L’Assemblée Générale de la section Culture du PS s’est réunie
Laurent Schuh des Arts et Mouvants
L’Assemblée Générale de la section Culture du PS s’est réunie le 3 octobre 2011 au siège du Parti Socialiste -Salle Guidoni-
L’ordre du jour était composé de deux parties :
1) problématiques générales du Spectacle vivant
avec :
Laurent Schuh (acteur, metteur-en-scène, directeur artistique de la structure internationale mobile LES ARTS ET MOUVANTS),
Claire Lamarre : Comédienne et metteur-en-scène (compagnie Les Matins clairs),
Jean-Pierre Chrétien Goni : Fondateur et directeur du «Vent se Lève! », Tiers-lieu, dans le 19ème arrdt de Paris, metteur en scène, universitaire (Conservatoire National des Arts et Métiers),
Geisha Fontaine : Chorégraphe, performer et chercheur en danse,
Cie Mille Plateaux Associés, docteur en philosophie de l’art,
Etienne Charasson : Architecte et scénographe, fondateur de l’association LECTURES&LECTEURS à Saint Pierre Toirac, dans le Lot, met en place des lectures de textes de théâtre en milieu rural ainsi qu’en milieu pénitentiaire.
2) Évocations des projets des candidats à la primaire relatifs à la culture et au spectacle vivant,
par :
François Adibi pour François Hollande,
Bruno Tackels pour Arnaud Montebourg,
Etienne Charasson pour Martine Aubry
Laurent Schuh est le premier à s’exprimer
http://www.lesartsetmouvants.com/
« Nous cherchons à encourager le décloisonnement (des langages, de l’espace -notamment urbain-), pour accentuer la participation citoyenne et interroger la notion de frontières, redéfinir la question de l’espace du sens dans la société, et générer du lien, mot à la mode pour de mauvaises raisons parfois, et qui doit être remis en cause tant il suscite d’interprétations erronées.
Le théâtre est une matrice de transformation du monde, mais il y a du retard dans l’accomplissement de ses démarches profondes tant cette institution géniale s’est figée. Nous sommes presque passés de l’écrin créé par Mitterrand, de l’aventure à la démobilisation. Or, il est le moteur de la culture pour une génération qui doit normalement permettre de procéder à un renouvellement. Et la culture ne remplit pas ce rôle.
Il faut un renouvellement de la pensée.
La culture n’est pas une marchandise. »
Le secrétaire de la section Culture poursuit :
« La culture a en effet reculé et nous en sommes à la repenser dans le cadre du parti pour dépasser le cadre budgétaire et renouveler nos engagements. Ses domaines et les œuvres qu’ils génèrent sont plus importants symboliquement, ainsi qu’en termes de retour, que ce que produisent n’importe quels type de produits manufacturés.
Au cœur d’un projet de transformation du monde, il doit y avoir une vision de l’homme et de ce qu’il est capable de créer au sein de sa culture. »
Le Spectacle de Geisha Fontaine
Geisha Fontaine
http://www.milleplateauxassocies.com/
Evoque le domaine de la danse en soulignant la signification d’un engagement pris à deux pour diriger un projet entamé à l’âge de seize ans qui lui a par la suite donné envie de mener une réflexion théorique. Elle met en relief l’importance du travail de la compagnie Mille Plateaux Associés dans le 94 et le 93, un positionnement fait dans le choix de l’ouverture.
Elle rappelle l’importance centrale du statut de l’intermittence dans le processus de création, rôle très positif d’un dispositif qui permet la richesse et la diversité d’une multiplicité de formes. Elle souligne la nécessité d’un renforcement de ces statuts.
… « Le soutien à la création est nécessaire de même que celui aux résidences d’artistes (sans les rendre définitives). L’enjeu est de confier à la fois plus de moyens et de responsabilités à l’artiste. Il faut aussi mieux prendre en compte les propositions pluridisciplinaires, réfléchir à des formes moins étiquetées.
Il ne faut surtout pas opposer ce qui serait populaire à ce qui serait pointu, mais favoriser au contraire la multiplicité des démarches.
L’art à l’école enseigné par des artistes est en régression, or ce cadre est fondamental pour les enfants et pour l’accès à la culture…
Selon l’Adami, 80 % des fonds vont aux administratifs et 20% aux artistes.
On constate la complexité croissante des dossiers à remplir (solde, restitutions, etc.) qui éloignent du travail de création. L’allégement d’une forme exagérée de bureaucratie est compatible avec une rigueur de gestion.
