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QUEL AVENIR POUR LE LIVRE ?

Réunion de la Section culture du 12 décembre 2011 Salle Poperen, Solférino

 

La Section Culture du PS s’est réunie  le 12 décembre au siège du Parti Socialiste, salle Poperen.

 

Nous recevions, de gauche à droite sur la photo :

Jérôme Dayre (librairie Atout Livre, Guillaume Husson (Syndicat des libraires), Albert Dichy (I.M.E.C.), Alain Giffard (Lecture numérique).

 

Etaient également parmi nous :

Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat national de l’Edition (S.N.E.), Johann G. Louis (écrivain et illustrateur), Gérald Dittmar (éditeur et écrivain).

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Cette réunion est l’occasion de faire le point sur la situation du livre en France, des attentes de la profession, sans nécessairement tomber dans le corporatisme, et d’ébaucher des débuts de réponses.

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Christine de Mazières (S.N.E.) « La situation du livre face à la révolution des technologies numériques qui, si elle permet de toucher de nouveaux publics et d’augmenter la visibilité des œuvres, soulève des inquiétudes face à l’irruption dans le métier d’acteurs considérables avec des stratégies particulièrement opérantes.

Ces très grandes sociétés cherchent à créer des contenus à des prix de plus en plus bas, quitte à enfreindre les régulations en vigueur.

Le numérique ne représente que 1,8% du marché et 0,6% des stocks.

Nous nous sommes opposés aux groupes comme Google avec une procédure entamée en 2006 et remportée en 2009. 16 pays ont suivi pour un prix unique du livre numérique à moins de 20 euros qui permettrait une démocratisation de l’accès.

Les livres ne sont pas des biens de consommation mais des œuvres.

Les éditeurs réclament une forme de régulation que l’Europe par le biais de la direction à la concurrence ne leur accorde pas toujours, beaucoup de lobbies cherchant à avoir accès à la commission pour modifier le prix. Allemands, espagnols, finlandais, portugais, etc. sont sur cette ligne de prix unique.

 

Or, dans ce contexte de grande facilité du domaine, la TVA du livre est susceptible de passer de 5,5 à 7%, alors que 21 pays ont exonéré le secteur à 0%.

Des problèmes pratiques ont entraîné deux mois de retard entre le marquage des exemplaires par rapport au stockage.

Le taux réduit sur le livre numérique ne compense rien du tout. Or la commission considère que les biens dématérialisés créent un service d’où une taxe alors que l’on a affaire à des œuvres singulières qui devraient générer des droits d’auteurs.

 

L’audiobook a marqué une victoire, des associations d’aveugles faisant valoir le côté indispensable de tels produits.

 

Nous avons en France des catalogues d’œuvres indisponibles sous droits mais qui ne sont pas commercialisées dans un temps où la numérisation continue des autres oeuvres continue. Nous pourrions utiliser les ressources du grand emprunt européen pour numériser 500 000 de ces œuvres et les mettre à disposition du public via la BNF afin d’en mutualiser les coûts de gestion. Un projet de loi a été présenté qui doit être voté ce vendredi. Nous sommes les premiers en Europe et on nous observe dans les autres pays de l’Union Européenne. On pourra ainsi créer des bouquets généraux en accès particulier ou via les médiathèques. C’est un beau projet. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni (Secrétaire de la section Culture)

« les problématiques fiscales sont un sujet majeur qui demandent une refonte générale. Il faut soutenir l’existant. Face au changement d’orientation des taxes du C.N.C. quant à la création du C.N.M., y a-t-il une « agenciarisation » possible ? Il y a un Centre National du Livre, C.N.L., un Comité du Livre qui soutient la profession via deux taxes, l’une sur le chiffre d’affaires des éditeurs et l’autre sur les appareils de reprographie. »

 

Alain Giffard (ancien directeur informatique de Gallica (bibliothèque numérique), membre de la commission pour l’accès internet, ayant travaillé sur le fossé numérique et la culture numérique), attire notre attention sur le problème de la lecture depuis 1990.

« La lecture publique a reculé et l’enquête PISA note une baisse des performances, on lirait moins, face aux moyennes de l’OCDE, elles-mêmes en baisse.

Le problème de la citoyenneté à travers la culture se pose : dans un foyer-type, le père ne lit pas, le fils et la fille ne lisent pas beaucoup. On assiste à une balkanisation, situation jamais analysée, ni traitée par aucun gouvernement. La suppression de la méthode globale n’a pas suffi. C’est lié à la question des immigrés pour Guéant…

 

On note en tous cas un écart de 10 points entre filles et garçons qui arrêtent de lire en 6eme. 20% des 19 ans à l’examen du service militaire avaient un niveau de 6eme quand ils savaient lire.

