Archive

Archives pour la catégorie ‘Médias’

Discours de François Hollande aux Biennales internationales du spectacle à Nantes

26/01/2012

Jeudi 19 Janvier 2012

 
Mesdames et Messieurs, je veux d’abord saluer mon ami Jean-Marc Ayrault qui nous accueille ici pour ces Biennales internationales du spectacle. Je salue les organisateurs. C’est devenu un événement majeur, un temps de rencontre, de dialogue, un lieu d’affirmation et de proposition concrète pour le spectacle vivant, et d’une manière générale un débat sur la politique culturelle de la France. Cette manifestation se tient avant une élection importante qui va sûrement justifier la présence d’un certain nombre de personnalités politiques pour dire l’engagement qui doit être le leur pour la culture en France. C’est aussi pour cette raison que je tenais à être ici à Nantes aujourd’hui.

Nantes est devenue une des capitales culturelles de notre pays. Cette collectivité a fait de l’art un vecteur de développement. Elle a joué harmonieusement des géographies, en créant des espaces comme le Lieu unique, en multipliant les commandes aux plasticiens. Il y a beaucoup d’exemples à prendre de Nantes.

Mais je veux aujourd’hui parler de l’enjeu national. Une Nation, c’est la conscience d’avoir accompli de grandes choses ensemble, mais c’est aussi le désir d’en réaliser de nouvelles. La culture est donc un élément constitutif de notre identité, tout en permettant la reconnaissance de toutes les diversités. La culture s’acquiert, se transmet d’une génération à l’autre. Elle fait émerger et subsister, pour les réinventer en permanence, les contours d’une société. C’est pourquoi la culture fait partie du rêve français, de cette grande, cette belle idée qui veut que nous fassions en sorte que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre. La culture c’est le lien, le lien entre des individus, entre des classes sociales, entre des pays, entre des générations. La culture est donc au cœur d’un projet politique. Ce n’est pas simplement un élément d’un programme. Ce n’est pas une dimension qu’il faudrait ajouter aux autres politiques. C’est ce qui doit animer la démarche d’un candidat sûrement, d’un président nécessairement.

Je viens parler de la culture dans un moment particulièrement difficile pour l’Europe et pour la France, c’est-à-dire pendant un moment de crise. Une crise qui frappe dur, qui conduit beaucoup de nos concitoyens à lutter chaque jour pour échapper à la spirale de la précarité et au déclassement. Je viens parler de la culture dans un contexte où les Français, beaucoup d’entre eux, sont d’abord préoccupés par l’essentiel : l’emploi, le pouvoir d’achat, l’avenir des enfants. Et pourtant même, et j’allais dire surtout, dans la crise, je dois parler de la culture à ceux et à celles qui en sont le plus éloignés aujourd’hui.

Je viens parler de la culture à un moment où l’Etat, les collectivités publiques, sont dans des contraintes financières lourdes et cherchent des économies, des moyens de redresser les comptes qui ont été dégradés ou de réduire l’endettement. Mais j’affirme ici que l’austérité ne peut pas être aveugle. Un pays attractif, dynamique, enthousiaste, a plus de chance de rembourser sa dette qu’un pays que la vie a subrepticement quitté.

La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. La culture, ce n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser. La culture c’est l’avenir, c’est le redressement, c’est l’instrument de l’émancipation et le moyen de faire une société pour tous. Comme le disait Baudelaire : « le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ».

La violence de la crise, et j’en fais le constat, n’a pas eu raison de la curiosité, de l’envie de connaître, du besoin de partager, de vivre des émotions. Jamais les Français n’ont ces derniers mois autant fréquenté les musées, les spectacles, les cinémas. Et lorsqu’existe une tentation parfois redoutable de repli sur soi, lorsqu’émerge la peur de l’autre, lorsque le sentiment de déclin peut gagner les esprits, alors nous devons nous tourner vers la culture. C’est elle qui nous élève, qui nous construit, qui nous rassemble.

Dois-je évoquer ici, à la veille d’une élection, le bilan de la politique culturelle du président sortant ? J’hésite à le faire, pas par une sorte d’indulgence — elle ne serait pas comprise — mais pour ne pas me répéter. En définitive, le bilan de la politique culturelle du pouvoir est à l’image du quinquennat. L’Etat assure aujourd’hui moins du quart du financement public de la culture. Le soutien aux équipements de proximité a été négligé. L’enseignement artistique a été délaissé. Les pratiques amateur ont été négligées. Les entretiens de Valois sur le spectacle vivant sont restés sans lendemain. Le Conseil pour la création artistique qui avait été lancé à forts coups de trompette a été un fiasco. Hadopi est devenu un sujet d’affrontement. Les subventions de l’Etat sont partout en recul, qu’il s’agisse du soutien aux lieux ou aux équipes. Le doute s’est installé. Un sigle a fait florès, y compris dans le monde de la culture, la RGPP, qui vient menacer les budgets et les actions au nom d’économies budgétaires qui ne sont pas ici comprises.

J’ajoute que les maisons culturelles à l’étranger ont été sérieusement affectées. Si bien que les villes, les départements, les régions ont pris le relais de l’Etat, soutenant les nouveaux talents, permettant le financement des lieux de diffusion. Et aujourd’hui, quand l’Etat investit un euro dans la culture, ce sont deux euros qui sont apportés par les collectivités locales. Elles ont bien compris, ces collectivités — sans doute mieux que l’Etat — que la culture est l’un des secteurs les plus fertiles en création d’emploi, que c’est un moteur de développement territorial mais aussi économique, social, éducatif ; que les villes, les départements, les régions, en investissant dans la culture, ont considérablement augmenté le potentiel d’attraction des territoires.

Mais je le dis aussi nettement, les collectivités ne peuvent se substituer à une politique nationale. Elles seront elles-mêmes touchées par les contraintes financières. Je ne suis pas favorable à ce que progressivement, l’Etat s’efface et que les territoires s’emparent d’une compétence qui était jusque-là, au moins pour l’orientation de la politique culturelle, celle de l’Etat.

Le désengagement de l’Etat est une rupture brutale avec une tradition, une histoire, un héritage propre à notre pays et qui dépassait souvent les clivages politiques. Il y a eu des affrontements ces trente ou quarante dernières années entre la Gauche et la Droite sur la culture. Mais il y a eu de grands ministres de la Culture de Droite, André Malraux bien sûr, mais pas seulement André Malraux : Edmond Michelet, Jacques Duhamel — je ne veux pas oublier les autres. Mais je veux dire ainsi que la culture a été portée de majorité en majorité, jusqu’à récemment, par la même ambition, la même volonté.

Je sais, même si vous connaissez ma sensibilité — je suis socialiste, pour ceux qui n’auraient pas suivi les différents événements qui se sont produits depuis ces vingt dernières années — que le monde de la culture a des griefs vis-à-vis de la Gauche. Parce qu’elle ne parle pas suffisamment de la culture dans ses programmes — cela m’est revenu. Parce que la Gauche, quand elle est en responsabilité, même si elle s’honore d’avoir fait voter de grandes lois, d’avoir soutenu la création, de l’avoir défendue, n’a pas toujours été vigilante comme il convenait. Je sais qu’il peut y avoir des conflits sur certains territoires entre des élus et des acteurs culturels. C’est la vie ! Mais ce que je veux ici signifier, c’est la culture comme grande ambition nationale, comme étant une force qui doit être capable de dépasser ce qui peut nous opposer.

C’est la raison pour laquelle je réaffirme que la culture doit être une priorité majeure, une ambition commune. Cela doit se retrouver bien sûr dans le budget de la culture. Mais plutôt que de fixer des taux de progression, j’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat. Mais il n’y a pas que le budget du ministère de la Culture, il faut y ajouter toutes les autres dimensions portées par de grands ministères : ministère de l’Education, ministère de l’Industrie pour le numérique, ministère de l’Economie pour la fiscalité, ministère des Affaires étrangères pour l’action culturelle à l’international.

Aussi, si les Français m’accordent leur confiance en mai prochain, ma première volonté sera de restaurer la légitimité du ministère de la Culture pour le faire porter sur ses deux missions essentielles. La proximité avec les artistes, d’abord. C’est le ministère de la Culture qui soutient la création, qui accompagne les artistes, qui les défend, qui leur permet de dialoguer avec force avec les autres ministères sur leurs droits, sur leur rémunération. C’est le ministère de la Culture qui doit garantir la liberté des équipes et simplifier l’exercice des professionnels. C’est lui qui doit défendre le service public de la culture. Voilà sa mission. Il en a une autre, qui est l’accès du plus grand nombre aux biens culturels, à la culture de tous. Cela passe par la mobilisation de l’ensemble des acteurs et des institutions culturelles, des territoires, de l’éducation, de l’audiovisuel. Cela passe aussi par des règles fiscales. Et je reviendrai sur la TVA qui a été portée de 5,5 % à 7 % sur les livres comme sur la billetterie. Je rappellerai combien a été précieuse la loi sur le prix unique du livre dont Jack Lang a été l’auteur, parce que c’est aussi un moyen de préserver le réseau des libraires. Nous ne voulons pas la culture pour chacun que certains développent, mais la culture pour tous et partout.

Nous voulons qu’en matière culturelle comme ailleurs, l’équilibre territorial soit la garantie de la justice et de la solidarité. L’aménagement culturel de la France doit être une préoccupation. Il s’agit d’irriguer tous les territoires oubliés, les zones abandonnées de nos régions, les quartiers délaissés de nos grandes villes. Et c’est pourquoi nous avons besoin d’une nouvelle étape de la décentralisation culturelle.

Je l’ai dit, l’Etat doit être le partenaire actif, attentif aux réalités de chaque territoire, mais il doit redéfinir son action pour fédérer les collectivités locales et tous les acteurs et institutions dans une même volonté. Aujourd’hui, notre pays est doté d’un réseau majeur d’institutions, pour le patrimoine, pour la création, pour la diffusion, qui sont des leviers fondamentaux de l’accès de tous aux œuvres, pour le soutien de l’émergence, pour favoriser la multiplication des lieux et des formes de diffusion. Mais plus que de nouveaux équipements, nous avons besoin de moyens pour les faire fonctionner correctement. Et c’est ce contrat-là qui devra être passé entre Etat, collectivités locales et institutions culturelles.

L’accès de tous à la culture, c’est aussi et c’est surtout l’éducation, l’éducation artistique et populaire. La démocratisation relève de l’école, de la formation, et demande des politiques de long terme. Je lancerai, si les Français m’en donnent mandat, un plan national d’éducation artistique, piloté par une instance interministérielle, doté d’un budget propre, rattaché au Premier ministre. L’objectif est que nos enfants puissent bénéficier d’une éducation et d’un apprentissage artistiques tout au long de leur vie scolaire, de la maternelle jusqu’à l’université. Les pratiques amateur, essentielles à la démocratisation de la culture, devront être encouragées et valorisées. Et si nous parvenons à installer dès le plus jeune âge le sens et l’amour des découvertes, détachés de l’obsession du matériel, alors quelque chose de fondamental sera acquis.