Il faudrait envisager une vaste consultation nationale entre les artistes et les politiques. Organiser des concertations entre les artistes et les décideurs, les artistes ont plein d’idées ! Les politiques doivent veiller à ne pas instrumentaliser la culture. »
Le secrétaire de Section :
« Le statut de l’intermittence doit être amélioré, certains de ses pans étant d’ailleurs sujet à des détournements (notamment dans l’audiovisuel). Cela pose la question des périmètres de l’action publique. On doit imaginer un statut de l’artiste. Cela est significatif du poids du contrôle de la norme, malheureusement imposée. »
Nathalie Saïdi (Cie des Arts et Mouvants):
« Cela crée à la fois stigmatisations et culture du soupçon. Le contrôle ne doit pas créer de l’isolement. Il faut réviser l’évaluation et l’expertise si on veut éviter les dysfonctionnements. Le système est poussiéreux et archaïque et on doit revenir aux statuts de l’intermittence.
Battons-nous pour un vrai 1% qui devrait être en réalité porté à 10 %... en y introduisant la participation d’autres secteurs. Recherche, santé, innovation, etc. sont tous liés à la création : Un bon spectacle peut être plus efficace qu’une longue cure thermale !..
Jack Lang nous a laissé un héritage riche et presque trop lourd dans la mesure où certains lieux sont sous-utilisés, ou demandent des frais de fonctionnement qui empiètent exagérément sur les budgets alloués aux spectacles. Il y a une inflation des structures, où 80% des budgets vont au fonctionnement. Or, c’est la baisse des baisses, les collectivités étant elles mêmes menacées. L’artiste est en bout de chaîne et subit cette diminution de plein fouet. Comment vivre dans une société qui violente ses créateurs ? Comment créer un futur qui soit acceptable pour nos enfants ? »
Le secrétaire de Section :
« Il faut sanctuariser le budget de la culture et se poser la question de l’école et celle des organes de diffusion audiovisuelle dans le rapport qu’ils permettent ou pas avec la nouveauté. L’école fonctionne encore dans ce pays comme il y a cinquante ans or la clef commence à l’école. »
Etienne Charasson :
« Nous menons des actions de lecture de théâtre contemporaine en milieu rural et nous constatons l’intérêt des gens pour ces manifestations, ce qui pose la problématique d’une culture jamais allouée de manière pérenne ou cohérente.
On parle à juste titre de déserts culturels ; exemple du Lot : 160.000 habitants et un seul théâtre, en Aveyron, deux salles pour 300 000… Les compagnies locales souffrent de l’emprise de potentats locaux.
Là où je suis, ce sont 20 compagnies de création contemporaine qui sont lésées. Or, on note le succès de textes ardus.
Nous réussissons, grâce à l’association, à faire venir les meilleurs auteurs.
Nous travaillons aussi en prison où la coopération entre les SPIP et le ministère de la culture permet des initiatives. Mais l’accès aux œuvres est rarement créé pour ces hommes que la culture pourrait réconcilier avec la société. Exemple des ateliers d’écriture avec Jacques Serrena.
Tout s’articule autour de la mémoire, du savoir, de la création et de la transmission.
Les arts peuvent traiter de leur place dans la société. Lavoisier disait :
« une nation dans laquelle les arts et la science sont languissants finit invariablement par devenir languissante elle même. »
On note un risque d’apathie. Des sociétés moins intéressantes, reposant parfois sur des principes d’oppression, sont en train de prendre le pas sur les nôtres.
Il faut réfléchir à la question des intermittents et au problème du budget.
Il faut que le Ministère soit mieux doté mais pas dans sa forme actuelle…
Penser à la question des régions, aux besoins en milieu rural. Beaucoup de citadins se sont installés. Les agriculteurs vont au théâtre. Plein de petites villes sont en manque et n’ont pas les moyens.
Exemple des Midi-Pyrénées où il y a 340 compagnies et une misère de l’organisation qui leur est destinée.
Ma compagnie reçoit 6000 euros de la région pour 65 spectacles et des milliers de spectateurs…
Certains lieux ne servent à rien. Ludiques, amusants, familiaux, certes, mais ni pour la création, ni pour les artistes…
Il faut de véritables professeurs et du temps de cours.
Dans l’action de formation et de médiation on se trompe de personnel… (les artistes ne sont pas forcément les meilleurs médiateurs… Ce n’est pas toujours leur rôle).
