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« JE REPRENDRAI LA GRANDE AVENTURE CULTURELLE DE LA FRANCE »

22/03/2012

 

La France de la création s’est donné rendez-vous au cirque d’hiver à Paris, dimanche 18 mars à 18h. Stéphane Hessel, Mazarine Pingeot, Blanca Li et sa troupe, Djudjura, Gérald Dahan, Tatiana Rojo, les Neg’ Marrons, Baptiste Herbin et Michel Benita Stéphane Foenkinos, Ridan, Denis Podalydès, Joyce Jonathan, les élèves de l’école du cirque Fratellini, Aldo Romano… étaient présents sur scène pour faire vivre la Génération Création avec François Hollande, qui a clôturé le rassemblement par un discours.

 

L’intégralité du Discours de François Hollande au rassemblement de Génération Création

Mes chers amis, je viens conclure le spectacle, vous dire quelques mots, partager votre enthousiasme, vous dire aussi ma fierté d’être ici avec vous, artistes, créateurs, hommes et femmes de culture et aussi tant de militants qui veulent que le pays change. Il doit changer, il va changer.

Je vous remercie tous et toutes pour votre présence, votre soutien, votre espérance, que je partage. Dans cette campagne présidentielle, alors que tant de sujets étreignent au quotidien nos concitoyens, le chômage, la précarité, la vie chère, le logement, je veux aussi leur dire que l’avenir de notre pays passe par un grand projet : celui d’une culture qui ait sa place, qui permette à nos concitoyens de se retrouver dans une volonté commune, celle de nous dépasser nous-mêmes, celle d’être capables de rêver ensemble à un avenir où nous serions tous réunis dans une cause supérieure. Voilà pourquoi je veux mettre aussi la culture au cœur de l’engagement présidentiel.

Poursuivre le rêve français, c’est promouvoir l’élévation de la culture par la culture. Permettre aussi que notre nation retrouve son identité, la seule qui vaille : celle de nous permettre de vivre ensemble dans la diversité et en même temps dans le partage de valeurs communes, de principes qui nous unissent. La cohésion nationale est, en même temps que facteur de progrès, source de développement.

La Gauche et la culture ont toujours entretenu des relations exigeantes et tumultueuses. Il n’y a pas de plus belle cause pour la Gauche que de défendre la liberté, la dignité, le progrès, l’émancipation humaine. Et c’est pourquoi la Gauche a toujours mis la culture au premier rang de ses engagements. Les plus belles victoires de la Gauche ont été des victoires de la culture. Comment ne pas se souvenir de Léon Blum et de Jean Zay qui ont inventé des politiques culturelles, qui ont compris avant d’autres que l’éducation et la culture pouvaient être réunies dans la même ambition ? 1936, c’était une ambition culturelle autant qu’une libération économique et sociale.

1981, ce fut aussi une belle idée de la France et de la culture, cette capacité qu’ont eue François Mitterrand et Jack Lang de faire que la France puisse trouver liberté, fierté, imagination, progrès. Et lorsqu’on se souvient de 1981, ce sont de grandes journées qui durent encore, pour la musique, pour le patrimoine, pour l’accès de tous aux biens culturels – oui, aussi la libération de l’audiovisuel. Merci François Mitterrand. Merci Jack Lang.

Certes, la Gauche n’a pas le monopole de la culture et j’ai compris qu’il y avait des artistes qui ne me soutenaient pas dans cette élection. J’ai essayé d’en chercher les raisons. Elles sont nobles, en fait. Pourquoi y aurait-il une propriété, qui serait la nôtre, de l’espérance humaine ? Il faut accepter le pluralisme, il faut accepter la confrontation, la contradiction. Il faut aussi avoir du respect pour celles et ceux qui ne pensent pas comme nous. Et rien que d’avoir cette attitude nous distingue tellement de nos concurrents !

Je n’ai pas besoin, pour devenir Président, de penser que le candidat sortant a tous les défauts de la Terre – il en a beaucoup, mais ce n’est pas une affaire personnelle, je ne règle aucun compte ! Je n’ai pas besoin de considérer qu’il aurait fait tout mal – même s’il n’a pas fait tout bien. Je n’ai pas besoin de caricaturer, de dénaturer, de dénigrer pour être convaincant moi-même. C’est sur nos idées, c’est sur nos valeurs, sur nos principes, nos engagements que nous devons vaincre !

Et puisque le Président sortant ne défend pas son bilan, nous, nous pouvons défendre le nôtre. Et en matière culturelle, oui, nous pouvons là encore supporter la comparaison. Que s’est-il passé depuis cinq ans ? Il y a eu à la fois ce même ressort de penser que le marché pouvait avoir réponse à tout, y compris pour la culture, cette même culture du résultat qui ne fait pas grand-chose en matière culturelle, mais qui en définitive pose des chiffres avant de porter des ambitions. Et puis la disette budgétaire : pour la première fois, les crédits attribués aux scènes nationales ont été rognés, diminués, de la même manière que les politiques pour la démocratisation culturelle ont été amputées. Ce n’est pas parce que c’était un gouvernement et un président de droite. Il y avait eu d’autres ministres et d’autres présidents de droite, avant, qui avaient fait davantage. Il a donc une responsabilité particulière car même quand il s’agit de le comparer avec ses prédécesseurs de droite, ce n’est pas à son avantage.

Mais il y a eu pire : la désinvolture, l’indifférence, l’arrogance, la condescendance et l’accumulation de mauvais symboles. D’abord l’abandon de la culture générale dans les épreuves des grandes écoles : pourquoi avoir renoncé à cette exigence ? L’histoire, qui n’est plus enseignée dans les terminales de classe scientifique : pourquoi craindre le passé ? Et puis cette moquerie à l’égard des chef-d’œuvre de la littérature, au prétexte d’une scolarité difficile. J’étais au Salon du Livre. J’ai croisé des amoureux des lettres. Ils portaient un badge : ils défendaient la Princesse de Clèves, la malheureuse ! Jamais princesse dans l’histoire de la République n’aura reçu autant de soutiens populaires !

Le candidat sortant aura rompu une tradition. Chaque chef de l’Etat depuis 1958 avait eu, au cours de son mandat, à cœur de mener à bien un grand engagement, une grande ambition culturelle. Ce fut de Gaulle avec Malraux et les Maisons de la Culture. Ce fut Georges Pompidou et la création contemporaine avec le centre qui porte son nom. Ce fut Valéry Giscard d’Estaing avec le Musée d’Orsay. Ce fut François Mitterrand avec le Grand Louvre, la très grande Bibliothèque. Ce fut aussi Jacques Chirac avec le Musée du quai Branly. Mais du candidat sortant, que retiendra-t-on ? Ne soyez pas sévères. Un musée de l’histoire controversé, qui n’a pas vu le jour. Et bien oui, ce sera finalement au musée que sera défendue l’œuvre du candidat sortant !