Cela suppose que l’éducation culturelle et artistique ait une place prépondérante dans les concours de recrutement, dans la formation initiale des enseignants, qui devra être rétablie, dans la formation continue. Il conviendra de faire davantage place aux artistes dans les établissements scolaires. Enfin, l’histoire de l’art doit devenir une discipline à part entière, avec ses concours de recrutement.

Je veux évoquer le spectacle vivant. Vous êtes nombreux à y travailler, ici. J’indique que je soutiendrai, j’encouragerai le théâtre, l’opéra, la danse, le cirque, la musique. Le spectacle vivant, s’il n’est pas soutenu par la puissance publique, se retrouve démuni, livré à ses propres ressources, celles du talent, de l’initiative, celles de la volonté, de la persévérance qui souvent, hélas, ne se suffisent plus à elles-mêmes. L’Etat doit donc créer les conditions du succès, de la réalisation du spectacle vivant. S’il n’y a jamais eu en France aussi peu de représentations par spectacle, il n’y a jamais eu autant de spectateurs. Ils étaient plus de 15 millions l’année dernière. Ce sont donc les moyens dans la durée qui font défaut. Et c’est ce qui doit changer. Je me suis engagé il y a déjà plusieurs années, je l’ai rappelé en Avignon cet été, à faire voter une loi d’orientation sur le spectacle vivant. Cette loi d’orientation fixera les objectifs, sécurisera les financements et mobilisera tous les partenaires. Il y aura un grand débat, avant son adoption, avec l’ensemble de la profession.

Parallèlement, je reprendrai le chantier du Centre national de la musique, pour en faire un outil au service de la diversité culturelle et de l’ensemble du spectacle vivant, et pas seulement de la musique enregistrée. Renforcer le soutien et la création, c’est aussi considérer le travail de l’artiste, sa formation, sa rémunération, ses besoins en termes de lieux de répétition, d’ateliers, sa présence, son inscription dans la Cité. C’est aussi lutter contre la précarité du métier. C’est retrouver la durée, le temps de l’élaboration d’un projet artistique. A cet égard, la question des intermittents du spectacle et du financement de leur régime reste posée. Elle renvoie au statut de l’artiste en général, qui n’est pas toujours bien réglée. La convention Unedic en vigueur, et donc ses annexes 8 et 10, arrivent à échéance fin 2013. C’est loin, fin 2013 – surtout quand on regarde mai 2012. Et en même temps, c’est tout près. Et donc, il conviendra de préparer dès 2012 le rendez-vous. Le prochain ministre de la Culture devra être en position de médiateur et d’accompagnement pour le règlement, je l’espère définitif, de cette question.

Je veux aborder maintenant une question qui revient de manière lancinante et légitime dans nos débats : la révolution numérique. Internet est un formidable espace de liberté et de diffusion. C’est une fenêtre ouverte sur le monde, et de nombreux Français accèdent à la culture parfois par hasard, par ce biais. Cette « culture à domicile » ne doit pas être considérée comme une menace, mais bien au contraire comme un levier, si nous savons l’utiliser, de diffusion et de partage du savoir. La numérisation des biens littéraires et artistiques constituera un dossier important du prochain quinquennat, parce que ce sera un facteur de croissance et d’émergence d’un nouveau modèle économique. Bien sûr, la révolution numérique impose un changement, pour que la création obtienne la rétribution à laquelle elle a le droit de prétendre et pour que le plus grand nombre puisse accéder par Internet aux biens et à la culture. La loi Hadopi a voulu pénaliser des pratiques. Pour quels résultats ? Les artistes ont-ils gagné quoi que ce soit en termes de reconnaissance et de rémunération ? Cette loi a-t-elle rapporté un sou à la création ? En revanche, elle continue de faire débat. Et c’est un sujet permanent d’affrontement entre le monde de la création et le public. Nous ne pouvons pas accepter cet affrontement. Il est dangereux. Il est même grave, car il ne peut pas y avoir de coupure entre les créateurs et leur public. Le public a besoin de créateurs et les créateurs, de public. Nous devons donc essayer de régler cette question de manière, autant qu’il est possible, consensuelle et durable.

Je ferai donc voter une loi qui signera l’acte 2 de l’exception culturelle française. Elle sera élaborée en lien étroit avec tous les professionnels du monde de la culture. Nous éviterons les affrontements et nous chercherons les solutions. Ma proposition repose sur deux idées, deux principes : développer l’offre culturelle légale sur Internet en simplifiant la gestion des droits et imposer à tous les acteurs de l’économie numérique une contribution au financement de la création artistique. Nous ne parviendrons pas à une juste rétribution de la création immatérielle si nous n’y associons pas ceux qui en profitent le plus directement, c’est-à-dire les fournisseurs d’accès et les fabricants de matériel. Je rappellerai autant de fois que nécessaire que les créateurs doivent être rémunérés pour leurs œuvres. La lutte contre la contrefaçon commerciale sera donc maintenue et je veillerai à faire respecter le droit moral, pilier des droits d’auteur, et à garantir la chronologie des médias.

Pour résumer mon point de vue, mais aussi mon engagement, il n’y a pas de solution simpliste. Nous devons agir dans la concertation et trouver la solution, elle existe, qui assurera le financement de la création ainsi que la plus large diffusion des œuvres à tous les publics. Je refuse le simplisme, mais aussi la facilité qui consiste, selon les salles ou les publics, à dire tout et le contraire – cela peut arriver. Ce que je sais, c’est que nous ne trouverons l’issue que si nous sommes capables de trouver l’équilibre entre le droit de tous à accéder aux œuvres et le droit des auteurs à être rémunérés.

Je veux terminer sur une grande question, souvent oubliée, et qui pourtant fonde notre fierté : la culture dans le monde, la culture française dans le monde. Au 21ème siècle, un pays comme le nôtre ne rayonne plus simplement par son économie ou par sa force, mais par la diffusion de ses arts, de sa culture, de sa création. L’exception culturelle française demeure. Elle est même une chance, un atout, pas simplement pour nous-mêmes, mais pour l’Europe et pour le monde. Je suis à Nantes, ici, ville dirigée par Jean-Marc Ayrault, qui peut être fier qu’une compagnie de théâtre de rue comme Royal de Luxe soit l’invitée officielle de l’Allemagne pour fêter le 20ème anniversaire de la chute du mur, de l’Argentine pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance du pays ou du Mexique pour commémorer sa révolution. Je me demande même s’il ne faudra pas faire venir Royal de Luxe le 6 mai ! Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que la France est attendue, que la France ne s’exporte pas simplement par ses biens ou par ses capitaux, mais par la qualité de son message, la force de sa création, la promotion de ses idées. D’où l’importance d’un réseau culturel français dans le monde – et je regrette qu’il se soit affaibli. Le redressement de notre diplomatie – car c’en est une – culturelle doit être une priorité. Le budget des actions culturelles françaises à l’étranger a été réduit dans des proportions considérables, dont beaucoup n’ont pas idée. En Afrique, en Amérique latine, des instituts culturels ferment purement et simplement, ou d’autres ne peuvent plus assurer leurs missions. Autre symptôme du mal, la direction générale du quai d’Orsay en charge des réseaux culturels et de la coopération a été fusionnée avec la direction économique. C’est tout dire, comme symbole ! Comme si la culture n’était qu’un produit commercial parmi d’autres. Je considère que la France est forte et rayonnante quand sa culture est capable de s’ouvrir aux autres, d’accueillir d’autres, et notamment les artistes étrangers. Et il m’est insupportable de constater que la politique des visas du ministère de l’Intérieur aboutit à ce que des artistes ne puissent plus venir en France jouer, manifester, créer.

Une dernière réflexion sur l’Europe, cette Europe que l’on regarde avec affliction, avec peine, tant elle est incapable de lutter efficacement contre la spéculation, mais une Europe que l’on aime au-delà de tout, de sa monnaie, de ses finances et de ses dettes souveraines. Que l’on aime parce que c’est notre espace, ce sont nos références, c’est notre histoire, c’est notre avenir. La grandeur de l’Europe, ce sont aussi des références que nous avons tous à l’esprit : les pages de Proust sur Venise, la visite de Stefan Zweig dans l’atelier de Rodin, tous ces paysages que nous connaissons sans avoir pourtant toujours eu leur réalité en face et qui, pour nous, sont des symboles de création, de connaissance, de lieux culturels. Nous avons une histoire en partage. Cette histoire, nous devons lui donner un avenir. C’est pourquoi je proposerai que nous puissions inscrire dans le cahier des charges de tous les établissements culturels nationaux la création, chaque année, d’une programme européen, d’un échange européen, la capacité de créer ensemble, en Europe.

Voilà ce que j’étais venu vous dire en cette matinée à Nantes, vous présenter non pas mes propositions sur la culture, mais mon projet pour la France. J’ai entièrement consacré cette campagne, dans le contexte que vous savez, à la réussite de la jeunesse, à l’idée que nous devons tout donner, tout concentrer sur la génération qui vient. C’est elle qui nous permettra non seulement de nous redresser économiquement, mais qui nous donnera la force qui nous assurera la reprise de ce récit républicain, de ce rêve français qui fait que nous donnons une confiance dans le progrès, dans l’égalité, dans l’émancipation humaine à toutes celles et à tous ceux qui sont français, et aux autres.

La France ne changera pas sans vous, vous les acteurs, vous les intervenants, vous les créateurs. Elle ne se redressera pas sans vous parce que vous êtes les forces vives, parmi d’autres, du pays. La culture est l’un des domaines les plus fertiles en création de richesse, pas seulement matérielle, en termes de création d’emploi. Il y a dans l’ensemble des métiers culturels plus de salariés que dans l’automobile. Je veux défendre l’automobile, mais je veux aussi promouvoir la culture – et pas simplement la culture de l’automobile !

La culture est aussi un élément de notre industrie, au moment où nous parlons à juste raison de la réindustrialisation du pays, de la mutation qu’il faut accomplir, de la capacité qui doit être la nôtre d’être plus forts dans la compétition sans qu’il soit besoin de mettre en cause des droits sociaux ou le coût du travail. La compétitivité, ce n’est pas simplement une affaire économique, c’est une affaire de société. Et la culture, avec ses industries, contribue à notre vitalité et à notre présence à l’étranger.

Enfin, la France ne se redressera pas sans sa jeunesse, qui espère tant dans la culture et dans sa force créatrice. Permettez-moi juste une anecdote. Je visitais à Pierrefitte, il y a quelques jours, en Seine-Saint-Denis, une association qui accueillait des élèves décrocheurs – vous savez, ces élèves qui quittent l’école avant la fin de l’obligation scolaire, qui n’en peuvent plus, qui vivent l’échec trop durement pour rester dans l’institution qui devrait pourtant leur donner la promotion et la fierté d’apprendre. Un de ces jeunes me disait qu’il avait trouvé dans cette association non seulement l’accompagnement scolaire qu’il était venu chercher (il avait été exclu pour son comportement), mais que ce qui l’avait surtout fait changer, c’était l’atelier de théâtre dans lequel il s’était inscrit et qui lui avait permis de trouver confiance en lui, la découverte des arts et la compréhension du monde. Voilà, la culture c’est aussi et c’est toujours un facteur d’émancipation, de fierté, de reconnaissance, d’élévation.