La culture est un liant important de la société.
Beaucoup de politiques sont cultivés, mais peu se préoccupent de faire vivre cette culture.
Marciac et Figeac assèchent les crédits alentours dans le jazz et le théâtre : cela pose le problème de la répartition. Ce qui brille n’est pas nécessairement ce qui touche les populations. Au fil des années, les bénévoles s’épuisent ou deviennent des professionnels.
Les artistes doivent vivre décemment et pas seulement du RSA ! »
http://www.lectures-et-lecteurs.com/
Le secrétaire de Sectio :
« Cela pose là aussi la question budgétaire, l’importance du montant des sommes allouées et des postes créés… »
Claire Lamarre (en préparation du spectacle Lavoisier, l’autre Révolution, pour le théâtre de Charenton, mars 2012)
http://www.lesmatinsclairs.fr/
« Nous avons fait la proposition d’allouer l’espace disponible des théâtres publics qui sont vides pendant l’été de juin à septembre à des compagnies émergentes avec des directions tournantes pour les CDN avec un tirage au sort et une prise de direction du lieu pour y créer des spectacles innovants programmés en proximité avec le public. Ce serait une manière de donner de la place et du pouvoir à la jeunesse et à sa vitalité (proposition est reprise par Arnaud Montebourg).
Jean-Pierre Chrétien Goni :
http://www.leventseleve.org/
« Nous revendiquons la possibilité d’être autre chose que le 104 (qui est juste ce que l’on ne fait pas).
Nous cherchons à donner de l’indépendance et de la souveraineté à la culture sans attendre une manne. Nous ne voulons pas nous sentir coupables d’un plaisir qui serait banni.
La politique actuellement menée nous rend insensiblement dépendants du marché. Nous refusons cette logique de PME qui nous est calquée où la marchandisation de la culture est en marche y compris dans des espaces de proximité.
C’est une résultante du schisme de 1959. Culture et jeunesse ont été dissociées… une grande réflexion est nécessaire. Il faut revenir sur certains fondamentaux. L’éducation populaire, la jeunesse…
Les arts ne sont pas à part, comme une caste de la société.
Cela pose la question du statut du métier.
Quand est-on artiste ?… Quand on en vit ?
… C’est une bulle que l’on contemple de loin alors que c’est la chair, le ciment de la société.
Qui sont les hommes de la culture ?… Une chose lointaine ? Alors que « Mille Fleurs Fleurissent ».
La culture doit apparaître à l’école, ailleurs… Elle doit porter ces lieux, mais on doit ouvrir des lieux complètement nouveaux.
Les nouveaux médias sont un bon exemple et offrent de nombreuses possibilités sans que l’on soit tous retranchés derrière nos machines. Le plaisir doit être un guide. Mais nous devons pouvoir dire non à certaines dérives…
Nous devons penser à la nature contributive de la pratique artistique… Quel type de contribution ?
Faire du théâtre avec des personnes qui nous nourrissent, intellectuellement.
… Prendre de la place, aborder une scène, c’est une contribution énorme, un endroit où l’on partage.
Se distinguer de cette « spectacularisation » du spectacle de télévision où c’est consommer ou partir.
Briser la logique du poids de la télévision sur les pratiques artistiques (une pièce télévisée, Les Perses d’Echyle a décidé de ma vocation).
Il est possible de faire de la qualité à la télévision et c’est la même chose pour les nouveaux médias.
Le faire, le tenter, le réaliser… -« A te regarder, ils finiront par s’habituer... » (René Char)-.
Nous lutterons contre la confiscation de la culture.
En 1981, une fois aux manettes, nous avons laissé faire, plus cette fois… Nous serons vigilants…
Le lieu de création et d’éducation populaire Le vent Se Lève ! (Paris 19) a le plaisir d’accueillir Une ronde militante, pièce de théâtre écrite par Jacques Jouet à partir de rencontres avec des militants politiques, syndicaux, ou associatifs du bassin creillois.
A eux tous, dans leur diversité, ils sont la mémoire vivante de la nécessité des luttes pour plus de justice sociale. Une Ronde militante témoigne de cela, sa création leur est dédiée.
En seconde partie de cette Assemblée Générale, comme annoncé,
François Adibi, pour François Hollande,
Bruno Tackels, pour Arnaud Montebourg,
et Etienne Charasson, pour Martine Aubry,
ont présenté les propositions de leurs candidats
telles qu’elles sont reprises dans leurs programmes respectifs….