Eh bien je reprendrai, si les Français m’en donnent mandat, la grande aventure culturelle de la France qui fait que, quelles que soient les difficultés du moment, il peut y avoir un rassemblement, une réunion, de tous les Français autour de grands équipements, de grands chantiers, de grandes missions, d’une volonté humaine qui est la nôtre, qui n’est pas de donner l’exemple à la Terre entière mais simplement d’être à un moment des pionniers, des inventeurs, des promoteurs de notre culture, de la culture du monde.

Je commencerai par rétablir l’autorité du ministère de la Culture, qui a deux vocations. Promouvoir la création, parce qu’elle est exigeante, parce qu’elle peut être coûteuse, parce qu’elle peut être menacée dans sa liberté. C’est le rôle du ministre de la Culture, de ses services, à chaque fois de préserver l’émergence, de favoriser la connaissance qui va à un moment apparaître, de prendre le risque de la liberté. Et puis, la deuxième vocation du ministère de la Culture, c’est de faire en sorte qu’il y ait une démocratisation culturelle, l’accès de tous aux biens, aux œuvres, aux manifestations de l’esprit, à l’émotion. Le budget du ministère de la Culture sera donc sanctuarisé, protégé, préservé.

Mais il faudra aller plus loin que ce seul ministère. Dans toutes les missions du gouvernement, il y a une part pour la culture : au ministère des Finances la fiscalité, au ministère de l’Education l’éducation artistique, si essentielle, au ministère de la Ville de permettre que dans les quartiers les plus reculés de la République il y ait aussi une reconnaissance de la culture qui s’éveille là, qui émerge, qui se diffuse, et même au ministère des Affaires étrangères, parce que nous avons à promouvoir la culture partout dans le monde, la langue française.

Mais nous devrons aussi établir un nouvel équilibre entre les moyens qui seront donnés aux grandes institutions qui rayonnent, qui sont magnifiques et aussi le soutien tellement attendu aux équipements culturels, aux compagnies, aux festivals, aux artistes. Oui, avoir ce sens de la répartition des crédits pour toutes les missions, et un nouveau modèle qui passera nécessairement par un contrat entre l’Etat et les collectivités locales.

Aujourd’hui villes – ici je suis à Paris qui, avec Bertrand Delanoë, présent parmi nous, est exemplaire en matière culturelle – départements, régions, assurent 60 % des dépenses en matière culturelle. Il faut donc un contrat entre ces collectivités et l’Etat pour poursuivre des missions qui peuvent être communes. A l’Etat de fixer le cap, de donner les objectifs, d’assurer cette vigilance sur la création d’être initiateur, incitateur, partenaire. Il doit être présent sans écraser. Il doit imposer sa vigilance sans arrogance. Mais nous avons aussi besoin de collectivités locales qui s’engagent dans la durée, qui puissent contribuer au financement des équipements et également au fonctionnement. Nous engagerons donc une nouvelle étape de la décentralisation. Elle vaudra aussi pour la culture !

Ensemble, nous aurons à soutenir l’émergence artistique. Je pense à ces femmes, à ces hommes qui font vivre les associations, les compagnies, les théâtres, les festivals, ceux qui mènent une vie difficile, éprouvante, qui s’inquiètent toujours par rapport à leurs financements, qui connaissent la précarité, la pauvreté, l’intermittence. Nous devrons donner de la durée à ces artistes, à ces créateurs, à ces promoteurs, à ces responsables associatifs, qu’ils ne soient pas toujours en train de guetter avec inquiétude les versements venant des collectivités locales et de l’Etat.

Et nous devons aussi assurer, comme partout ailleurs, le renouvellement des générations. J’ai proposé une grande idée, dans cette campagne présidentielle : le contrat de générations. Il vaut aussi pour la culture, ce compagnonnage du 21e siècle qui est au cœur de mon projet pour l’emploi et pour la jeunesse ! C’est bien qu’il soit étendu aussi aux entreprises culturelles. On néglige trop le savoir-faire des plus anciens. On verrouille les portes quand les jeunes demandent à y frapper. La transmission est essentielle dans la vie artistique comme partout. Je proposerai donc la mise en place systématique de résidences d’artistes dans toutes les institutions publiques, permettant d’assurer le passage de témoin.

C’est pour ce nouvel équilibre entre institution et équipement culturel, entre Etat et collectivités locales, entre artistes qui assurent le fonctionnement de nos institutions et l’émergence d’une nouvelle création, c’est pour assurer cette cohérence que je demanderai au Parlement de voter une loi d’orientation sur le spectacle vivant.

Mais la culture c’est l’égalité et tout commence à l’école. C’est à l’école que peuvent, comme le disait Jaurès, s’illuminer tous les soleils, c’est-à-dire toutes les consciences, toutes les émotions, tous les bonheurs d’apprendre. Les trésors de l’esprit humain sont à tout le monde et je ne veux pas qu’un seul enfant de notre pays puisse, à cause de l’endroit où il est né, du milieu où il a grandi, se dire un jour : l’art, la peinture, la sculpture, la culture au sens le plus vaste, ce n’est pas pour moi. Si, c’est pour chacun, c’est pour tous, c’est pour tout le monde. Tous les enfants de la République ont le droit à la culture, à la beauté, à l’émerveillement, à l’émotion, à l’émancipation, au bonheur de découvrir, de partager, de créer les œuvres de l’esprit.

La Gauche l’avait d’ailleurs bien compris, sous l’égide de Catherine Tasca et de Jack Lang, engageant un vaste plan pour le développement de l’éducation artistique. Quel dommage, pour je ne sais quelle raison, que ce plan ait été abandonné, oublié, interrompu ! Eh bien, nous le reprendrons. L’éducation artistique sera une des priorités de l’Education nationale. Les enseignants y seront bien sûr engagés, et les artistes aussi, qui viendront dans l’école de la République pour participer de cette grande aventure.

La culture, c’est aussi le patrimoine. Le patrimoine, c’est l’héritage. Le patrimoine, c’est la propriété de tous. Le patrimoine, c’est la Nation. Le patrimoine, c’est aussi un secteur économique où des métiers, des métiers menacés, des métiers d’artisans et des métiers d’artistes sont étroitement liés aux chantiers de restauration que les collectivités ou l’Etat engagent. Nous ferons en sorte que cette culture de l’art, cette culture du patrimoine puisse, à travers de grands chantiers de rénovation, être poursuivie, préservée, amplifiée. Ce sont des métiers qui doivent non seulement être protégés, mais être transmis.

Le patrimoine, c’est bien sûr le patrimoine historique, le patrimoine bâti, mais c’est aussi des collections, des œuvres. Je réaffirmerai en particulier le principe d’inaliénabilité des collections publiques aujourd’hui insidieusement remis en cause. Nous permettrons des programmes de numérisation des œuvres, qui correspondent à un ensemble de richesses qui nous appartiennent et qui ne peuvent pas être privatisées par des opérateurs, pour des opérateurs.

La culture c’est une langue, et la nôtre est belle, et la nôtre est belle nous unit. Parler, écrire la même langue, c’est employer les mêmes mots pour dire les mêmes craintes mais aussi les mêmes espérances. C’est partager des valeurs. Car les mots et la grammaire relient chaque individu à une vision du monde. Notre langue est le premier des liens qui nous rassemblent. Notre langue, c’est notre première République, celle que nous parlons.