Il y a eu une grande enquête sur les pratiques culturelles en 1990 qui montrait une baisse de la lecture. Or, le chiffre d’affaires des éditeurs augmentant faisait penser qu’il s’agissait d’une erreur.

Les éditeurs reprochent à Hollande son soutien au Sky blog (qui est vu comme un outil de décervellement des jeunes) et veulent sortir de cette équation qui réduit leur visibilité, à la différence de la télévision qui l’augmentait, d’une certaine manière.

Par rapport au numérique, on assiste à une concurrence entre deux lectures, référencielle et symbolique. « Google rend t-il idiot ? » demande un rapport canadien.

La lecture numérique ne peut pas se substituer à la lecture traditionnelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire) dénonce la fiction des soit-disant publics alternatifs.

Il faut développer la culture du numérique mais ne pas laisser filer les choses. Les enfants sont devenus des consommateurs, pas des acteurs… Les garçons lisent beaucoup moins que les filles et la plupart des professionnels du livre sont des femmes.

Les pères préfèrent se la jouer cool vis à vis de leurs enfants en recourant à des gadgets électroniques.

Il y a des effets pervers avec la lecture-jeunesse basée sur le marketing et « segmentante » (sexe, âge, génération), alors qu’il existe une littérature de la révolte, comme Rimbaud, pour la poésie. A 30 ans on n’a plus accès à la littérature de sa jeunesse d’où une certaine nostalgie.

Il faut dénoncer la disparition de Tick’art qui associait les enfants et les éditeurs par le biais des auteurs avec un chèque de 8 euros dispensé par la Région. Des centaines d’enfants bénéficiaient de cette mesure surtout dans les milieux défavorisés. Le livre dans ce cas était choisi par centres d’intérêts… Les filles, c’est surprenant,  demandent des histoires douloureuses qui finissent bien.

C’est une politique qui avait du sens.

On perd les ados vers 15 ans et on ne les retrouve qu’avec la paternité…

La lecture chez les étudiants recule.

Les médiathèques sont équipées mais on ne tire pas toujours bénéfice de cette chance. Des politiques spécifiques doivent être imaginées… Des livres pour les boursiers…

Des concours de lecture à voix haute sont par exemple organisés en Allemagne depuis 1959. « Histoires et Paroles » est une réplique expérimentale qui marche. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni note une montée de la ségrégation culturelle avec une segmentation des publics alors qu’on observait auparavant un phénomène de démocratisation… Nous sommes à présent dans une société de consommation qui a conclu une alliance historique objective avec le marketing pour vaincre le collectivisme. A l’exemple d’Ars Industrialis de Stiegler (association  internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit) qui dénonce la demande qui est faite aux élèves d’adopter les valeurs d’un système qui les détruit, il est temps de repenser les choses face à ces messages « excluants ».

Les spécialistes de la culture et de la politique ont le devoir de lire et pas uniquement de se faire une opinion grâce à la télévision.

C »est le modèle scolaire de Jules Ferry et de Kant. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Sur France Culture, une institutrice se plaignait de difficultés à enseigner des mots nouveaux comme par exemple « succulent » associé par les garçons à un « mot de filles ». Le rejet de la culture devient alors un critère d’identification sexuelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Rejeter la lecture, c’est se comporter en « homme » pour certains… La proportion de ceux qui lisent est de 10 femmes pour trois hommes, même si le terrain est plus complexe. Il faut être prudents et ne pas stigmatiser les « banlieues » ce qui en soit n’est pas une notion précise. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Dans le cinéma on assiste à une dérive industrialisante avec une disparition des « films du milieu ». Qu’est ce qu’un espace public vis à vis d’un espace de notoriété ? »

 

 

Albert Dichy (directeur artistique à l’IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« Un livre, a fortiori une œuvre, est le substrat d’une vie et nécessite une prise en compte sensible. Or la fréquentation des bibliothèques baisse depuis un an… Les visites se désamplifient. »

 

 

Guillaume Husson (délégué Général du Syndicat des Libraires)

« L’édition est stable par rapport au marché mais l’évolution de la lecture marque une baisse qualitative et la diminution de l’esprit critique, facteur de démocratisation.

Les forts lecteurs, qui lisent plus de 20 livres par an se comptent pour la plupart dans une population vieillissante.

Le secteur du livre fait vivre 700 000 titres. Aucun autre secteur ne présente le même dynamisme en terme de diversité. Il faut défendre cette richesse en jouant sur les cadres législatifs, fiscaux, économiques du secteur et soutenir les éditeurs mal lotis qui sortent des sentiers battus et sont la force créative de l’édition.

Pour la diffusion, les libraires créatifs ne sont pas forcément incompatibles avec les grosses machines commerciales de type centres Leclerc, mais il faut mettre l’accent sur les librairies de proximité qui permettent les vraies découvertes et le maintien des livres dans les grands réseaux. »

 

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Atout Livres a une politique d’animation qui compte : le travail qualitatif a un coût qui n’est plus couvert par les éditeurs. Or nous avons la traduction la plus importante du monde.

