logement et aux résidences d’artistes. Il reste cependant nécessaire de créer des lieux de travail, des ateliers individuels ou collectifs.

Il salue l’influence positive d’acteurs privés qui font beaucoup de bien à certains quartiers tout entiers, à l’exemple des cinémas Gaumont, MK2 et Pathé et s’oppose à la thématique gouvernementale de « la culture pour chacun » en proposant de repenser une approche radicalement inverse : « une culture exigeante pour tous ».

Pour conclure, il souhaite que les villes ne restent pas à l’intérieur de leurs frontières et qu’il n’y ait pas d’opposition entre des territoires qui font partie d’un même ensemble. Au-delà des frontières du périph’, il y a des lieux qui doivent se multiplier.


Parmi les différentes interventions des participants, voici quelques thématiques qui se sont exprimées :

1) Les artistes et collectifs d’artistes peintres et sculpteurs, artistes plasticiens attendent  encore la promesse du 104 pour héberger leurs ateliers de création. Les cinémas indépendants méritent aussi d’être des lieux de convivialité afin de fédérer les publics anciens ou nouveaux. En province des expos tournantes d’artistes investissent des hangars. En présence des artistes des oeuvres exposées, ces lieux sont visités et en dehors du lien social qu’ils suscitent, ils génèrent l’appétit renouvelé des visiteurs pour l’art et la culture.

 

2) Si nous avons la chance d’une alternance en 2012, nous risquons de trouver très maigres les enveloppes budgétaires vouées à une politique culturelle ambitieuse. Il faudra faire avec nos moyens, reconnaissons le travail des associations culturelles qui fédèrent du lien social dans les quartiers, faudra-t-il augmenter les subventions ? Médiatiser les propositions culturelles dans les quartiers, au sortir des métros, des stations de bus ? Utiliser nos vedettes populaires pour faire valoir leurs goûts en matière de culture afin d’en faire la publicité.

 

3) On peut regretter l’éducation populaire, chère à Vitez, et la notion « d’élitisme pour tous » qui doit tous nous guider. L’exemple du Musée d’Art Contemporain de Vitry-sur-Seine ou le Mac Val qui mènent une politique active mais dont la fréquentation est problématique est parlant. Ivry-sur-Seine, avec ses 700 lofts d’artistes, est la première ville de France en termes d’artistes, mais Tokyo et Buenos-Aires semblent mieux la connaître que nous…

 

4) On assiste aujourd’hui à la progressive affirmation d’un quatrième secteur économique, celui des biens immatériels, qui dans le domaine de la culture joue un rôle majeur avec la dématérialisation des biens culturels. A l’heure où le budget européen de la culture sort peu à peu de sa relative atonie n’est-il pas indispensable de faciliter le lancement des politiques culturelles volontaristes auxquelles nous aspirons tous en ayant davantage recours à cet échelon encore insuffisamment exploré de l’action culturelle publique, l’Europe, avec le ressort du biais administratif et régional notamment ? La culture pouvant, à terme, devenir une clef centrale de l’économie.

 

5) On constate malheureusement que les politiques entreprises par la droite placent le patrimoine avant la culture et surtout avant la création. Cette situation nuit à l’émergence de nouveaux artistes.

 

6) Pour ce qui concerne la fréquentation, Monet par exemple peut être une locomotive et amener des publics nouveaux.

 

7) Il est indispensable de relancer l’éducation artistique dans les écoles (que l’on enseigne le langage de leur époque aux élèves : NDLR).

 

8) La médiation des agents d’accueil est très importante, elle devrait être étendue à l’extérieur des enceintes culturelles, dans la rue. Le fait d’avoir le BAFA aide à recevoir les enfants.

 

9) Les bâtiments existent, mais ce sont les hommes et leurs qualités particulières qui sont la vraie richesse de ces lieux.

 

10) Il faut souligner l’importance des squats dans les cultures émergentes comme c’est le cas de la maison des Ensembles. Le travail est rendu possible par la location de ces structures, comme c’est le cas au centre d’art contemporain d’Evry. Il ne faut pas se tromper. La droite commence à accumuler du savoir-faire en matière de culture…

 

11) La droite a cassé tous les acquis de la gauche en matière culturelle et a accouché d’un monde monopolaire dans les Médias, à la Télévision, à la Radio… Les nouveaux médias offrent des possibilités extraordinaires pour créer des contre-feux et des contre-pouvoirs médiatiques, comme c’est le cas par exemple de Rue89 et Médiapart. Le combat pour faire accéder les gens à la culture, qui pour l’instant repose sur des pouvoirs circulaires, qui se transmettent en comités restreints. Nest pas terminé. Il faut changer la donne.

 

12) Il faudra régler le problème de l’intermittence. Une manifestation au Palais Royal avait lieu ce jour là (NDLR)… Une révision de la convention générale de l’UNEDIC est à prévoir. Certains sont passés du statut d’intermittents à celui de fonctionnaire municipal. Ce n’est pas généralisable. L’intermittence est indispensable.

 

13) Face à la tentation de la finance, Il n’y a qu’à rappeler la manière dont ont été conduite les politiques Thatcheriennes au Royame-Uni. Tony Blair avait fait l’éloge du secteur privé. Nous avons été trahis par les financiers qui nous ont privés de nos moyens et cela aboutit aux catastrophes sociales auxquelles nous assistons actuellement.