Je n’accepte pas que plus de 15 % de notre jeunesse entre en classe de sixième sans maîtriser la langue française, sans cet acquis fondamental. Ces jeunes sont condamnés avant l’heure à l’exclusion, à une forme de relégation, à l’impossibilité d’accéder aux œuvres. L’apprentissage de la langue française sera donc, là encore, pour l’Education nationale, une exigence, un principe, une priorité.

Mais la langue est vivante. L’histoire de notre langue, c’est aussi une histoire de l’hospitalité française, de l’échange, du commerce immatériel. L’histoire d’une force, notre langue qui s’est intégrée sans renoncer, sans crainte, sans avoir peur de l’autre. Beaucoup de mots en usage dans notre langue sont des mots si je puis dire « immigrés », que nous avons accueillis d’autres langues, d’autres populations, et qui font aujourd’hui la richesse du français.

Je veux défendre notre langue, la langue française. Je veux même qu’elle soit davantage promue, défendue à l’extérieur. La francophonie est une grande cause, non pas pour la France mais pour ces 250 millions d’humains qui nous font le bonheur, qui nous donnent la fierté de parler notre langue, et qui nous reprochent souvent de la défendre si mal alors qu’eux, dans des pays très lointains, parlent le français parce qu’ils veulent parler une langue de liberté, une langue de culture.

Il y aura au lendemain de l’élection présidentielle un sommet de la francophonie, et je souhaite que le prochain président de la République en soit un des acteurs, non pas pour défendre sa langue, mais pour défendre la langue française au service de l’humanité, de la diversité culturelle.

Et puisque je parle de diversité, la langue française n’a rien à craindre des langues régionales ou des langues minoritaires. L’affirmation du français ne saurait refuser la diversité linguistique. Et là encore, je ferai ratifier la charte des langues régionales, parce que je considère que pour beaucoup de nos concitoyens qui parlent — et parlent merveilleusement — le français, c’est une richesse de plus que de parler une langue régionale.

La diversité, j’ai employé le mot. Nous l’appelons en France l’exception culturelle. Je veux ouvrir l’acte II de l’exception culturelle. L’acte premier avait été posé au lendemain de 1981 à travers le prix unique du livre, qui a sauvé le livre en France. Aujourd’hui, nous sommes devant un autre défi qui s’appelle le numérique. Le numérique, c’est un formidable moyen de favoriser l’accès du plus grand nombre à la culture. Cette technologie, nous devons bien l’adapter, nous en servir comme un instrument de libération et la mettre au service des valeurs que nous défendons. Nous ne pouvons pas simplement livrer cette technologie au marché, à l’argent, aux opérateurs qui ne se préoccupent pas des contenus mais qui essayent d’utiliser, en définitive, y compris la création des autres pour la capter et en faire richesse pour eux-mêmes.

Nous devrons, nous, reconnaître pleinement le droit d’auteur. Nous avions contesté en son temps la loi Hadopi parce que nous ne pouvions pas comprendre qu’il y ait cette opposition créée, entretenue, entre le créateur et l’internaute, et qu’il y ait d’abord l’expression d’une répression. Sur le sujet du numérique comme sur tant d’autres, le candidat sortant n’a fait qu’opposer les uns et les autres, comme si l’on pouvait opposer le créateur et son public. Et en même temps, nous aurons nous-mêmes, après avoir remplacé la loi Hadopi par une loi sur l’exception culturelle, à définir un nouveau modèle, un nouveau cadre économique et juridique pour l’Internet et pour les artistes. Je défendrai la liberté mais aussi les droits moraux, patrimoniaux des auteurs, écrivains, compositeurs, interprètes. Bref, nous avons à concilier, réconcilier une nouvelle fois.

Il y aura une réforme des droits intellectuels qui tiendra compte des nouvelles pratiques culturelles, qui garantira la liberté de création et son financement, et qui combattra les logiques de concentration. Il nous faudra faire vite et ensemble. Nous poserons trois principes fondamentaux : le développement massif de l’offre légale, la lutte contre la contrefaçon commerciale et l’élargissement des sources de financement. Nous assurerons ainsi et la protection des auteurs, et la possibilité pour le plus grand nombre d’accéder au moindre coût aux œuvres de l’esprit, et en même temps l’élargissement des sources de financement en les prenant chez les opérateurs et chez les industriels qui, finalement, bénéficient de la diffusion d’Internet.

Nous agirons aussi à l’échelle de l’Europe, car ces gros opérateurs, consommateurs de contenus, sont localisés dans des pays où ils ne payent pas d’impôt sur les sociétés, et ailleurs où ils ne payent pas de TVA. L’Europe devra harmoniser sa fiscalité par rapport à ces opérateurs qui s’enrichissent sans créer de contenu culturel. Parallèlement, je proposerai d’aligner au niveau du taux réduit de TVA la taxation de tous les biens culturels, quels qu’en soient les supports.

Enfin, il y a le livre qui affronte à son tour des bouleversements technologiques et économiques majeurs. Je favoriserai toutes les initiatives qui permettent de fédérer ce secteur — il y est prêt : éditeurs, libraires, auteurs — pour que sur des questions aussi importantes, là encore, que les transports, les plates-formes d’achat, les bases de données, l’innovation, il y ait des règles qui permettent de préserver le livre en tant que produit culturel de première importance.

Je sais aussi combien il faudra se battre pour le prix unique du livre numérique, combien il faudra agir aussi au niveau européen pour préserver cette exception.

Et enfin, nous devons faire tout pour que les libraires — ces libraires qui assurent non seulement la distribution des livres, mais aussi les conseils, l’animation autour du livre — puissent être partout présents sur le territoire. Ils sont menacés, et ils ont été encore affectés par la hausse de la TVA de 5,5 % à 7 % sur le livre. Cette mesure sera abrogée, et la TVA reviendra à 5,5 %.

En matière audiovisuelle se développent des chaînes, aujourd’hui, qui n’ont aucune obligation de financement de la création, et qui en plus affaiblissent toutes les autres qui ont cette contrainte, ou plus exactement ce devoir. Sont attribués six nouveaux canaux à quelques semaines de l’élection présidentielle, dans des conditions contestables et que je n’accepte pas. Ce sera une nouvelle fois à la puissance publique de faire en sorte qu’il y ait les mêmes obligations pour les mêmes chaînes dès lors qu’elles bénéficient des mêmes supports.

Nous devrons veiller aussi au financement du cinéma, qui doit tant aux chaînes publiques et à Canal +. Et méfions-nous qu’autour du financement du sport, il y ait une atteinte qui touche la chaîne cryptée et qui ensuite, faute de moyens, réduise son soutien au cinéma.

Quant à l’audiovisuel public, qui est un service public, il doit davantage contribuer à la création audiovisuelle et cinématographique. En France, ces chaînes publiques ont été, hélas, affaiblies par un système de financement sans cohérence et sans constance. Nous aurons à y mettre bon ordre pour que les chaînes, dans les cahiers des charges, soient davantage amenées à financer la création et le cinéma.