Et donc, si je mets la culture aussi haut, c’est parce que je mets la jeunesse en premier. C’est avec son intelligence, son ardeur, sa vitalité que nous réussirons. La France doit changer. Je ne vous dirai pas de quoi, je ne vous dirai pas de qui, je vous dirai simplement qu’elle doit changer. Cela va bien plus loin que le choix d’un homme ou d’une femme. C’est le choix, aussi, d’une politique, d’une vision, d’une ambition, d’un esprit. C’est le choix, aussi, d’une manière d’être ensemble, de partager des valeurs, de se donner un espoir plus grand que nous, de nous dépasser.

Voilà pourquoi la France doit changer : pour être, finalement, davantage elle-même, être digne de sa culture, de son histoire, du respect que partout dans le monde elle inspire aux amoureux de la liberté. Voilà pourquoi je suis ici, en amoureux de la liberté, en amoureux de la France et en amoureux de la culture !

Merci.

Culture en luttes, Intermittence, Médias, secrétariat national culture, Spectacle vivant

QUEL AVENIR POUR LE LIVRE ?

08/01/2012

Réunion de la Section culture du 12 décembre 2011 Salle Poperen, Solférino

 

La Section Culture du PS s’est réunie  le 12 décembre au siège du Parti Socialiste, salle Poperen.

 

Nous recevions, de gauche à droite sur la photo :

Jérôme Dayre (librairie Atout Livre, Guillaume Husson (Syndicat des libraires), Albert Dichy (I.M.E.C.), Alain Giffard (Lecture numérique).

 

Etaient également parmi nous :

Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat national de l’Edition (S.N.E.), Johann G. Louis (écrivain et illustrateur), Gérald Dittmar (éditeur et écrivain).

—–

Cette réunion est l’occasion de faire le point sur la situation du livre en France, des attentes de la profession, sans nécessairement tomber dans le corporatisme, et d’ébaucher des débuts de réponses.

—–

Christine de Mazières (S.N.E.) « La situation du livre face à la révolution des technologies numériques qui, si elle permet de toucher de nouveaux publics et d’augmenter la visibilité des œuvres, soulève des inquiétudes face à l’irruption dans le métier d’acteurs considérables avec des stratégies particulièrement opérantes.

Ces très grandes sociétés cherchent à créer des contenus à des prix de plus en plus bas, quitte à enfreindre les régulations en vigueur.

Le numérique ne représente que 1,8% du marché et 0,6% des stocks.

Nous nous sommes opposés aux groupes comme Google avec une procédure entamée en 2006 et remportée en 2009. 16 pays ont suivi pour un prix unique du livre numérique à moins de 20 euros qui permettrait une démocratisation de l’accès.

Les livres ne sont pas des biens de consommation mais des œuvres.

Les éditeurs réclament une forme de régulation que l’Europe par le biais de la direction à la concurrence ne leur accorde pas toujours, beaucoup de lobbies cherchant à avoir accès à la commission pour modifier le prix. Allemands, espagnols, finlandais, portugais, etc. sont sur cette ligne de prix unique.

 

Or, dans ce contexte de grande facilité du domaine, la TVA du livre est susceptible de passer de 5,5 à 7%, alors que 21 pays ont exonéré le secteur à 0%.

Des problèmes pratiques ont entraîné deux mois de retard entre le marquage des exemplaires par rapport au stockage.

Le taux réduit sur le livre numérique ne compense rien du tout. Or la commission considère que les biens dématérialisés créent un service d’où une taxe alors que l’on a affaire à des œuvres singulières qui devraient générer des droits d’auteurs.

 

L’audiobook a marqué une victoire, des associations d’aveugles faisant valoir le côté indispensable de tels produits.

 

Nous avons en France des catalogues d’œuvres indisponibles sous droits mais qui ne sont pas commercialisées dans un temps où la numérisation continue des autres oeuvres continue. Nous pourrions utiliser les ressources du grand emprunt européen pour numériser 500 000 de ces œuvres et les mettre à disposition du public via la BNF afin d’en mutualiser les coûts de gestion. Un projet de loi a été présenté qui doit être voté ce vendredi. Nous sommes les premiers en Europe et on nous observe dans les autres pays de l’Union Européenne. On pourra ainsi créer des bouquets généraux en accès particulier ou via les médiathèques. C’est un beau projet. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni (Secrétaire de la section Culture)

« les problématiques fiscales sont un sujet majeur qui demandent une refonte générale. Il faut soutenir l’existant. Face au changement d’orientation des taxes du C.N.C. quant à la création du C.N.M., y a-t-il une « agenciarisation » possible ? Il y a un Centre National du Livre, C.N.L., un Comité du Livre qui soutient la profession via deux taxes, l’une sur le chiffre d’affaires des éditeurs et l’autre sur les appareils de reprographie. »

 

Alain Giffard (ancien directeur informatique de Gallica (bibliothèque numérique), membre de la commission pour l’accès internet, ayant travaillé sur le fossé numérique et la culture numérique), attire notre attention sur le problème de la lecture depuis 1990.

« La lecture publique a reculé et l’enquête PISA note une baisse des performances, on lirait moins, face aux moyennes de l’OCDE, elles-mêmes en baisse.

Le problème de la citoyenneté à travers la culture se pose : dans un foyer-type, le père ne lit pas, le fils et la fille ne lisent pas beaucoup. On assiste à une balkanisation, situation jamais analysée, ni traitée par aucun gouvernement. La suppression de la méthode globale n’a pas suffi. C’est lié à la question des immigrés pour Guéant…

 

On note en tous cas un écart de 10 points entre filles et garçons qui arrêtent de lire en 6eme. 20% des 19 ans à l’examen du service militaire avaient un niveau de 6eme quand ils savaient lire.

Il y a eu une grande enquête sur les pratiques culturelles en 1990 qui montrait une baisse de la lecture. Or, le chiffre d’affaires des éditeurs augmentant faisait penser qu’il s’agissait d’une erreur.

Les éditeurs reprochent à Hollande son soutien au Sky blog (qui est vu comme un outil de décervellement des jeunes) et veulent sortir de cette équation qui réduit leur visibilité, à la différence de la télévision qui l’augmentait, d’une certaine manière.

Par rapport au numérique, on assiste à une concurrence entre deux lectures, référencielle et symbolique. « Google rend t-il idiot ? » demande un rapport canadien.

La lecture numérique ne peut pas se substituer à la lecture traditionnelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire) dénonce la fiction des soit-disant publics alternatifs.

Il faut développer la culture du numérique mais ne pas laisser filer les choses. Les enfants sont devenus des consommateurs, pas des acteurs… Les garçons lisent beaucoup moins que les filles et la plupart des professionnels du livre sont des femmes.

Les pères préfèrent se la jouer cool vis à vis de leurs enfants en recourant à des gadgets électroniques.

Il y a des effets pervers avec la lecture-jeunesse basée sur le marketing et « segmentante » (sexe, âge, génération), alors qu’il existe une littérature de la révolte, comme Rimbaud, pour la poésie. A 30 ans on n’a plus accès à la littérature de sa jeunesse d’où une certaine nostalgie.

Il faut dénoncer la disparition de Tick’art qui associait les enfants et les éditeurs par le biais des auteurs avec un chèque de 8 euros dispensé par la Région. Des centaines d’enfants bénéficiaient de cette mesure surtout dans les milieux défavorisés. Le livre dans ce cas était choisi par centres d’intérêts… Les filles, c’est surprenant,  demandent des histoires douloureuses qui finissent bien.

C’est une politique qui avait du sens.

On perd les ados vers 15 ans et on ne les retrouve qu’avec la paternité…

La lecture chez les étudiants recule.

Les médiathèques sont équipées mais on ne tire pas toujours bénéfice de cette chance. Des politiques spécifiques doivent être imaginées… Des livres pour les boursiers…

Des concours de lecture à voix haute sont par exemple organisés en Allemagne depuis 1959. « Histoires et Paroles » est une réplique expérimentale qui marche. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni note une montée de la ségrégation culturelle avec une segmentation des publics alors qu’on observait auparavant un phénomène de démocratisation… Nous sommes à présent dans une société de consommation qui a conclu une alliance historique objective avec le marketing pour vaincre le collectivisme. A l’exemple d’Ars Industrialis de Stiegler (association  internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit) qui dénonce la demande qui est faite aux élèves d’adopter les valeurs d’un système qui les détruit, il est temps de repenser les choses face à ces messages « excluants ».

Les spécialistes de la culture et de la politique ont le devoir de lire et pas uniquement de se faire une opinion grâce à la télévision.

C »est le modèle scolaire de Jules Ferry et de Kant. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Sur France Culture, une institutrice se plaignait de difficultés à enseigner des mots nouveaux comme par exemple « succulent » associé par les garçons à un « mot de filles ». Le rejet de la culture devient alors un critère d’identification sexuelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Rejeter la lecture, c’est se comporter en « homme » pour certains… La proportion de ceux qui lisent est de 10 femmes pour trois hommes, même si le terrain est plus complexe. Il faut être prudents et ne pas stigmatiser les « banlieues » ce qui en soit n’est pas une notion précise. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Dans le cinéma on assiste à une dérive industrialisante avec une disparition des « films du milieu ». Qu’est ce qu’un espace public vis à vis d’un espace de notoriété ? »

 

 

Albert Dichy (directeur artistique à l’IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« Un livre, a fortiori une œuvre, est le substrat d’une vie et nécessite une prise en compte sensible. Or la fréquentation des bibliothèques baisse depuis un an… Les visites se désamplifient. »

 

 

Guillaume Husson (délégué Général du Syndicat des Libraires)

« L’édition est stable par rapport au marché mais l’évolution de la lecture marque une baisse qualitative et la diminution de l’esprit critique, facteur de démocratisation.

Les forts lecteurs, qui lisent plus de 20 livres par an se comptent pour la plupart dans une population vieillissante.

Le secteur du livre fait vivre 700 000 titres. Aucun autre secteur ne présente le même dynamisme en terme de diversité. Il faut défendre cette richesse en jouant sur les cadres législatifs, fiscaux, économiques du secteur et soutenir les éditeurs mal lotis qui sortent des sentiers battus et sont la force créative de l’édition.

Pour la diffusion, les libraires créatifs ne sont pas forcément incompatibles avec les grosses machines commerciales de type centres Leclerc, mais il faut mettre l’accent sur les librairies de proximité qui permettent les vraies découvertes et le maintien des livres dans les grands réseaux. »

 

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Atout Livres a une politique d’animation qui compte : le travail qualitatif a un coût qui n’est plus couvert par les éditeurs. Or nous avons la traduction la plus importante du monde.

Défendre les éditeurs, libraires et auteurs, c’est maintenir le prix unique du livre face à la commission. Il y a un consensus sur le prix unique du livre numérique qui doit jouer sa partition dans l’univers du numérique avec la concurrence d’Amazon, Kindle, iBook.