Défendre les éditeurs, libraires et auteurs, c’est maintenir le prix unique du livre face à la commission. Il y a un consensus sur le prix unique du livre numérique qui doit jouer sa partition dans l’univers du numérique avec la concurrence d’Amazon, Kindle, iBook.

Mettre des équipements numériques dans les librairies parait être une fausse bonne idée et un pari risqué. La communication interactive aura sa place mais celle-ci doit se justifier. Créer des blogs n’est pas cher et c’est pratique mais concevoir des sites marchands peut être hors de prix pour de petites libraires qui auraient avantage à mutualiser leurs moyens en créant des communautés de libraires.

 

Il y a des cinémas Art et Essais et des théâtres subventionnés, mais y aura t-il des libraires aidés ? Les livres indisponibles ne pourraient pas générer des droits en vertu des contrats léonins qui lieraient les éditeurs parce qu’il faudrait qu’ils soient régulièrement réédités. L’Europe donnerait-elle les financements nécessaires ?

 

Sur un prix du livre de 10 euros un libraire ne touche que 3 centimes au final.

L’auteur touche 1 euro, c’est à dire 10%, 8% ou 5% suivant son contrat.

Le libraire touche 3,50 euros brut soit 38% à 35% suivant l’éditeur. La masse salariale est de 20 à 25% or face à la qualification des libraires, le salaire est très bas… de l’ordre du SMIC alors qu’il devrait être de 4000 à 5000 euros…

Le métier demande de longues études, un talent de commerçant, et une compétence 2.0. Il y a 3000 librairies qui seraient soumis à une augmentation de la TVA de 5,5% à 7% ce qui suscite des commentaires amusés sur le forum de l’émission de TF1 qui l’annonce… Or ce 1,5% provoquera une perte d’argent alors que l’on tenait difficilement en l’équilibre. On souhaiterait le maintien à 0% comme pour la presse qui a une TVA de 2,1% et un lobby plus fort… Une TVA à 0%, c’est 5,5 points à répartir. C’est nécessaire pour continuer. 21 pays le font dont les Anglais, les Irlandais, les Finlandais, etc… Il y a un calcul à faire en terme de coût d’une telle mesure.

Le prix unique du livre est fondamental sinon c’est la mort des libraires qui sont 600 à 700 à Paris pour une vingtaine de librairies indépendantes à Manhattan.

On assisterait à une disparition de la diversité dans les dépôts ou pour les livres. »

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques – spécialiste de la Commune de Paris )

Que fait-on pour les éditeurs en France ? La relation avec les libraires est super complexe, les frais étant supportés par ces derniers. Nous n’avons pas d’autonomie vis à vis des grands groupes de diffusion. Le libraire ne prend aucun risque, son apport revenant à devenir une sorte de prestation de service.

Nous avons 40% sur le prix, 35% avec Gallimard.

La FNAC a une politique très claire. Acheté / payé à 60 jours fin de mois avec retour des invendus.

Nous faisons des tirages de 200 à 300 exemplaires. Exemple d’ « une vie de Duval, général de la Commune » qui a demandé 5 ans de recherches.

Le Nouvel Obs est très prescripteur, or il ne prend pas ce genre de livres.

Nous tournons donc avec des circuits de 50 à 80 exemplaires en dépôts chez des libraires indépendants.

 

 

Albert Dichy (IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« L’IMEC a été créé en 1989 avec l’Institut des Manuscrits, or on note une disparition des manuscrits avec le numérique. Malgré un effet multiplicateur des œuvres au départ.

On assiste à la création d’une science créée par la disparition de son objet.

Autre chose se prépare.

Aux archives, nous ne disposons de la correspondance des auteurs que parce qu’ils nous confient de plus en plus souvent leur disque dur. Il y a une perte car ces textes ne sont pas imprimés. Il y a une consommation de l’échange qui est grosse de conséquences. Partager davantage entre les créateurs et les auteurs devrait être la règle. Le danger vient davantage de la lecture que de la création.

Sur un total de 60 000 titres nouveaux toutes disciplines confondues seuls 30 000 trouvent une audience et perdurent.

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques)

Nous  présente le magazine satyrique « Barricades » qu’il édite. Il  nous demande de l’aider à trouver son audience.

 

 

Nicolas Vidal (éditeur de livres et aussi d’un magazine culturel sur le net),

Excusé car retenu à Montpellier par un forte grippe, nous invite à découvrir le nouveau numéro de BSC news : http://www.wobook.com/WBBu3Qz9LJ9p/BSC-NEWS-MAGAZINE/BSC-NEWS-decembre.html

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