Et, pour que les choses soient claires puisque je parle de l’audiovisuel public, les présidents de ces chaînes seront nommés par une instance indépendante, ce qui évitera au prochain président de se mêler et de la nomination des présidents de ces chaînes, et même des directeurs de programmes, quand cela ne va pas plus bas dans la hiérarchie !

Enfin, il y a le cinéma. Chacun je crois, ici, a été fier du succès du film The Artist. Mais rappelons que c’est grâce à France 3, première chaîne à avoir eu confiance dans ce projet, puis à Canal +. Et si nous devons saluer ce succès, nous devons aussi rappeler l’originalité du financement du cinéma français, le rôle du Centre national du cinéma qui doit être préservé, garanti, ainsi que ses ressources. Avec également la chronologie des médias qui doit être absolument préservée si nous voulons éviter qu’il y ait une confusion dans les règles de financement. Et je n’oublie pas toutes les formes de cinéma : cinéma d’art et d’essai, créateurs et producteurs indépendants, bref, ce qui a fait notre modèle auprès des institutions européennes et qui fait qu’aujourd’hui, beaucoup de pays regardent vers la France pour que le cinéma puisse être partout aussi bien défendu, promu qu’en France, et donc partout en Europe.

L’exception culturelle ce n’est pas l’exception culturelle française, ce doit être l’exception culturelle européenne !

La culture, c’est aussi la découverte et donc l’attention, la vigilance à l’égard de tout ce qui émerge. Il faut remettre en cause un certain nombre de situations. Il faut éviter les rentes, même en matière culturelle. Il convient de renouveler les formes artistiques. Je l’ai dit, c’est le rôle du ministère de la Culture de retrouver cette exigence d’un regard nouveau, d’un regard complice à l’égard de la création. Aujourd’hui, trop peu de formes nouvelles, émergentes, sont soutenues. Je pense notamment aux cultures urbaines, aux cultures des quartiers qu’on regarde avec condescendance ou simplement dans le souci d’une bonne intégration. Non, ces cultures-là sont notre culture, pleinement !

Je serai attentif à l’avenir du Centre national de la musique, qui est une bonne idée à condition que ce soit à travers une bonne répartition de ce qui revient aux producteurs et de ce qui revient aux artistes. Parce que ce sont les artistes qui, en définitive, créent la musique que nous entendons.

La culture, c’est la liberté. Quand je dis la liberté, c’est la liberté de création, c’est la liberté de diffusion, mais c’est aussi la liberté pour les créateurs de ne pas être sous l’influence de toutes les formes d’intégrisme. Aucune atteinte, aucune entrave à la liberté de créer ne doit être tolérée, aucun sectarisme ne peut être accepté. Il y a des spectacles en France qui, hélas, suscitent des manifestations, des protestations, et parfois des tentatives d’empêchement. Cela s’est passé ici même à Paris. Et il y a même des formes de violence à l’égard de ceux qui créent — je pense à notre ami Jean-Michel Ribes qui a été à plusieurs reprises victime d’un certain nombre de ces tentatives d’intimidation. Je veux lui dire mon soutien.

La liberté, c’est aussi celle d’écrire et d’informer. L’indépendance de la presse est vitale pour notre démocratie. Je proposerai d’ouvrir, là encore, un débat sur les moyens de renforcer la presse d’information politique et générale. Il y a eu l’idée d’états généraux de la presse, qui n’a comme souvent été traduite par rien mais qui ne doit pas être gâchée.

Nous aurons donc à cœur de tenir deux principes.

Le premier, c’est que l’exigence de pluralisme oblige à un réexamen de l’ensemble des aides à la presse, pour qu’elles soient destinées à la presse d’information politique et générale, si importante pour notre démocratie.

Le deuxième principe, c’est que nous devons encore renforcer la loi sur la protection des sources des journalistes, si malmenée depuis plusieurs mois.

Là encore, nous devons soutenir la modernisation de la presse qui, elle aussi, est confrontée au numérique. Nous avons besoin d’une presse indépendante, libre, mais aussi forte sur le plan économique.

Enfin, je veux terminer par une dernière exigence. La culture, c’est l’ouverture aux autres. La création française est appréciée partout dans le monde. C’est notre fierté. Et en même temps, quel regret de voir des instituts cultures à l’étranger qui ferment, des moyens pour la promotion de notre langue remis en cause ! Comment accepter, aussi, que la France si riche de ses artistes régresse sur le marché de l’art ? Et comment admettre que les aides qui étaient jusque-là à la création africaine – notamment à la danse, aux arts plastiques, à son cinéma – aient été aussi mises en cause ? Comment accepter, alors que nos festivals vivent avec des artistes étrangers, que certains n’aient pas pu venir en France parce qu’ils n’ont pas disposé des visas indispensables ? De quoi avons-nous peur ? Quelle image voulons-nous donner ?

La culture, c’est l’échange. C’est le partage. C’est aussi donner ce que l’on a de mieux, c’est-à-dire les artistes, c’est-à-dire les hommes. C’est ne rien craindre de l’autre. Et puis, il y a les gestes qu’il convient de faire. Un symbole parmi les autres doit être notre présence culturelle en Grèce. Il y a, à Athènes, l’Institut français. Je souhaite qu’il soit non seulement préservé, mais renforcé – pour que nous disions aux Grecs qui souffrent aujourd’hui combien nous sommes reconnaissants à la Grèce de sa culture, de son théâtre, de sa démocratie. Nous leur devons tant, aux Grecs, que nous pouvons aussi leur offrir, nous, notre présence à Athènes à travers un institut culturel !

Et puis le prochain président de la République devra de nouveau ouvrir le chemin de l’Europe de la culture. Depuis la création de la chaîne Arte en 1992, rien n’a véritablement été entrepris. Où sont les programmes de coopération scientifique, tel Euréka ? Comment avons-nous pu accepter qu’ils disparaissent ? Et ce magnifique Erasmus qui permet – c’est un tel bonheur ! – aux étudiants d’ouvrir leur intelligence en allant poursuivre leurs études dans un pays étranger ? Pourquoi n’a-t-on pas davantage développé ces programmes ? Pourquoi ne les a-t-on pas ouverts à tous les jeunes, mais simplement aux jeunes étudiants ? Pourquoi, chaque année, seulement 25 000 jeunes Français en bénéficient-ils ?

La culture devrait inspirer tant de projets ! Je salue, par exemple, l’initiative Europeana – mise en réseau des grandes bibliothèques européennes –, dans lequel s’inscrit le projet Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Grand projet ! Beau projet qui a permis, justement, que la numérisation des œuvres reste dans le domaine public. Et c’est la preuve que Google n’est pas le seul acteur possible en la matière, et que les initiatives publiques sont pertinentes et efficaces pour valoriser notre patrimoine commun.