Mettre des équipements numériques dans les librairies parait être une fausse bonne idée et un pari risqué. La communication interactive aura sa place mais celle-ci doit se justifier. Créer des blogs n’est pas cher et c’est pratique mais concevoir des sites marchands peut être hors de prix pour de petites libraires qui auraient avantage à mutualiser leurs moyens en créant des communautés de libraires.

 

Il y a des cinémas Art et Essais et des théâtres subventionnés, mais y aura t-il des libraires aidés ? Les livres indisponibles ne pourraient pas générer des droits en vertu des contrats léonins qui lieraient les éditeurs parce qu’il faudrait qu’ils soient régulièrement réédités. L’Europe donnerait-elle les financements nécessaires ?

 

Sur un prix du livre de 10 euros un libraire ne touche que 3 centimes au final.

L’auteur touche 1 euro, c’est à dire 10%, 8% ou 5% suivant son contrat.

Le libraire touche 3,50 euros brut soit 38% à 35% suivant l’éditeur. La masse salariale est de 20 à 25% or face à la qualification des libraires, le salaire est très bas… de l’ordre du SMIC alors qu’il devrait être de 4000 à 5000 euros…

Le métier demande de longues études, un talent de commerçant, et une compétence 2.0. Il y a 3000 librairies qui seraient soumis à une augmentation de la TVA de 5,5% à 7% ce qui suscite des commentaires amusés sur le forum de l’émission de TF1 qui l’annonce… Or ce 1,5% provoquera une perte d’argent alors que l’on tenait difficilement en l’équilibre. On souhaiterait le maintien à 0% comme pour la presse qui a une TVA de 2,1% et un lobby plus fort… Une TVA à 0%, c’est 5,5 points à répartir. C’est nécessaire pour continuer. 21 pays le font dont les Anglais, les Irlandais, les Finlandais, etc… Il y a un calcul à faire en terme de coût d’une telle mesure.

Le prix unique du livre est fondamental sinon c’est la mort des libraires qui sont 600 à 700 à Paris pour une vingtaine de librairies indépendantes à Manhattan.

On assisterait à une disparition de la diversité dans les dépôts ou pour les livres. »

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques – spécialiste de la Commune de Paris )

Que fait-on pour les éditeurs en France ? La relation avec les libraires est super complexe, les frais étant supportés par ces derniers. Nous n’avons pas d’autonomie vis à vis des grands groupes de diffusion. Le libraire ne prend aucun risque, son apport revenant à devenir une sorte de prestation de service.

Nous avons 40% sur le prix, 35% avec Gallimard.

La FNAC a une politique très claire. Acheté / payé à 60 jours fin de mois avec retour des invendus.

Nous faisons des tirages de 200 à 300 exemplaires. Exemple d’ « une vie de Duval, général de la Commune » qui a demandé 5 ans de recherches.

Le Nouvel Obs est très prescripteur, or il ne prend pas ce genre de livres.

Nous tournons donc avec des circuits de 50 à 80 exemplaires en dépôts chez des libraires indépendants.

 

 

Albert Dichy (IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« L’IMEC a été créé en 1989 avec l’Institut des Manuscrits, or on note une disparition des manuscrits avec le numérique. Malgré un effet multiplicateur des œuvres au départ.

On assiste à la création d’une science créée par la disparition de son objet.

Autre chose se prépare.

Aux archives, nous ne disposons de la correspondance des auteurs que parce qu’ils nous confient de plus en plus souvent leur disque dur. Il y a une perte car ces textes ne sont pas imprimés. Il y a une consommation de l’échange qui est grosse de conséquences. Partager davantage entre les créateurs et les auteurs devrait être la règle. Le danger vient davantage de la lecture que de la création.

Sur un total de 60 000 titres nouveaux toutes disciplines confondues seuls 30 000 trouvent une audience et perdurent.

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques)

Nous  présente le magazine satyrique « Barricades » qu’il édite. Il  nous demande de l’aider à trouver son audience.

 

 

Nicolas Vidal (éditeur de livres et aussi d’un magazine culturel sur le net),

Excusé car retenu à Montpellier par un forte grippe, nous invite à découvrir le nouveau numéro de BSC news : http://www.wobook.com/WBBu3Qz9LJ9p/BSC-NEWS-MAGAZINE/BSC-NEWS-decembre.html

Médias, Patrimoine, Section culture

Réunion de Section Culture du 16 Mai 2011

26/05/2011

jeanfrancoistealdi

La section Culture du PS s’est réunie en Assemblée Générale, salle Marie-Thérèse Eyquem autour de notre invité :

Jean-François Téaldi : Responsable de la Commission médias au Conseil National du PCF et Grand reporteur audiovisuel public

Jean-François Téaldi décrit dans le domaine de l’information une situation « à la soviétique » avec sept grands groupes de presse qui la dominent (alimentés par des capitaux bancaires, des marchands d’armes…). Cette pensée unique est un risque pour la démocratie. -Il cite Alain Duhamel qui ne pouvait pas traiter du proche-Orient à cause de financiers vendeurs d’armes : Lagardère-. Il suggère de réinsérer le pluralisme par exemple en imposant des seuils « anti-concentration » très forts sur le multimédia.

En matière de développement industriel (« que va devenir l’ imprimerie du journal LE MONDE?) il propose la création d’un POLE PUBLIC D’IMPRESSION et l’augmentation des aides à la presse. Les grands groupes de communication ont le monopole non seulement des tuyaux mais des contenus, ce qui le laisse craindre un problème   incontournable de la création et de la production.

Que faire pour que les salariés aient plus de représentants dans les Conseils d’administration ? … 1981 nous renseigne sur le manque de pouvoir aux salariés dans les IRP.

Le CSA fait la preuve de son inefficacité et du non-respect des familles politiques. Il faudrait reprendre l’idée de Fillioud : réunir 80 personnes (des représentants des métiers de l’audio-visuel) et créer un Conseil Supérieur des Médias en tenant compte de la diversité et organiser des Etats Généraux des Médias où les professionnels pourraient réfléchir et tracer des pistes.

L’Audio-visuel Public est carrément inquiet par rapport à ce que propose le projet de double

financement non assuré (redevance et publicité). Il signale également la menace de privatisation de l’AFP.

francetelevisions

Il énumère quelques mesures souhaitables d’après lui :

• sur TF1 : redemander ou pas la nationalisation de TF1 ; relancer un appel d’offre sous prétexte que TF1 n’a pas respecté le cahier des charges.

• Abroger les décrets Tasca (la 3e diffusion n’est plus rémunérée au co-producteur public) ; assurer les droits de rediffusion au producteur public.

• Revoir les quotas de production des sociétés de production imposés à FTV .

• La redevance audio-visuelle (indexée sur le coût de la vie) est toujours inférieure à la moyenne

•  il faut des moyens européens car FRANCE-TELEVISION n’est plus concurrentiel.

• L’audio-visuel public, c’est aussi l’information, penser aux supports numériques.

• Refaire une instance de régulation de la presse écrite au sein du Conseil Supérieur des Médias afin de lui donner un vrai poids.

• I.N.A. : il serait souhaitable que l’audiovisuel public n’ai plus à payer pour avoir accès aux archives

• Créer un POLE PUBLIC DE PRODUCTION ET DE DIFFUSION de la création à la diffusion, incluant Audio-visuel Public, G.I.E. avec l’Agence France-Presse et INA, développant des propositions de coopération avec les chaînes européennes. Dans la salle un camarade évoque le lien qui existe de la création à la diffusion, pour lui, c’est le même que celui du producteur de lait, la tendance humaine est « indécrottable », celui qui produit trouve toujours un copain pour vendre en prélevant sa part.

On est obligés de passer par l’industrialisation. Au théâtre, on n’a pas ces problèmes.

Quelqu’un ajoute qu’il faut rendre à la nation la maîtrise du service public, pas seulement en

étatisant !

Le Secrétaire de section rappelle que la licence  d’exploitation de TF1 s’arrête en 2012. Nous avons le défaut de conserver les nominations. Sarko nomme et s’est donné le pouvoir de mettre et de démettre. Le Conseil Supérieur propose des candidats, les candidats leurs projets. Il faut que les PDG soient révocables.

Après des réflexions avec Patrick Bloche, il faut que l’entité professionnelle puisse s’opposer à la nomination d’un directeur installé par ceux qui détiennent le capital.

Comment s’y prend-on pour générer des revenus publicitaires tout en produisant un audio-visuel ambitieux (audimat/audience) ?… de Carolis et Duhamel avaient réussi quelque chose : l’opéra en prime time… Pflimlin et ses nominations sont effrayantes, tant de bonnes émissions sont annulées : Tadéï, Moati, Picouly.

Un camarade rappelle qu’on n’a plus la volonté de faire des captations, de faire remonter la création culturelle en région.

Un autre attire l’attention sur le fait que des studios de France3 sont loués à France2… ajoutant : les finances de France3 sont pompées par France2. C’est scandaleux !

question

Ce à quoi Jean-François Téaldi ajoute que en ce qui concerne la filière de production de F3, les studios appartiennent à France-Télévision et travaillent pour le compte de F3. Dans les grandes régions, la filière production travaille souvent en co-production mais le rôle des petits producteurs privés est peu à peu remis en cause.

La production est très différente de la situation anglaise où cette articulation fonctionne bien.

L’aide aux régions permet de créer des vitrines. Le pôle public de production est à reconstruire, c’est une mission de service public. On a aujourd’hui un état « réactionnaire ».

Le pôle des actionnaires devrait recouper celui de ceux qui s’acquittent de la redevance alors que sur les territoires on observe des inégalités flagrantes comme c’est le cas pour le wifi par exemple.

A ses côtés, une membre de la C.A. attire l’attention sur l’éparpillement des centres d’intérêts au moment des loisirs qui peu à peu tend à favoriser les propositions du web par les nouvelles générations…

Téaldi : « Le rendez-vous quotidien du 20h, c’est terminé » …peu à peu, ne sommes-nous pas entrain de nous préparer à cette alternance en réduisant l’investissement du service public de l’audio-visuel ?

Téaldi : « Il faudrait qu’il y ait des droits à redistribuer sinon il crèvera ! ». Malgré tout, le net est un super-outil, on peut se payer un opéra en VOD, par exemple, mais on constate une érosion en faveur de la TNT : les choix qui sont faits ne sont pas en faveur du développement de l’audio-visuel public numérique, parce que les équipes dirigeantes n’y croyaient pas au départ.

Bruno Patineau travaille actuellement sur le développement d’une véritable plateforme numérique, malheureusement, face au saupoudrage actuel et sans investissement, on ne va pas s’en sortir.

En termes d’infos, les contenus actuels ne sont pas au niveau des journaux numériques que sont par exemple LE PARISIEN ou LE FIGARO.

La membre de la C.A. lui prose de rêver à la responsabilité de l’audio-visuel public et dans ce caslà, que mettrait-il en place ?