 

14) Le temps est peut être venu de réfléchir à un statut d’intermittent européen qui pourrait permettre d’harmoniser cette problématique à l’échelon européen. L’idée est a priori bonne, mais attention aux péréquations européennes. Le statut des intermittents est beaucoup moins protecteur dans beaucoup de pays voisins.

 

15) Face à la disparition des espaces dédiés à la culture, la création de lieux nouveaux est souhaitable. Mais l’argent n’a pas obligatoirement besoin d’être investi dans le foncier.

 

16) Comparaison Paris / Berlin qui est une ville qui présente beaucoup de friches. Le coût de la vie est plus bas, ce qui est, là aussi, favorable à l’émergence d’une scène underground. Le marché de l’art est florissant en Allemagne. Les collectionneurs et les amateurs y sont nombreux, ce qui revient à poser la problématique de l’enseignement. Paris / NYC : Aux Etats-Unis, à NYC, le climat général était favorable aux artistes, au moins avant le boom immobilier de 1990, qui a chassé tout le monde de Manhattan vers Brooklyn, ou d’autres quartiers. Cela repose le problème de l’émigration des artistes… Et là aussi, on en revient à l’absolue nécessité de former à l’art et à l’enseignement, et on bute contre l’absence de moyens. En France notamment, le pays où le fait culturel est pourtant le mieux reconnu.

 

17) L’exemple du MK2 de Marseille sur la Canebière, est parlant puisqu’il est devenu un Pôle culturel, la culture de masse ouvrant à une culture plus exigeante, comme le souligne l’ouvrage de Frédéric Martel, « Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde » (Flammarion, 2010).

 

18) Il est scandaleux que les promoteurs imposent aux citoyens leur vision de la ville et qu’ils aient plus d’influence qu’eux sur la physionomie générale des territoires et finalement sur leurs politiques culturelles. Au 104, on constate qu’une politique plus marchande attire des publics, avec la bibliothèque, les bars, le manège, les manifestations, ce qui en augmente la convivialité mais ce ne sont pas les mêmes publics. C’est la problématique de l’argent avec une finance qui aujourd’hui a tendance à oppresser. Il faut là aussi changer ce rapport.

 

19) Le Barbizon est un bon exemple de ces endroits voués à la culture qui disparaissent pour des raisons financières. C’était un cinéma dirigé par une association, or le propriétaire chinois, qui l’avait abandonné, a fini par se souvenir qu’il possédait ce bâtiment. L’association a du trouver un nouveau local et le terrain a servi pour un nouveau projet immobilier…

 

20) Evocation de la situation Corse et de la friche de la Belle de Mai à Marseille. Il y a plus de trois cents associations en Corse et la politique de la droite consiste à choisir cent d’entre elles pour faire du saupoudrage plutôt que de financier les associations qui font un travail sérieux et efficace.


Audiovisuel, Culture en luttes, Education populaire, Hadopi, Médias, Patrimoine, secrétariat national culture, Section culture, Spectacle vivant

Communiqué de Sylvie ROBERT Secrétaire nationale à la Culture

29/01/2009

Agression sans précédent contre le patrimoine

La droite vient de se livrer au Parlement à une attaque sans précédent contre des dispositions essentielles qui assurent la protection et la mise en valeur du patrimoine de notre pays.

 D’une part, sous prétexte de meilleure efficacité des services en charge de l’archéologie préventive, le  Sénat, avec l’accord du gouvernement, a réduit les délais des diagnostics et des fouilles dans des conditions qui mettent à bas le bon fonctionnement du service public de l’archéologie, pour le plus grand profit des intérêts privés. Il s’y ajoute la création d’un contrat CDD dit d’opération, qui s’attaque directement au CDI et au besoin permanent que celui-ci a pour objet de pourvoir.

 D’autre part, le Parlement a adopté un amendement qui supprime le pouvoir d’avis conforme des ABF (architectes des bâtiments de France) sur les permis de construire et les autorisations de travaux, dans les zones de protection du patrimoine et des paysages.

Cette déréglementation sauvage est une grave remise en cause de toute la politique de protection du patrimoine et des sites, qui repose principalement jusqu’ici sur cet instrument juridique permettant aux services de l’Etat de s’opposer à des projets  menaçant  la qualité des paysages ou la préservation du patrimoine monumental.

 Elle est aussi contradictoire avec la priorité nouvelle, en faveur du développement durable que le pouvoir, dans la foulée du Grenelle de l’Environnement, s’est gaussé de mettre en avant.

 Quelques jours après ses voeux au monde de la Culture, on voit ce qu’il en est  des véritables intentions de Nicolas SARKOZY en faveur des arts et de la Culture. C’est à un complet démantèlement de la politique culturelle menée patiemment depuis 50 ans auquel on assiste. Aujourd’hui, c’est au tour du patrimoine de subir les assauts d’un pouvoir arrogant et vindicatif. Le Parti socialiste appelle plus que jamais à la mobilisation toutes celles et ceux qui, dans notre pays, sont les défenseurs d’une vie culturelle riche, diverse et indépendante.

Patrimoine