La culture, c’est la curiosité. Une vertu qui est celle de la jeunesse. Une vertu qui est celle des scientifiques, des créateurs, des artistes. Une vertu indispensable pour penser, imaginer le monde. Plus que jamais, il nous faut mobiliser nos capacités d’intelligence, de création, de savoir, de recherche. On nous dira : mais ce n’est pas urgent. Il y a tant de choses qui ne peuvent pas attendre ! N’oublions pas la mise en garde d’Edgar Morin : le plus souvent, on sacrifie l’essentiel à l’urgence, alors que l’urgence, c’est l’essentiel. Et l’urgence aujourd’hui, c’est aussi de participer à l’effort de culture, de création, de savoir, de recherche !

J’entends encore la voix de François Mitterrand en ce jour du printemps 1995, où il accueillait au Panthéon les cendres de Pierre et Marie Curie. « Le destin des civilisations », disait-il, « n’est pas de redouter la connaissance des choses, mais de la maîtriser. Le refus du savoir, la crainte de la pensée créatrice sont le propre des sociétés perdues ». Nous devons donc faire en sorte que notre société n’ait rien à craindre de la connaissance, de la création, du savoir. C’est la plus belle aventure humaine qui soit !

Nous avons plus que jamais besoin de sciences, de sciences humaines, de sciences exactes, de chercheurs, de créateurs. Toujours davantage besoin de croiser nos regards, de comprendre le réel, d’imaginer l’avenir. Il y a plusieurs manières de mal préparer l’avenir. Trois manières de passer un bien mauvais relais aux générations qui nous suivent. La première mauvaise manière, c’est d’accumuler les dettes sur les dépenses courantes : la Droite l’a fait.

La deuxième manière, qui n’est pas moins malfaisante et destructrice, c’est de ne pas investir dans les secteurs d’avenir. La plupart de nos concurrents font mieux que nous, parce que nous, ou plus exactement les autres ont sacrifié cette perspective. Et comment a-t-on pu laisser s’installer une hiérarchie des rémunérations qui donne si peu à voir des exigences de demain ? Comment un trader peut-il être payé dix fois un ingénieur et vingt fois un chercheur ? Quel signe envoie-t-on ! Quelle échelle des valeurs ! Quelle fausse image pour comprendre nos priorités ! Oui, créer, inventer, mérite quand même mieux que de spéculer.

Mais il y a une dernière manière de mal préparer l’avenir – c’est la pire : c’est la fermeture. La fermeture dans sa discipline. La fermeture dans sa catégorie. La fermeture dans son territoire, dans son quartier. La fermeture dans ses certitudes. La fermeture dans son idéologie. La fermeture dans ses préjugés. On s’enferme aussi derrière ses frontières. C’est contraire au génie traditionnel de la France qui est fait d’accueil, de compréhension, de fierté ! Comment peut-on freiner, limiter l’entrée sur notre territoire des étudiants de qualité qui demandent à pouvoir servir les universités françaises, la recherche française, la création française, et qui veulent être des ambassadeurs parlant notre langue, connaissant notre culture, qui porteront ailleurs ce qu’ils auront trouvé ici ?

La France est une grande Nation. Elle ne peut pas être déterminée par la peur. Elle ne peut pas être soumise simplement à des craintes. Elle ne peut pas être fermée. Elle est ouverte. La France mérite un grand destin ! Elle ne peut pas être dans le repli. La France a traversé tant de crises qu’elle sait surmonter les épreuves. La France ne peut pas abandonner une grande ambition. Le monde est menaçant, et alors ? Nous savons que nous pouvons être capables de le dominer. La finance est forte, et alors ? La démocratie doit être plus forte encore que les marchés. L’Europe – la belle Europe, la grande Europe –, l’Europe est tentée par l’austérité généralisée à travers un traité, et alors ? Nous pouvons être capables de le renégocier si le peuple français en décide. C’est l’enjeu du scrutin qui s’annonce !

Voilà pourquoi en venant ici parmi vous, amis artistes, créateurs, et tout simplement amis de la culture, je suis dans le sujet. Je suis dans le rendez-vous de l’élection présidentielle, qui est toujours la confrontation entre la peur et l’espoir, entre le repli et l’ouverture, entre la caricature et l’imagination. Je crois au génie de la France. C’est pourquoi je fais confiance à sa culture, à sa recherche, à la pensée – c’est-à-dire, finalement, à ce que nous sommes capables de faire le mieux ensemble. Et que nous devons faire partager non seulement à tous les citoyens, quels que soient leur condition, leur quartier, leur situation. Partout, la culture doit être au service de l’émancipation, au service de l’égalité, au service de l’émotion. Partout, nous devons faire que la culture soit un sujet de fierté commune.

Et c’est pour cette raison que je suis candidat à l’élection présidentielle autour d’un projet qui porte la jeunesse, la jeunesse de France au cœur de mes engagements !

Je suis candidat à l’élection présidentielle dans un moment très difficile pour notre pays, pour l’Europe, pour le monde. Et je veux aussi repenser, réinventer le rêve français, ce beau rêve qui consiste à croire, à vouloir que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre ! C’est ce rêve-là que nous devons encore faire partager.

Et ce rêve, il est aussi un rêve de culture, un rêve de savoir, un rêve de connaissance qui fait que la France pense être en avance sur le reste du monde, tout en ayant le souci, le respect d’offrir ce qu’elle fait de mieux, ce qu’elle crée de mieux à tous les pays du monde.

Voilà pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle : pour que le rêve français, pour que le changement vienne ! Que le changement vienne vite !

Il est là ! Cinq semaines avant le premier tour. Beaucoup va se jouer au premier tour. Sept semaines avant le 6 mai ! Le 6 mai, ce sera un grand jour pour la France, pour la République et pour la culture !

Merci !

Audiovisuel, Culture en luttes, Education populaire, Médias, Patrimoine, secrétariat national culture, Section culture, Spectacle vivant

La section Culture du PS s’est réunie le 13 décembre 2010

06/01/2011

 

Thème central de cette réunion : rapports entre Ville et Culture.

Gaspard Gantzer (directeur de cabinet de Christophe Girard, Responsable culture de la Fondation Terra Nova) était l’invité de cette réunion-débat.

Dans la salle, de nombreux participants concernés par la culture ou issus du monde de la culture : artistes, metteurs-en-scène, jeunes artistes plasticiens, directeurs de structures et autres membres du milieu associatif ou syndical.

Membres présents de la C.A. :

Jean-Paul Bessières (secrétaire délégué), Pierre Balas (Trésorier), Rosine Young, François Adibi.

Le secrétaire de Sectio, après avoir annoncé avec joie la reprise des réunions de la section Culture à un rythme mensuel et régulier, ouvrit la discussion en évoquant le risque d’exclusion que représentait le projet du Grand Paris et ses infrastructures tentaculaires. Il exprimait son attente de voir apporter des réponses d’ordre culturel aux citoyens qui se partagent l’espace urbain. La culture générant du lien social, un des éléments chimiquement pur de la Ville.

Pierre Balas soulignait les grandes contradictions culturelles de la ville : le Grand Paris et ses infrastructures routières ou ferroviaires et l’incarnation de la ville par ses citoyens dans ses inégalités, qui fabrique de la précarité et de la déculturation. Pour lui il est essentiel de Reconstruire la Ville.