1) une loi anti-concentration : interdiction pour les groupes vivant des commandes publiques de posséder des entreprises publiques audiovisuelles

2) la modification du CSA avec une représentation à hauteur d’1/3 des organisations

syndicales et un collège téléspectateurs

3) Un pôle audio-visuel public

4) Un président nommé par le CA avec les représentants du personnel à 50%

5) Organisation syndicale et patronale de nouveau en charge pour les écoles de journalistes

6) 1% du P.I.B. Accordé à l’Art et à la Création

7) Abrogation des annexes mettant en danger le statut des Intermittents

8) Droit à l’information inscrit dans la Constitution

9) Retour au programme du Conseil National de la Résistance.

10) Réaffirmation de la loi de 1905 en créant un haut Conseil à la Laïcité pour définir la part

des financements de l’école privée »

Audiovisuel, Médias, Section culture

Les Socialistes, la culture et les médias : liberté d’expression, libertés fondamentales.

10/03/2011

journaux-1

Pierre Haski, excusé, est remplacé dans cette conférence par Dominique Gerbaut, Président de Reporters Sans Frontières

La liberté d’expression et la liberté de création sont des libertés fondamentales de notre démocratie. Sylvie Robert et Patrick Bloche ouvrent la conférence  sur cette affirmation dans un temps de régression, de retour à un nouvel « ordre moral» dans la France de Nicolas SARKOZY.

Contre la définition si consumériste et individualiste de « la culture pour chacun » chère à Frédéric Mitterrand, nous revendiquons la culture comme l’expression d’un « vivre ensemble » où le regard particulier des artistes est nécessaire à notre compréhension du monde. Pourquoi alors tant d’artistes, ont-ils aujourd’hui des difficultés à montrer leur œuvres, ou tant de plasticiens, cinéastes, romanciers… se trouvent mis en cause ?

Agnès Tricoire expose le combat  que mène aujourd’hui l’Observatoire de la liberté de création de la LDH pour rappeler que l’œuvre d’art est une fiction, une représentation du monde sans « utilité », que les propos d’un roman ne sont pas ceux de son auteur. Théophile Gauthier, Flaubert et d’autres à leur époque ont été contraints à cette démonstration, sur laquelle se fonde encore Agnès pour plaider la défense des artistes. Aujourd’hui, plus que l’atteinte aux mœurs, c’est la défense des enfants qui est l’argument le plus fréquemment  opposé aux artistes.  N’est ce pas sous la pression d’une association « au nom de l’innocence des enfants » que le Ministère de l’éducation a retiré son soutien au beau et poétique film de Sébastien Watel –dont l’auditoire a pu apprécier quelques images ?

« Liberté de création des artistes, liberté d’expression des journalistes ».  Jérôme Bouvier et Dominique Gerbaut, reviennent sur la volonté de contrôle par le pouvoir politique qui s’exprime de façon encore plus caricaturale avec Nicolas Sarkozy, la France passant de la  11ème à la 46ème place dans le classement de RSF pour la liberté de la presse. C’est une situation de très grande tension politique. Paradoxalement, dans le temps où la plus grande transparence est exigée dans les médias, la limite vie privée/vie publique tendant à disparaître dans les émissions de télévisions, les journalistes ont de moins en moins de moyens pour mener des enquêtes de terrain ou pour couvrir en toute indépendance les conflits. Ils en ont perdu progressivement la confiance des citoyens.

Les intervenants  nous rappellent que les  journalistes attendent d’un retour de la Gauche au pouvoir des moyens qui leur permettront de garantir aux citoyens une information de qualité : redonner au CSA une vraie légitimité (composition élus/professionnels/citoyens) ;  couper les liens groupes de presses/groupes industriels vivant de la commande publique -situation particulière à la France- voire adoption d’une chartre par les journalistes eux-mêmes…

Ce débat sur la liberté de création et d’expression doit se poursuivre. Nous devons être vigilants, interpeller nos élus, refuser le décrochage d’œuvres. Mais plus encore que le soutien public aux créateurs, c’est l’éducation à l’art, à l’image, et aux médias qui donne aux citoyens la nécessaire distance critique et leur propre capacité de juger. Ce sera un élément central de notre projet pour 2012

Audiovisuel, Médias

Budget 2011 de la culture: la consolidation de la stagnation

10/03/2011

theatre

I – La stagnation, voire la baisse réelle, au lieu du « bon budget » affiché par la communication gouvernementale

Le ministère de la culture et de la communication, une fois de plus, se félicite du budget dont il va disposer l’année prochaine. A l’entendre c’est un « bon budget : +2,1 % , est-il proclamé fièrement.

Ce chiffre serait d’autant plus remarquable que le budget global de l’Etat est frappé, comme on le sait, de la rigueur qui ne veut pas dire son nom : réduction du déficit de l’Etat de 7,8% du PIB en 2010 à 6%en 2011, PLF 2011 (projet de loi de finances) construit en application de la norme de dépenses « zéro valeur », soit la stabilisation en euros courants, baisse de 5% des crédits de fonctionnement, etc…
La réalité n’est évidemment pas aussi belle que l’on veut bien la décrire. Certes, le budget du ministère ne s’effondre pas, ou n’est pas frappé d’une baisse sensible, comme cela a pu arriver certaines années noires où la droite s’exerçait à l’un de ses jeux favoris, les coupes sombres dans le budget de la culture. Faut-il pour autant faire passer pour une victoire ce qui est au mieux la simple continuation de l’existant, alors que, au fil des ans, le budget de la culture est devenu un budget très contraint, bloqué par l’absence de mesures nouvelle significatives, incapable d’accompagner les évolutions majeures que connaît la vie culturelle et artistique? Faut-il, dans le contexte d’aujourd’hui, considérer comme la reconnaissance d’une priorité budgétaire le simple fait de ne pas subir des baisses drastiques, à l’encontre du sort subi par d’autres administrations ?
Qu’en est-il au juste, de ce budget 2011 ?
La communication gouvernementale a encore frappé, puisque la plupart des médias ont, en définitive, retenu que le budget de la culture augmentera de plus de 2% .Il n’en est rien, pourtant.
Le ministère annonce +2,1 % d’augmentation : il s’agit de l’ensemble du budget de la culture et de la communication (culture + audiovisuel public, cinéma…). Un peu moins fort déjà, il affirme : +1,1% pour la seule Mission Culture, qui concerne les dépenses culturelles au sens strict (et qui seule fait l’objet de la présente note). Ce chiffre fait donc apparaître une augmentation, même minime . Hélas, il est faux.

En effet, de 2010 à 2011 le montant global des crédits de la Mission Culture passe, en CP (crédits de paiement), de 2,676 Mds euros à 2,672 Mds, soit une baisse, certes minime, de …4 millions d’euros. Pour arriver à une hausse de +1,1% (discours du ministre, dossier de presse), le ministère y ajoute en fait 40 M euros de fonds de concours, ce qui fait effectivement +1,1%. Sauf qu’en 2010, il y avait 50 M euros de fonds de concours, non comptabilisés dans les 2,676 Mds cités plus haut. Donc petit mensonge eu égard à la faiblesse du montant de crédits en cause, mais à gros objectif symbolique : cacher lastagnation pure et simple.
Mais un autre fait est caché, la baisse réelle des crédits, car l’inflation est prévue à 1,5% en 2011, selon les chiffres officiels du ministère de l’économie et des finances. Donc, que ce soit +1,1% ou +0% (à 4 Millions d’euros près), il y aura baisse effective du budget de la Mission Culture en 2011 .
Précisions :
La maquette budgétaire du ministère a été modifiée d’une année sur l’autre, ce qui n’en facilite guère la lecture, ni la comparaison rétrospective. La logique technocratique de la LOLF aboutit ainsi à sortir le livre (BNF comprise) et les industries culturelles de la Mission » Culture », et à les envoyer à la Mission « Media, livre et industries culturelles »…Elle conduit aussi à regrouper l’ensemble des crédits de personnel des programmes « patrimoine » et « création » dans le programme « transmission des savoirs et démocratisation de la culture (incluant les fonctions de soutien). Elle autonomise enfin une action « archéologie », ce qui est une bonne chose.

Il est cependant à noter que les chiffres de 2010 sont « retraités », de sorte qu’ils n’expliquent pas les évolutions que l’on peut constater et dont il est rendu compte dans la présente note.
Pour information, le budget de l’Etat étant fixé en 2011 à 356,9 Mds en dépenses (avec charges de la dette et pensions), le budget de la Mission Culture représentera donc 0,75% de ce dit budget. Si l’on y ajoutait les activités qui viennent d’être transférées à la Mission Media et industries culturelles, qui peuvent être estimées à 245 M euros, le chiffre passe à 0,81%. Il fut un temps glorieux où….

La répartition des crédits entre les grandes fonctions du ministère

Comme on va le voir, le patrimoine, dont le montant global des crédits augmente (+1,6 %), s’en sort mieux que la création, condamnée à nouveau à la stagnation, donc au blocage. Ceci confirme l’observation déjà faite en 2010. Une hiérarchie des priorités est de fait introduite entre ces deux grandes fonctions.

Quant à » la transmission des savoirs et à la démocratisation culturelle », si les crédits de l’enseignement supérieur spécialisé sont préservés, l’action culturelle connaît une nouvelle baisse. C’est à cet aune qu’il faut juger le discours sur « la culture pour chacun »  qui se réduit à une pure et vaine réthorique,dès lors que les moyens dans ce domaine continuent inexorablement leur déclin, et ce depuis plusieurs années
Enfin,s’agissant des « fonctions de soutien », la RGPP conduit à la poursuite de la baisse des emplois et à la paupérisation de l’administration culturelle.

La programmation pluriannuelle des finances publiques (2011/2013) : la stagnation à perpétuité ?
Cette programmation pluriannuelle étant à présent un exercice budgétaire imposé, il est à noter, sans surprise, que, pour la Mission Culture, elle prévoit la stricte reconduction des crédits en CP : 2,70 Mds euros en 2011 et 2,70 Mds à nouveau en 2012, et 2,71 Mds en 2013 . Les 2,70 deviennent 2,67 Mds euros à périmètre courant (en conformité avec le chiffre cité plus haut).
Elle prévoit aussi environ 300 emplois en moins (297 ETPT) pour 2013 .
II – Le patrimoine

Le ministère affiche une hausse de +1, 6% pour l’ensemble des crédits du programme 175 patrimoine . C’est exact  : +13 M euros en CP d’une année sur l’autre. Mais tous les secteurs du patrimoine n’en bénéficient pas.
Les AE (autorisations d’engagement) de leur côté augmentent de 83 M en 2011, mais ils sont appelés à baisser de 60 M en 2012, et encore de 3,5 M en 2013 . L’explication d’un tel mouvement réside dans la programmation pluriannuelle d’opérations importantes, en hausse en 2011 avant de baisser logiquement ensuite, telles que le musée Picasso (4 M), le Fort Saint –Jean (12M), le MUCEM (fin de l’opération, 35 M), le quadrilatère Richelieu. (28 M).
1 - Le patrimoine monumental

Ses crédits baissent de 13 M euros en CP d’une année sur l’autre : de 391 M euros à 378 M euros .Onvoit mal dès lors ce qui justifie l’affirmation du ministère selon laquellele budget des MH est préservé à la hauteur du budget 2010 .
Rappelons qu’en 2009 le plan de relance avait permis une hausse de 100 M supplémentaires, hausse confirmée dans le budget 2010. Mais ce, après des années de baisse catastrophique, dont la droite au pouvoir porte seule la responsabilité, et le PS avait eu à cet égard l’occasion de dénoncer cette gestion calamiteuse du patrimoine. Il semble en fait que le ministère ait quelque difficulté à présent à maintenir ce niveau d’exigence atteint en 2010…
Les AE en revanche connaissent une hausse de 38 M euros (cf supra).
Les crédits de fonctionnement baissent de 17 M . Les crédits d’entretien des MH appartenant à l’Etat semblent strictement reconduits : il est dommage de ne pas poursuivre le mouvement positif de hausse de ces crédits engagé en 2010. La baisse concerne en fait à la fois les crédits de restauration des monuments nationaux et le domaine de Versailles.
Les dépenses d’investissement (MH appartenant à l’Etat) augmentent de 4 M euros , mais les crédits d’intervention( MH non Etat) stagnent (+0) : ce sont les collectivités territoriales et les propriétaires privés qui vont s’en réjouir…D’ailleurs la hausse des AE s’explique notamment par les travaux du clos et du couvert du quadrilatère Richelieu d’un montant de 28M en 2011 (4M en 2010).


2 – Les musées

Les crédits augmentent de 26 M en CP de 2010 à 2011, (de 345 M à 371 M euros) . Toutefois, cette hausse s’explique pour l’essentiel par l’augmentation des crédits d’investissement nécessaires à la construction du MUCEM, en partenariat avec les collectivités territoriales : 25 M en CP, 37 M en AE .
Le ministère a annoncé récemment, opération de communication à l’appui, un plan musées doté de 70 M euros,et ce pour les musées situés en régions. L’impression est ainsi donnée d’un sensible coup de pouce budgétaire en ce domaine, dont les collectivités territoriales ne pourraient que se réjouir. La réalité est moins glorieuse, là aussi. Certes les AE (crédits d’intervention déconcentrés, investissement) progressent de 22 M en 2010, mais les CP de seulement 2 M. Il s’agit d’un plan de 3 ans, et non pas de 70 M euros de plus par an. Ainsi, ces mêmes AE baisseront de 9 M en 2012 et de 20 M en 2013 (par rapport au montant 2010 ). En réalité, il s’agit d’un effort de rattrapage d’AE, très bas en 2010 par rapport aux CP : 4 M pour 16 M.. En CP, les crédits ne semblent pas destinés à croître de façon sensible.
Parallèlement, les crédits de fonctionnement des musées nationaux  subissent une baisse significative de 9 M au total. RGPP et contraintes budgétaires obligent, les musées de l’Etat sont mis au pain sec : -6 M pour le Louvre, -1 M pour le Quai Branly, – 3 M pour Orsay, -4 M pour le CNAC Georges Pompidou…
Les crédits d’achat d’œuvres d’art pour les collections publiques connaissent une nouvelle baisse de 2 M euros (de 18,5 M à 16, 5 M), alors que les moyens à ce titre sont notoirement insuffisants pour faire face aux besoins.

3 – L’architecture

Les crédits de l’architecture augmentent de 2,6 M . La hausse est due à la poursuite de l’atelier international du Grand Paris, à l’augmentation de la dotation de la CAPA (cité de l’architecture et du patrimoine), ainsi qu’à la mise en place des AVAP (aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine) qui se substituent aux ZPPAUP.


4 – Les Archives et célébrations nationales

Les crédits sont notamment destinés à poursuivre l’opération du site de Pierrefitte-sur-Seine :34 M en 2011, auxquels s’ajoutent les chantiers scientifiques, de premiers équipements et de déménagement (14 M ) . Avant 2011, 135 M avaient déjà été dépensés, et 25 M le seront encore après 2011 . Au total, l’opération coûtera 194 M euros .
Il est à noter que les crédits déconcentrés destinés aux équipements des archives départementales et communales baissent de leur côté de 0,5 M euros en 2011.
III - La création

Le ministère affiche une hausse de +1,7 %, pour l’ensemble des crédits du programme création. C’est exact, les crédits passent de 723 M à 736 M, soit +13 M en CP (et +31 M en AE). Il faut cependant aussitôt ajouter que ces moyens supplémentaires s’expliquent principalement par la hausse des dotations consacrées aux seuls arts plastiques, et pas du tout au spectacle vivant, et qu’en outre c’est le lancement ponctuel de l’opération du Palais de Tokyo qui rend compte pour l’essentiel de cet effort particulier fait en direction de ce secteur.
Pour le reste, la rigueur budgétaire demeure apparemment l’horizon indépassable du ministère …
1 - Le spectacle vivant

Le ministère annonce « une stabilisation » en CP (en clair +0%) des crédits relatifs au spectacle vivant . Toutefois, lorsqu’on regarde les chiffres agrégés (et retraités) de 2010 et 2011 issus du document budgétaire transmis au Parlement, une baisse globale de 3 M apparaît pour les CP: de 666,5 M à 663,4 M très exactement. Dans ce total, les dépenses de fonctionnement (c’est à dire les subventions aux grands établissements publics nationaux) augmentent de 1,7 M, les dépenses d’investissement (travaux sur les bâtiments de ces mêmes établissements nationaux) augmentent de 2 M , tandis que les dépenses d’intervention (c’est à dire principalement les subventions aux labels et aux équipes de création) diminuent de 7 M: de 369,2 M à 362,4 M.
Mais cette baisse ne paraît pas confirmée dans les éléments détaillés qui sont donnés dans le reste du document, où en effet la stricte reconduction des crédits d’intervention prévaut…Ce n’est pas la première fois que le budget du programme création pêche par son opacité, qui rend particulièrement ardue son analyse.

Quoiqu’il en soit, la baisse est avérée, compte tenu de l’inflation prévue à 1,5 %.
Le ministère affiche aussi une hausse des AE de 2,9 %, soit plus +19 M euros: ceci s’explique par le lancement des opérations d’investissement concernant la Comédie Française, l’Opéra Comique, et Chaillot . En 2012, les AE du spectacle vivant sont appelés à baisser de 28 M, par non reconduction des AE inscrites en 2011 pour ces projets de travaux.
Etablissements publics nationaux. C’est simple, c’est la stricte reconduction de la dotation de fonctionnement, soit 0% partout, pour tous les établissements publics (Comédie Française, Opéra de paris, Colline etc.)..Un montant de 0,5 M apparaît en plus d’une année sur l’autre, résultant du transfert de la dotation du CNV (centre national de la chanson, des variétés et du jazz) sur « l’action 01» spectacle vivant.

Dépenses d’intervention : Il s’agit donc des moyens dévolus aux labels (CDN, CCN scènes nationales, orchestres, etc.) et aux équipes de création (compagnies et ensembles dans le théâtre, la danse, la musique…). Une dotation globale de 362 M est allouée, soit la reconduction pure et simple.
Elles concernent d’une part les aides, fort diverses, allouées au niveau central, pour 61 M euros: aides à certaines équipes de création et à certains festivals importants (Avignon, Aix…), à des lieux (Théâtre ouvert, Rond Point etc.), à la structuration et l’économie du spectacle vivant, au fonds de professionnalisation (issu du protocole de 2006 sur l’indemnisation du chômage des intermittents, et maintenu à 5 M) etc…
Elles concernent d’autre part les subventions au fonctionnement et aux activités allouées sur crédits déconcentrés ainsi que les subventions d’investissement pour l’aménagement ou la construction de lieux et salles. Le montant des crédits déconcentrés est de 277 M euros.
Dans le détail, comparaison de 2010 à 2011:
+0 pour CDN (58 M), CCN (13 M), centres de création musicale (3 M), SMAC (6,6 M)
+0,7 M pour les scènes nationales (51,3 M)
-0,5 M pour les orchestres permanents ( 22 M)
-0,7 M pour les scènes conventionnées (10 M)
+0,1 M pour les centres chorégraphiques (1,7 M)
-0,2 M pour les opéras en régions (28 M)
+0 pour les équipes de création (48 M), dont 39 pour les équipes conventionnées, et 9 M pour les équipes non conventionnées (8,87 M exactement)
Les « autres lieux » (Garonne, Bastille, Maison de la Danse de Lyon, etc..) reçoivent 22 M, la variation de la classification ne permettant pas une comparaison certaine d’une année sur l’autre, et il en va de même à cet égard pour le cirque et les arts de la rue .
S’agissant des subventions d’investissement, le montant varie peu en CP, 22 M, soit -0,5 M, comme en AE, 23 M, soit -0,9 M.
2 - Les arts plastiques

Les crédits augmentent de 13 M, principalement, on l’a vu, en raison du lancement du Palais de Tokyo : ils passent de 57 M à 73 M en CP.
Le Palais de Tokyo bénéficie en dépenses d’investissement, de 13 M en CP (soit +12 M), et aussi de 3,7 M en dépenses d’intervention pour la société en charge de son fonctionnement. Tant mieux pour cette opération parisienne, quoique l’on puisse une fois de plus regretter que le soutien de la culture en région ne bénéficie presque jamais d’opérations aussi importantes.
Les aides sont aussi en hausse pour les crédits centraux (Jeu de Paume, salons, compensation à l’ACOSS (protection sociale des artistes).
Il en va de même pour les FRAC, et c’est un autre point positif de ce budget: +1,4 M pour leur fonctionnement, et dont le nombre passe de 19 à 22. Par contre, les aides baissent pour les centres d’art: -1,3 M, et on ne peut s’empêcher de penser que l’on donne à l’un ce que l’on prend à l’autre. Le nombre des centres d’art répertoriés, principalement aidés eux aussi par les collectivités territoriales, diminue d’ailleurs de 9, passant de 57 à 49, sans que l’on nous explique pourquoi. On sait du reste que ceux-ci ont fait l’objet d’une mission d’inspection, et que le ministère entend définir plus précisément leurs objectifs et leurs missions: avec moins d’argent sans doute?