Gaspard Gantzer partage l’inquiétude concernant le projet du Grand Paris (la notion d’infrastructures faisant souvent abstraction de dimension culturelle). Pour lui, la culture n’est pas seulement un supplément d’âme mais l’élément central dans la construction de tout projet de société. La Gauche, quand elle était au pouvoir, avait placé très haut cette valeur, au service des habitants. Il y a trois principaux motifs d’exclusion.

Le seuil géographique (forme d’exclusion par la distance), la Mairie de Paris a pris toute une série d’initiatives publiques dans des espaces où les institutions culturelles faisaient défaut, pour exemple : l’aménagement de la Maison des Métallos , la réhabilitation des 3 Baudets, la création du 104…

En rééquilibrant l’espace publicafin que les habitants s’approprient les lieux et les codes culturels qui y sont associés : avec la création de Paris-Plage, la création ou la rénovation des bibliothèques, les médiathèques (Marguerite Duras dans le 20e)…

Le seuil économique : le choix de la gratuité pour l’ouverture des collections permanentes des musées de la Ville de Paris a généré une hausse de fréquentation de 30%, la Nuit Blanche est une manifestation à laquelle il est très attaché parce qu’elle permet à tous d’avoir accès à l’art contemporain, même chose pour la Fête de la Musique.

 

Le seuil de l’éducation : il constate qu’un certain nombre de pratiques culturelles sont en recul. Intéresser les jeunes à la culture passé

• par l’éducation et le projet de la majorité actuelle en matière d’éducation artistique n’est pas approprié d’où la nécessité d’agir pour nos grandes municipalités : Paris, Lille, Lyon par le jumelage des institutions culturelles et des écoles (quand par exemple les artistes se déplacent et investissent le Musée d’Art Moderne de Paris),

• par la qualités des professeurs de la Ville de Paris,

• par une plus grande interdisciplinarité des établissements culturels, par des propositions culturelles là où on ne les attend pas (métro, stations de tramway, etc).

Afin de retenir les artistes tentés par Berlin, Londres ou New York, Gaspard Gantzer nous signale les politiques volontaristes menées par Paris, Lille et Lyon pour favoriser l’accès au logement et aux résidences d’artistes. Il reste cependant nécessaire de créer des lieux de travail, des ateliers individuels ou collectifs.

Il salue l’influence positive d’acteurs privés qui font beaucoup de bien à certains quartiers tout entiers, à l’exemple des cinémas Gaumont, MK2 et Pathé et s’oppose à la thématique gouvernementale de « la culture pour chacun » en proposant de repenser une approche radicalement inverse : « une culture exigeante pour tous ».

Pour conclure, il souhaite que les villes ne restent pas à l’intérieur de leurs frontières et qu’il n’y ait pas d’opposition entre des territoires qui font partie d’un même ensemble. Au-delà des frontières du périph’, il y a des lieux qui doivent se multiplier.


Parmi les différentes interventions des participants, voici quelques thématiques qui se sont exprimées :

1) Les artistes et collectifs d’artistes peintres et sculpteurs, artistes plasticiens attendent  encore la promesse du 104 pour héberger leurs ateliers de création. Les cinémas indépendants méritent aussi d’être des lieux de convivialité afin de fédérer les publics anciens ou nouveaux. En province des expos tournantes d’artistes investissent des hangars. En présence des artistes des oeuvres exposées, ces lieux sont visités et en dehors du lien social qu’ils suscitent, ils génèrent l’appétit renouvelé des visiteurs pour l’art et la culture.

 

2) Si nous avons la chance d’une alternance en 2012, nous risquons de trouver très maigres les enveloppes budgétaires vouées à une politique culturelle ambitieuse. Il faudra faire avec nos moyens, reconnaissons le travail des associations culturelles qui fédèrent du lien social dans les quartiers, faudra-t-il augmenter les subventions ? Médiatiser les propositions culturelles dans les quartiers, au sortir des métros, des stations de bus ? Utiliser nos vedettes populaires pour faire valoir leurs goûts en matière de culture afin d’en faire la publicité.

 

3) On peut regretter l’éducation populaire, chère à Vitez, et la notion « d’élitisme pour tous » qui doit tous nous guider. L’exemple du Musée d’Art Contemporain de Vitry-sur-Seine ou le Mac Val qui mènent une politique active mais dont la fréquentation est problématique est parlant. Ivry-sur-Seine, avec ses 700 lofts d’artistes, est la première ville de France en termes d’artistes, mais Tokyo et Buenos-Aires semblent mieux la connaître que nous…

 

4) On assiste aujourd’hui à la progressive affirmation d’un quatrième secteur économique, celui des biens immatériels, qui dans le domaine de la culture joue un rôle majeur avec la dématérialisation des biens culturels. A l’heure où le budget européen de la culture sort peu à peu de sa relative atonie n’est-il pas indispensable de faciliter le lancement des politiques culturelles volontaristes auxquelles nous aspirons tous en ayant davantage recours à cet échelon encore insuffisamment exploré de l’action culturelle publique, l’Europe, avec le ressort du biais administratif et régional notamment ? La culture pouvant, à terme, devenir une clef centrale de l’économie.

 

5) On constate malheureusement que les politiques entreprises par la droite placent le patrimoine avant la culture et surtout avant la création. Cette situation nuit à l’émergence de nouveaux artistes.

 

6) Pour ce qui concerne la fréquentation, Monet par exemple peut être une locomotive et amener des publics nouveaux.

 

7) Il est indispensable de relancer l’éducation artistique dans les écoles (que l’on enseigne le langage de leur époque aux élèves : NDLR).

 

8) La médiation des agents d’accueil est très importante, elle devrait être étendue à l’extérieur des enceintes culturelles, dans la rue. Le fait d’avoir le BAFA aide à recevoir les enfants.

 

9) Les bâtiments existent, mais ce sont les hommes et leurs qualités particulières qui sont la vraie richesse de ces lieux.

 

10) Il faut souligner l’importance des squats dans les cultures émergentes comme c’est le cas de la maison des Ensembles. Le travail est rendu possible par la location de ces structures, comme c’est le cas au centre d’art contemporain d’Evry. Il ne faut pas se tromper. La droite commence à accumuler du savoir-faire en matière de culture…

 

11) La droite a cassé tous les acquis de la gauche en matière culturelle et a accouché d’un monde monopolaire dans les Médias, à la Télévision, à la Radio… Les nouveaux médias offrent des possibilités extraordinaires pour créer des contre-feux et des contre-pouvoirs médiatiques, comme c’est le cas par exemple de Rue89 et Médiapart. Le combat pour faire accéder les gens à la culture, qui pour l’instant repose sur des pouvoirs circulaires, qui se transmettent en comités restreints. Nest pas terminé. Il faut changer la donne.

 

12) Il faudra régler le problème de l’intermittence. Une manifestation au Palais Royal avait lieu ce jour là (NDLR)… Une révision de la convention générale de l’UNEDIC est à prévoir. Certains sont passés du statut d’intermittents à celui de fonctionnaire municipal. Ce n’est pas généralisable. L’intermittence est indispensable.