IV – La transmission des savoirs et la démocratisation de la culture

1 – L’enseignement supérieur, l’éducation artistique et culturelle, l’enseignement spécialisé.
Les crédits de l’enseignement supérieur spécialisé sont en hausse de 3% : c’est un point positif. Ils augmentent tant pour le fonctionnement des établissements (écoles d’architecture, ESNBA, CNSM, etc.) que pour l’investissement.
Il faut en revanche déplorer la baisse des crédits destinés aux bourses : -1,5 M euros (élèves des écoles d’architecture, des écoles d’arts plastiques, des Cefedem ).
Les crédits destinés aux écoles d’arts plastiques, principalement financés, il convient de le rappeler, par les collectivités territoriales, sont en stricte reconduction (12,5 M euros), donc baissent compte tenu de l’inflation.
Par contre, et contrairement à ce qu’affirme le ministère, les crédits de l’éducation artistique et culturelle baissent de 2 M euros : de 33,5 M à 31,5 M, selon le document budgétaire transmis au Parlement.
L’enseignement spécialisé, c’est-à-dire en fait les établissements d’enseignement de la musique, de la danse et du théâtre, sont eux aussi en stricte reconduction (29,5 M) , donc aussi en baisse eu égard à l’inflation. Que les collectivités territoriales assument n’est-ce pas, faut-il lire entre les lignes, d’autant que ces crédits ont vocation à être décentralisés, en application de la loi de 2004 , qui précisément, peine à être appliquée. On comprend pourquoi ces crédits sont en baisse ou en stagnation depuis lors…

2 - L’accès à la culture

Il s’agit des crédits destinés aux cultures spécifiques, aux pratiques amateurs, aux actions de politiques territoriales, aux nouvelles pratiques culturelles.
Le dossier de presse ministériel annonce que ces crédits augmentent, mais le document budgétaire transmis au Parlement fait état d’une baisse, qui varie d’ailleurs curieusement selon les pages : de 1,5 M à 9 M, en passant par seulement 4 M, si l’on ose dire.
Dans le détail, les pratiques amateurs perdent officiellement 1,5 M, et les publics spécifiques 0,9 M, mais peut-être plus, allez savoir… Les nouvelles technologies gagnent en revanche 0,8 M, en phase avec les annonces ministérielles sur la priorité au numérique. En outre, 1,5 M euros sont consacrés à l’agence et l’année de l’outre mer.
3 - l’action culturelle internationale

Les crédits baissent, d’une année sur l’autre, de 8,5 M euros ; de 17,5 M à 9 M . Cette baisse pourrait s’expliquer par le fait qu’une part importante des moyens destinés à la promotion des industries culturelles françaises à l’étranger et à la coopération technique culturelle (fonds sud par exemple) ont été transférés à la Mission Media. Pourtant, il est bien précisé dans le document budgétaire que les chiffres ont été « retraités » d’une année sur l’autre. Alors ? Il est peut-être significatif de noter que le dossier de presse ministériel ne donne aucune indication sur l’action culturelle internationale. Bref, en l’état des documents disponibles, il n’est pas possible de donner un commentaire définitif sur cette action.
4 – Les fonctions de soutien du ministère
Ils regroupent l’ensemble des crédits de personnel et de fonctionnement courant.Ils baissent de 17 M d’une année sur l’autre : de 744 M à 727 M.
La RGPP est passée par là. Bien évidemment, pour le pouvoir, il y a tout lieu de s’en réjouir : la réduction du nombre des fonctionnaires et la rationalisation des moyens sont le viatique du pouvoir pour ce qui est de sa gestion de l’Etat. Certes, on ne saurait refuser l’amélioration du fonctionnement du service public et les économies de gestion, dès lors qu’elles sont pertinentes. Mais en l’espèce, tous les agents du ministère et les acteurs de la vie culturelle le constatent : la paupérisation de l’administration culturelle s’accroît dangereusement, contribuant à menacer la bonne exécution du service public culturel, et aussi à démoraliser les agents, pour la plupart attachés à leurs missions.

En application des schémas d’emplois 2010 et 2011, le ministère perd 83 emplois en équivalent temps plein. Le plafond d’emplois du ministère se situera donc à 11 413 emplois ETPT, équivalent temps plein travaillés)
Les dépenses de fonctionnement des crédits déconcentrés, les DRAC , sont diminués de 16 M euros. L’explication réside notamment dans le transfert aux préfets de région des moyens de fonctionnement et des loyers des DRAC et des STAP (services territoriaux de l’architecture et du patrimoine). Reste à savoir si l’autonomie de l’administration culturelle ne s’en ressentira pas…Une économie de 6% est aussi réalisée, nous explique-t-on avec fierté, sur les dépenses courantes (fournitures de bureau, parc automobile…).


V – Eléments sur la Mission Medias et industries culturelles

La précédente Mission « Medias » devient la Mission « Medias et industries culturelles », et le programme 180 »presse » devient le programme « presse, livre et industries culturelles ».
Si les crédits du ministère augmentent globalement, permettant au ministère de faire croire au « bon budget », c’est parce que les mécanismes d’alimentation des budgets de l’audiovisuel public et du cinéma sont en hausse, et non pas grâce à la politique du gouvernement.
Ainsi , le budget de l’audiovisuel public augmente du faitque la CAP (contribution à l’audiovisuel , ex-redevance) passe de 121 à 123 euros, du fait de son indexation sur l’inflation.

De même, le budget du CNC avoisinera 750 M euros en 2011. La bonne fréquentation en salles (+6,5 M de recettes de taxe sur le prix des places de cinéma, sur la base d’une hypothèse de 190 M d’entrées), la croissance du chiffres d’affaires des distributeurs de service de télévision, la progression espérée de la taxe video/VàD (+6,3 M) expliquent cette hausse attendue.

S’agissant du livre et de la lecture, on peut d’ores et déjà dire que la BNF, pour changer de Mission d’affectation, ne change pas pour autant de logique budgétaire. Ses moyens de fonctionnement, comme ceux des autres grands établissements publics nationaux, sont à la baisse : de 208 M à 206 M soit, -1% .
Il est enfin à noter que l’HADOPI bénéficiera d’une subvention de 12 M euros en 2011.

Audiovisuel, Médias, Patrimoine, Spectacle vivant

La section Culture du PS s’est réunie le 13 décembre 2010

06/01/2011

 

Thème central de cette réunion : rapports entre Ville et Culture.

Gaspard Gantzer (directeur de cabinet de Christophe Girard, Responsable culture de la Fondation Terra Nova) était l’invité de cette réunion-débat.

Dans la salle, de nombreux participants concernés par la culture ou issus du monde de la culture : artistes, metteurs-en-scène, jeunes artistes plasticiens, directeurs de structures et autres membres du milieu associatif ou syndical.

Membres présents de la C.A. :

Jean-Paul Bessières (secrétaire délégué), Pierre Balas (Trésorier), Rosine Young, François Adibi.

Le secrétaire de Sectio, après avoir annoncé avec joie la reprise des réunions de la section Culture à un rythme mensuel et régulier, ouvrit la discussion en évoquant le risque d’exclusion que représentait le projet du Grand Paris et ses infrastructures tentaculaires. Il exprimait son attente de voir apporter des réponses d’ordre culturel aux citoyens qui se partagent l’espace urbain. La culture générant du lien social, un des éléments chimiquement pur de la Ville.

Pierre Balas soulignait les grandes contradictions culturelles de la ville : le Grand Paris et ses infrastructures routières ou ferroviaires et l’incarnation de la ville par ses citoyens dans ses inégalités, qui fabrique de la précarité et de la déculturation. Pour lui il est essentiel de Reconstruire la Ville.

Gaspard Gantzer partage l’inquiétude concernant le projet du Grand Paris (la notion d’infrastructures faisant souvent abstraction de dimension culturelle). Pour lui, la culture n’est pas seulement un supplément d’âme mais l’élément central dans la construction de tout projet de société. La Gauche, quand elle était au pouvoir, avait placé très haut cette valeur, au service des habitants. Il y a trois principaux motifs d’exclusion.

Le seuil géographique (forme d’exclusion par la distance), la Mairie de Paris a pris toute une série d’initiatives publiques dans des espaces où les institutions culturelles faisaient défaut, pour exemple : l’aménagement de la Maison des Métallos , la réhabilitation des 3 Baudets, la création du 104…

En rééquilibrant l’espace publicafin que les habitants s’approprient les lieux et les codes culturels qui y sont associés : avec la création de Paris-Plage, la création ou la rénovation des bibliothèques, les médiathèques (Marguerite Duras dans le 20e)…

Le seuil économique : le choix de la gratuité pour l’ouverture des collections permanentes des musées de la Ville de Paris a généré une hausse de fréquentation de 30%, la Nuit Blanche est une manifestation à laquelle il est très attaché parce qu’elle permet à tous d’avoir accès à l’art contemporain, même chose pour la Fête de la Musique.

 

Le seuil de l’éducation : il constate qu’un certain nombre de pratiques culturelles sont en recul. Intéresser les jeunes à la culture passé

• par l’éducation et le projet de la majorité actuelle en matière d’éducation artistique n’est pas approprié d’où la nécessité d’agir pour nos grandes municipalités : Paris, Lille, Lyon par le jumelage des institutions culturelles et des écoles (quand par exemple les artistes se déplacent et investissent le Musée d’Art Moderne de Paris),

• par la qualités des professeurs de la Ville de Paris,

• par une plus grande interdisciplinarité des établissements culturels, par des propositions culturelles là où on ne les attend pas (métro, stations de tramway, etc).

Afin de retenir les artistes tentés par Berlin, Londres ou New York, Gaspard Gantzer nous signale les politiques volontaristes menées par Paris, Lille et Lyon pour favoriser l’accès au logement et aux résidences d’artistes. Il reste cependant nécessaire de créer des lieux de travail, des ateliers individuels ou collectifs.

Il salue l’influence positive d’acteurs privés qui font beaucoup de bien à certains quartiers tout entiers, à l’exemple des cinémas Gaumont, MK2 et Pathé et s’oppose à la thématique gouvernementale de « la culture pour chacun » en proposant de repenser une approche radicalement inverse : « une culture exigeante pour tous ».

Pour conclure, il souhaite que les villes ne restent pas à l’intérieur de leurs frontières et qu’il n’y ait pas d’opposition entre des territoires qui font partie d’un même ensemble. Au-delà des frontières du périph’, il y a des lieux qui doivent se multiplier.


Parmi les différentes interventions des participants, voici quelques thématiques qui se sont exprimées :

1) Les artistes et collectifs d’artistes peintres et sculpteurs, artistes plasticiens attendent  encore la promesse du 104 pour héberger leurs ateliers de création. Les cinémas indépendants méritent aussi d’être des lieux de convivialité afin de fédérer les publics anciens ou nouveaux. En province des expos tournantes d’artistes investissent des hangars. En présence des artistes des oeuvres exposées, ces lieux sont visités et en dehors du lien social qu’ils suscitent, ils génèrent l’appétit renouvelé des visiteurs pour l’art et la culture.

 

2) Si nous avons la chance d’une alternance en 2012, nous risquons de trouver très maigres les enveloppes budgétaires vouées à une politique culturelle ambitieuse. Il faudra faire avec nos moyens, reconnaissons le travail des associations culturelles qui fédèrent du lien social dans les quartiers, faudra-t-il augmenter les subventions ? Médiatiser les propositions culturelles dans les quartiers, au sortir des métros, des stations de bus ? Utiliser nos vedettes populaires pour faire valoir leurs goûts en matière de culture afin d’en faire la publicité.