 

13) Face à la tentation de la finance, Il n’y a qu’à rappeler la manière dont ont été conduite les politiques Thatcheriennes au Royame-Uni. Tony Blair avait fait l’éloge du secteur privé. Nous avons été trahis par les financiers qui nous ont privés de nos moyens et cela aboutit aux catastrophes sociales auxquelles nous assistons actuellement.

 

14) Le temps est peut être venu de réfléchir à un statut d’intermittent européen qui pourrait permettre d’harmoniser cette problématique à l’échelon européen. L’idée est a priori bonne, mais attention aux péréquations européennes. Le statut des intermittents est beaucoup moins protecteur dans beaucoup de pays voisins.

 

15) Face à la disparition des espaces dédiés à la culture, la création de lieux nouveaux est souhaitable. Mais l’argent n’a pas obligatoirement besoin d’être investi dans le foncier.

 

16) Comparaison Paris / Berlin qui est une ville qui présente beaucoup de friches. Le coût de la vie est plus bas, ce qui est, là aussi, favorable à l’émergence d’une scène underground. Le marché de l’art est florissant en Allemagne. Les collectionneurs et les amateurs y sont nombreux, ce qui revient à poser la problématique de l’enseignement. Paris / NYC : Aux Etats-Unis, à NYC, le climat général était favorable aux artistes, au moins avant le boom immobilier de 1990, qui a chassé tout le monde de Manhattan vers Brooklyn, ou d’autres quartiers. Cela repose le problème de l’émigration des artistes… Et là aussi, on en revient à l’absolue nécessité de former à l’art et à l’enseignement, et on bute contre l’absence de moyens. En France notamment, le pays où le fait culturel est pourtant le mieux reconnu.

 

17) L’exemple du MK2 de Marseille sur la Canebière, est parlant puisqu’il est devenu un Pôle culturel, la culture de masse ouvrant à une culture plus exigeante, comme le souligne l’ouvrage de Frédéric Martel, « Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde » (Flammarion, 2010).

 

18) Il est scandaleux que les promoteurs imposent aux citoyens leur vision de la ville et qu’ils aient plus d’influence qu’eux sur la physionomie générale des territoires et finalement sur leurs politiques culturelles. Au 104, on constate qu’une politique plus marchande attire des publics, avec la bibliothèque, les bars, le manège, les manifestations, ce qui en augmente la convivialité mais ce ne sont pas les mêmes publics. C’est la problématique de l’argent avec une finance qui aujourd’hui a tendance à oppresser. Il faut là aussi changer ce rapport.

 

19) Le Barbizon est un bon exemple de ces endroits voués à la culture qui disparaissent pour des raisons financières. C’était un cinéma dirigé par une association, or le propriétaire chinois, qui l’avait abandonné, a fini par se souvenir qu’il possédait ce bâtiment. L’association a du trouver un nouveau local et le terrain a servi pour un nouveau projet immobilier…

 

20) Evocation de la situation Corse et de la friche de la Belle de Mai à Marseille. Il y a plus de trois cents associations en Corse et la politique de la droite consiste à choisir cent d’entre elles pour faire du saupoudrage plutôt que de financier les associations qui font un travail sérieux et efficace.


Audiovisuel, Culture en luttes, Education populaire, Hadopi, Médias, Patrimoine, secrétariat national culture, Section culture, Spectacle vivant

Rencontre entre la CPCA et le Haut-commissaire à la Jeunesse : les discussions sont engagées.

01/02/2009

Communiqué de presse – 23 janvier2009 

Suite à la demande de la CPCA de rencontrer le nouveau Haut-commissaire à la Jeunesse, M. Martin Hirsch a reçu M. Jacques Henrard, Président de la Conférence permanente des coordinations associatives le 22 janvier, pendant plus d’une heure.  

 Cette entrevue a permis à M. Henrard de rappeler les enjeux actuels portés par la vie associative, à commencer par la rénovation du cadre partenarial entre associations et État sur la base d’une confiance, d’une reconnaissance et d’une représentation à hauteur de ce que représente le mouvement associatif.  

 « Le fait que Martin Hirsch ait la main sur des dossiers transversaux est très intéressant à condition qu’il puisse bénéficier de moyens financiers conséquents », a précisé Jacques Henrard, qui a qualifié par ailleurs la rencontre de « constructive », et qui a permis d’évoquer de nombreux dossiers, parmi lesquels : 

 - le paradoxe qui consiste à diminuer les subventions aux associations tout en leur demandant de prendre des emplois aidés en grand nombre,  

 - la contradiction entre les besoins de formations des bénévoles et les crédits actuellement disponibles,  

 - l’évolution du Conseil National de la Vie Associative (CNVA) vers un véritable lieu d’expertise,  

- la sécurisation du financement des associations, que ce soit du point de vue de la baisse 

des crédits constatés dans la loi de finances 2009, comme des enjeux de la transposition des règles européennes ;  

 - la place des associations au sein du Conseil économique, social et environnemental. 

 Le Président de la CPCA a par ailleurs indiqué à Martin Hirsch que les associations créent de l’emploi durable et non délocalisable, et qu’en ce sens, elles devaient participer au plan de relance du gouvernement. » 

 Enfin, Jacques Henrard indique attendre encore une réponse concernant la tenue d’une deuxième conférence nationale de la vie associative au cours du premier semestre 2009 et que le Haut- commissaire lui a promis de revoir la CPCA assez rapidement pour reparler de toutes ces questions. 

 Une promesse que nous ne manquerons pas de lui rappeler.  

 Quelques chiffres :  

 - Le monde associatif français est la première force collective du pays avec plus de 200 créations d’associations par jour et une confiance à plus de 80% de la population dans ses actions. 

- Avec près de 2 millions de salariés et plus de 180 000 structures employeurs pour un budget de 60 milliards d’euros, le secteur associatif représente une force économique supérieure à 

l’industrie automobile ou à l’agriculture.  

- Le secteur créé en moyenne deux fois plus d’emplois que le reste de l’économie

- 14 millions de bénévoles font vivre plus d’un million d’associations et autant de projets et d’activités d’intérêt général partout en France au service de la vie quotidienne de la population 

 ———– 

Contact Presse : Erik Lavarde, CPCA, 28 place Saint-Georges, 01 40 36 80 10,http://cpca.asso.fr 

 La Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA) est l’instance où se rassemblent les différentes structures sectorielles et affinitaires représentatives des divers domaines de l’activité associative. Elle est un lieu d’interlocution politique indépendant qui travaille à une reconnaissance pleine et entière des valeurs et intérêts du monde associatif dans la société française. La CPCA regroupe aujourd’hui 16 coordinations associatives structurées nationalement, représentant près de 700 fédérations soit plus de 500 000 associations en France 

Education populaire

De la relégation… durable… de la Jeunesse ?

01/02/2009

L’éducation populaire est morte! Vive l’éducation populaire!

 

Le Président Sarkozy a utilisé plusieurs fois dans ses discours la figure de l’éducation populaire. N’est-elle que de convenance rhétorique?cosmétique?

En supprimant un ministère de plein exercice, et en le faisant régresser à un Haut Commissariat à la Jeunesse, soit cinquante ans en arrière, il donne l’image, contre productive, d’un entrepreneur qui aurait investi pendant un demi siècle et en refuserait et le retour sur investissement et les bénéfices immatériels.

 

Sait-il quel bien précieux, il s’apprête à détruire?

 

En parcourant les figures du discours politique de la Jeunesse, -allégorie-, de la Culture,- métaphore-, du Développement Durable,-oxymore-, les déclinaisons de développement culturel, démocratie culturelle, démocratisation culturelle, de vie associative, de Grenelle de l’environnement, d’Union pour la Méditerranée, de co-développement,… un outil, un moyen apparaît récurrent, incontournable pour qui veut inscrire son action sur la durée, transmettre un patrimoine aux jeunes générations et demeurer dans l’Histoire (pas le musée de l’histoire), l’Histoire: c’est l’éducation.

Les collages institutionnels interministériels de « révision… », de simplification, n’annulent en rien le coût cumulé de la manie politique d’empilement lexical dit d’ « effet catalogue ».

 Or, l’essentiel est là, demeure irréductible: un Etat ne peut brader l’éducation.

Un grand homme d’Etat ne peut faire l’impasse sur l’éducation, encore moins sur l’éducation pour tous, dans un esprit d’égalité d’accès et de traitement.

Métaphore pour métaphore, c’est la poule au pot qu’il supprime.

 De la même manière, il ne peut pas parler d’habeas corpus, et laisser tolérer des exemples du non respect de la dignité de l’homme, et du petit d’homme: le « Jeune ».

S’agirait-il alors prosaïquement de jeter le bébé avec l’eau du bain, à l’heure où il descend dans la rue, et est-ce bien responsable et courageux  politiquement? L’éducation n’est pas le formatage et la transmission rigide, ni un prétexte pour n’exercer, et sans discernement, sans le mécanisme d’indépendance des pouvoirs, la violence légale qui pourrait alors ne plus l’être.

 La Bataille de la Culture, c’est la Bataille du Droit! Identité ou Diversité, telle est  la question!

 Or, l’éducation populaire est ce phénix : « transversale » se déployant en dehors du temps et du lieu de l’école, vecteur de l’accès de tous aux changements notamment technologiques, elle est une véritable éducation à la mutation. Ce n’est pas la polyvalence, la violence du même, qui convient au changement, c’est la transversalité.

Or, précisément à  l’heure des changements de modèles, et où la prégnance mondiale du modèle étatsunien a échoué, et cède le pas à des mondialisations très diverses, il est essentiel de comprendre qu’il faut réhabiliter l’éducation au pouvoir, (éducation citoyenne/éco-responsabilité), l’éducation à la rhétorique (force de persuasion), l’éducation aux sciences poétiques comme ferments de l’initiative économique (invention/liberté d’expression).

Par exemple, on le sait, l’informatique doit beaucoup à la musique. On sait aussi que le Commissariat à l’Energie Atomique travaille avec des artistes. sur la pression de la pulpe digitale comme démultiplicateur d’énergie Oubien que la frontière Art – Sciences –Technologie a été levée assez récemment avec le rapport de J. Claude Risset.

 Et il ne faut pas oublier l’éducation à l’intelligence collective, collaborative, trés européenne, qui, elle, suppose de renoncer à un peu de sa superbe, et de son ego…

 Aussi, si nous ne comprenons pas qu’un jeune « éloquent » n’est pas insolent et qu’enfant de la portabilité, il est doué d’ubiquité, alors nous sombrerons dans le marasme économique.

Si le pouvoir cède à la tentation de la gouvernance par la peur et la censure, alors, il n’y aura plus de droit, et  plus de culture. Plus de Culture, partant, plus de  richesse et plus de commerce.

Payerions-nous du prix de cette récession le résultat de ce cycle de relégation de tous les ferments du changement , -jeunes, artistes, entrepreneurs, éducateurs, …?

 Ce pont avec un nouveau monde  » des possibles », l’éducation populaire sait le faire: si l’on veut bien s’abstraire des « images conventionnelles du monde de la jeunesse et de l’éducation populaire » ou de celles , parfois polysémiques, de l’économie sociale et solidaire, l’état des lieux établit qu’il existe des acteurs et des professionnnels formés, aux compétences reconnues, des réseaux , des actions capitalisées, un outil amorti, prêt à être mis en action, et dont l’efficience et le rapport « qualité/prix » ont fait largement leurs preuves.

 Il est urgent  de stopper l’hémorragie : mettre en débat une véritable Loi-cadre sur l’éducation populaire en chantier a pu être une revendication par le passé de socialistes, de syndicalistes. Un vrai débat sur la Jeunesse, exempt de la duplicité de l’étau du temps, d’un pseudo- calendrier enfermant, et bien inutile, est-ce un défi que Monsieur le Haut Commissaire à la Jeunesse et à la vie associative, Martin Hirsh, puisse relever et initier? En aura-t’il les moyens et le loisir ? Comment pourra-t’il s’y prendre pour faire passer le message que seul le travail sur la durée (durable) relève bien de l’éducation. Et qu’il faut savoir perdre du temps pour  en gagner ?Le reste n’est, au mieux que sensibilisation, au pire, manœuvres  mercantiles.

 Aujourd’hui, de manière plus large et transversale, la LOLF ne saurait, comme l’affirme le Président de la Cour des Comptes, servir seule de pilote, il y a d’autres outils. Et la RGPP ne saurait dénier au Service Public ses atouts, à défaut d’avoir su exploiter par la décision politique, leur valorisation, y compris comptablement, en lieu et place de savoir les conjuguer avec d’autres atouts, notamment du privé.

Au delà de l’éducation, c’est bien un débat sur l’ensemble de la RGPP et de l’utilisation technocratique de la LOLF qui prétend, à distance régir la vie quotidienne et intime de l’ensemble de nos concitoyens que nous demandons.

 Saluons, dans ce contexte, le courage, le discernement, et la ténacité de nos députés oeuvrant à s’opposer à une révision musclée de l’Ordonnance de 1945 avec le risque de déboucher sur une relégation durable de la Jeunesse !

 Nous vous invitons à contribuer ici au débat, à réagir et à suivre les points de rendez-vous de la Section Culture du PS sur tous les chantiers culturels du « Vivre ensemble ».

 Nous vous communiquons aussi les coordonnées du Blog de George Pau Langevin, député de la 21è circonscription de Paris, Vice Présidente du Groupe Socialiste chargée de l’immigration et du co-développement à l’Assemblée Nationale, chargé de la petite enfance à la mairie du 20ème arrondissement , autour de qui le travail sur la diversité et le co-développement culturels a été largement favorisé, et que nous espérons accueillir prochainement à la Section Culture du PS.

 http://www.georgepau-langevin.com/categorie-10110175.html

 Nous vous relayons  divers documents : blogs, lettres, appels, intersyndicales …des sphères de l’éducation transversale.

 N’hésitez pas à nous faire parvenir vos réactions, vos  informations. A vos plumes !

 M. Parade

Trésorière

 

 

 

 

 

 

 

 

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