 

3) On peut regretter l’éducation populaire, chère à Vitez, et la notion « d’élitisme pour tous » qui doit tous nous guider. L’exemple du Musée d’Art Contemporain de Vitry-sur-Seine ou le Mac Val qui mènent une politique active mais dont la fréquentation est problématique est parlant. Ivry-sur-Seine, avec ses 700 lofts d’artistes, est la première ville de France en termes d’artistes, mais Tokyo et Buenos-Aires semblent mieux la connaître que nous…

 

4) On assiste aujourd’hui à la progressive affirmation d’un quatrième secteur économique, celui des biens immatériels, qui dans le domaine de la culture joue un rôle majeur avec la dématérialisation des biens culturels. A l’heure où le budget européen de la culture sort peu à peu de sa relative atonie n’est-il pas indispensable de faciliter le lancement des politiques culturelles volontaristes auxquelles nous aspirons tous en ayant davantage recours à cet échelon encore insuffisamment exploré de l’action culturelle publique, l’Europe, avec le ressort du biais administratif et régional notamment ? La culture pouvant, à terme, devenir une clef centrale de l’économie.

 

5) On constate malheureusement que les politiques entreprises par la droite placent le patrimoine avant la culture et surtout avant la création. Cette situation nuit à l’émergence de nouveaux artistes.

 

6) Pour ce qui concerne la fréquentation, Monet par exemple peut être une locomotive et amener des publics nouveaux.

 

7) Il est indispensable de relancer l’éducation artistique dans les écoles (que l’on enseigne le langage de leur époque aux élèves : NDLR).

 

8) La médiation des agents d’accueil est très importante, elle devrait être étendue à l’extérieur des enceintes culturelles, dans la rue. Le fait d’avoir le BAFA aide à recevoir les enfants.

 

9) Les bâtiments existent, mais ce sont les hommes et leurs qualités particulières qui sont la vraie richesse de ces lieux.

 

10) Il faut souligner l’importance des squats dans les cultures émergentes comme c’est le cas de la maison des Ensembles. Le travail est rendu possible par la location de ces structures, comme c’est le cas au centre d’art contemporain d’Evry. Il ne faut pas se tromper. La droite commence à accumuler du savoir-faire en matière de culture…

 

11) La droite a cassé tous les acquis de la gauche en matière culturelle et a accouché d’un monde monopolaire dans les Médias, à la Télévision, à la Radio… Les nouveaux médias offrent des possibilités extraordinaires pour créer des contre-feux et des contre-pouvoirs médiatiques, comme c’est le cas par exemple de Rue89 et Médiapart. Le combat pour faire accéder les gens à la culture, qui pour l’instant repose sur des pouvoirs circulaires, qui se transmettent en comités restreints. Nest pas terminé. Il faut changer la donne.

 

12) Il faudra régler le problème de l’intermittence. Une manifestation au Palais Royal avait lieu ce jour là (NDLR)… Une révision de la convention générale de l’UNEDIC est à prévoir. Certains sont passés du statut d’intermittents à celui de fonctionnaire municipal. Ce n’est pas généralisable. L’intermittence est indispensable.

 

13) Face à la tentation de la finance, Il n’y a qu’à rappeler la manière dont ont été conduite les politiques Thatcheriennes au Royame-Uni. Tony Blair avait fait l’éloge du secteur privé. Nous avons été trahis par les financiers qui nous ont privés de nos moyens et cela aboutit aux catastrophes sociales auxquelles nous assistons actuellement.

 

14) Le temps est peut être venu de réfléchir à un statut d’intermittent européen qui pourrait permettre d’harmoniser cette problématique à l’échelon européen. L’idée est a priori bonne, mais attention aux péréquations européennes. Le statut des intermittents est beaucoup moins protecteur dans beaucoup de pays voisins.

 

15) Face à la disparition des espaces dédiés à la culture, la création de lieux nouveaux est souhaitable. Mais l’argent n’a pas obligatoirement besoin d’être investi dans le foncier.

 

16) Comparaison Paris / Berlin qui est une ville qui présente beaucoup de friches. Le coût de la vie est plus bas, ce qui est, là aussi, favorable à l’émergence d’une scène underground. Le marché de l’art est florissant en Allemagne. Les collectionneurs et les amateurs y sont nombreux, ce qui revient à poser la problématique de l’enseignement. Paris / NYC : Aux Etats-Unis, à NYC, le climat général était favorable aux artistes, au moins avant le boom immobilier de 1990, qui a chassé tout le monde de Manhattan vers Brooklyn, ou d’autres quartiers. Cela repose le problème de l’émigration des artistes… Et là aussi, on en revient à l’absolue nécessité de former à l’art et à l’enseignement, et on bute contre l’absence de moyens. En France notamment, le pays où le fait culturel est pourtant le mieux reconnu.

 

17) L’exemple du MK2 de Marseille sur la Canebière, est parlant puisqu’il est devenu un Pôle culturel, la culture de masse ouvrant à une culture plus exigeante, comme le souligne l’ouvrage de Frédéric Martel, « Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde » (Flammarion, 2010).

 

18) Il est scandaleux que les promoteurs imposent aux citoyens leur vision de la ville et qu’ils aient plus d’influence qu’eux sur la physionomie générale des territoires et finalement sur leurs politiques culturelles. Au 104, on constate qu’une politique plus marchande attire des publics, avec la bibliothèque, les bars, le manège, les manifestations, ce qui en augmente la convivialité mais ce ne sont pas les mêmes publics. C’est la problématique de l’argent avec une finance qui aujourd’hui a tendance à oppresser. Il faut là aussi changer ce rapport.

 

19) Le Barbizon est un bon exemple de ces endroits voués à la culture qui disparaissent pour des raisons financières. C’était un cinéma dirigé par une association, or le propriétaire chinois, qui l’avait abandonné, a fini par se souvenir qu’il possédait ce bâtiment. L’association a du trouver un nouveau local et le terrain a servi pour un nouveau projet immobilier…

 

20) Evocation de la situation Corse et de la friche de la Belle de Mai à Marseille. Il y a plus de trois cents associations en Corse et la politique de la droite consiste à choisir cent d’entre elles pour faire du saupoudrage plutôt que de financier les associations qui font un travail sérieux et efficace.


Audiovisuel, Culture en luttes, Education populaire, Hadopi, Médias, Patrimoine, secrétariat national culture, Section culture, Spectacle vivant

Communiqué de Patrick BLOCHE, Secrétaire national aux médias Et Razzy HAMMADI, Secrétaire national aux services publics

01/04/2009


Communiqué de

Patrick BLOCHE, Secrétaire national aux médias

Et Razzy HAMMADI, Secrétaire national aux services publics

 

Plan social à RFI, quand l’Etat ajoute de la crise à la crise

 
Patrick Bloche, député de Paris et secrétaire national chargé des médias et Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics ont rencontré hier et aujourd’hui la délégation intersyndicale (SNJ, FO, SNRT-CGT, SNJ-CGT) des représentants du personnel de RFI.

 Lors de ces deux entrevues ont été abordés successivement :

 -       Le plan social lancé en janvier portant sur la suppression de 206 postes soit 20% du personnel.

-       La suppression sans aucune concertation ni information, d’émissions à l’étranger et en direction des communautés étrangères en France menant au démembrement de la mission de service public de RFI, 3ème audience mondiale et à la remise en cause du rôle de la France à l’étranger.

-       La politique conduite par la direction de RFI, représentée par Alain de Pouzilhac (par ailleurs président du comité de surveillance du troisième groupe de casino en France) et par Christine Ochkrent, la compagne du ministre de tutelle de l’audiovisuel extérieur de la France, amène à une politique de casse sociale sous prétexte d’un « déficit chronique » (soit 7 millions d’euros sur un budget total de 130 millions), dont l’existence est principalement due au sous-financement chronique organisé par l’Etat.

Le Parti socialiste tient à rappeler sa solidarité à l’égard des personnels de RFI et sera mobilisé à leur côté dans le cadre des actions et initiatives qu’ils prendront dans les semaines qui viennent.

 Le Parti socialiste demande que le plan social de RFI soit abandonné et que l’Etat par le biais de l’AEF, remette de l’ordre, de la dignité, ainsi que du respect dans le comportement qui doit être le sien, notamment à la tête des entreprise publiques.

 Dans cette perspective, le Parti socialiste exige que le gouvernement  rende public, dans les plus brefs délais, le budget exact de RFI, et notamment la rémunération de ses dirigeants, qui connaît un plan social sans que les informations nécessaires à l’évaluation de son état de santé ne soit communiquées et débattues.

Culture en luttes, Médias

Communiqué de Patrick BLOCHE Secrétaire national aux médias

27/01/2009

Paris, le 23 janvier 2009

 Communiqué de Patrick BLOCHE

Secrétaire national aux médias

 En présentant ce matin ses vœux à la presse, Nicolas SARKOZY a rendu ses arbitrages à l’issue des Etats généraux de la presse, mettant de fait les journalistes en chômage technique puisqu’il a ainsi échappé à leurs traditionnelles questions.

 

 Force est de constater que les réponses ne sont pas à la hauteur de la grave crise que traverse la presse écrite dans notre pays. Alors que 2009 est annoncé comme une année noire pour la presse française et que les plans sociaux se multiplient, Nicolas SARKOZY s’est même payé le luxe de ne jamais évoquer, en une heure de discours, les licenciements collectifs qui touchent un secteur déjà marqué par la précarité. Pour préserver l’emploi dans ce secteur, il s’en remet visiblement et avant tout à la générosité des lecteurs ou mécènes dont les dons bénéficieront de réductions fiscales!

 

 Tout au long de son intervention, le Président de la République, n’a pas su trouver le nécessaire équilibre entre ceux qui éditent les journaux et ceux qui les font. Sa fascination pour les grands groupes de presse et sa sollicitude pour leurs actionnaires, dont nombre d’entre eux l’ont suivi du Fouquet’s à l’Elysée, l’ont amené systématiquement à privilégier la santé financière des journaux, leur recapitalisation et même leur rentabilité ! A contrario, rien de concret et de déterminant – juste une incantation pour le Chef de l’Etat – en faveur d’une presse libre, pluraliste et indépendante pourtant préoccupation majeure aujourd’hui des journalistes comme des citoyens.

 

 Sur le portage, Nicolas SARKOZY n’a pas été avare de propositions catégorielles visant à satisfaire tout le monde et, par là même, souvent contradictoires. Il est d’ailleurs à noter que la mesure d’exonération de cotisations sociales pour les marchands de journaux est temporaire : maigre compensation alors que le Président de la République annonce une explosion des points de vente et la nécessité de désormais distribuer les gratuits dans les kiosques.

 

 Par ailleurs, Nicolas SARKOZY se méfie tellement du Parlement, qu’il n’a annoncé aucune réforme législative majeure. Et pourtant, sur deux sujets essentiels (le droit d’auteur des journalistes à l’ère numérique et la reconnaissance juridique des équipes rédactionnelles) l’intervention du législateur est indispensable pour renforcer les droits légitimes des journalistes à une juste rémunération et à une indépendance éditoriale.

 

 Le Parti socialiste sera particulièrement vigilant sur le doublement annoncé et attendu de la communication institutionnelle et sa réorientation vers la presse écrite. Il ne s’agit pas en effet de confondre grandes causes d’intérêt national et communication gouvernementale partisane.

 

 Décidément, aujourd’hui Nicolas SARKOZY a manqué de souffle pour présenter le projet ambitieux fédérateur et refondateur qu’attendait toutes celles et tous ceux qui considèrent que les medias et leur indépendance sont un des piliers de notre démocratie. 

Médias