Compte-rendu de la réunion du 4 juin 2012

14/06/2012

 

 

La section Mettra en place un agenda des réunions pour l’année 2012-2013 :

* Rythme des REUNIONS DE SECTION toutes les 3 semaines , avec en Alternance des réunions thématiques et des réunions de synthèse politique.

* EN SEPTEMBRE : Tres important :Le  POT D’OUVERTURE POUR LA REPRISE DES CARTES,

* nous lançons un  APPEL A CONTRIBUTIONS auprès des militants de la section , sur un programme de thématiques et d’actions politiques

Themes deja repérés:

1) Le numerique

* rencontre prévue après assemblage des contributions

avec Fleur Pellerin -ministre chargée de l’Economie Numérique-)

2) Le Chantier autour de la loi remplaçant l’Hadopi

Rencontre ou audience auprès de Pierre Lescure (l’ancien PDG de Canal+ va être chargé par le gouvernement d’une mission sur la Haute autorité de lutte contre le téléchargement illégal).

3)  Jeunesse et culture, les pratiques artistiques en milieu scolaire.

4)  le statut de l’artiste.

Explorations thématiques.

A l’aide d’intervenants et de discutants extérieurs nous approfondirons des problématiques culturelles et politiques (à l’image des réunions de Septembre 2011 à Mars 2012).

Les problématiques du monde de la musique et du cinéma  sont parmi les premières que nous aborderons.

Nous nous réjouissons de la nomination de David Kessler (membre de la section Culture) qui devenu conseiller médias et culture auprès de François Hollande. Nous lui souhaitons bon courage dans ses nouvelles fonctions.

Enfin un Coup de chapeau à nos amis d’Altaïr qui, autour de François Adibi, sont venus nous présenter leur ouvrage CULTURE(s) FORCES et DEFIS DU 21e siècle

Section Culture du Parti Socialiste

mail:ecrire@sectioncultureps.net

Section culture

Prochaine Réunion de section salle Guidoni à Solferino le 4 Juin à Partir de 19h00

23/05/2012

Chèr(e)s camarades, je vous invite à participer à notre prochaine réunion de section le 4 Juin à partir de 19h salle Guidoni à Solferino. Nous ferons un point de la situation politique ( la plus agréable depuis 10 ans), nous calerons la  date du pot de reprise des cartes 2012 et nos amis d’Altaïr ( http://www.altair-thinktank.com/) animerons une discussion autour de l’ouvrage colllectif sur les problématiques culturelles qu’ils viennent de publier. Cette réunion sera également, dans cet entre deux après la présidentielle et entre les législatives , de tracer collectivement nos pistes d’action et de mobilisation pour les semaines et les mois à venir.


 A tres bientôt

Amitiés Socialistes

Jean-Paul Bessières -Orsoni
Secrétaire de la Section Culture


Section Culture du Parti Socialiste


Section culture

Maintenant c’est demain

07/05/2012

Un jour , un dernier jour c’est tout ce qui nous sépare maintenant de la conclusion du  Quinquennat de Nicolas Sarkosy,

Plus qu’un jour et nous en aurons fini avec 10 ans de pouvoir sans partage de la droite , mais il faut encore aller voter et permettre à François Hollande d’ouvrir un nouveau chapitre de progrès et de justice. Plus qu’un dernier effort pour mobiliser demain, autour de vous ceux qui hésitent encore .
 Maintenant c’est demain.
Amitiés Socialistes

Jean-Paul Bessières -Orsoni
Secrétaire de la Section Culture 

Section Culture du Parti Socialiste

secrétariat national culture, Section culture

Les artistes auteurs, et interprètes, issus des arts plastiques, du cinéma, de l’écriture, du spectacle vivant, de l’audiovisuel, ainsi que tous les acteurs de la vie culturelle, appellent à soutenir la candidature de François Hollande pour l’élection présidentielle du 6 Mai 2012

26/04/2012

L’art, la culture, ne constituent pas des sphères à part qui se développeraient d’une façon autonome. Ils sont une expression mais aussi un moteur de la vie sociale dont les bases se situent dans les rapports sociaux de production.
La culture est au cœur de la connaissance, celle que l’on enseigne à l’école et à l’université. Celle qui est produite dans les laboratoires. La culture donne d’ailleurs à la connaissance sa vraie dimension. Elle  permet ainsi aux  hommes d’en faire une source d’émancipation. Sinon la connaissance peut naturellement devenir un outil de résignation et de soumission.

 

La culture est donc au cœur de la politique.

Signez la Pétition

Elle est ce que les hommes et les femmes produisent en travaillant, en gagnant leur vie, en élevant leurs enfants. Elle est un rêve pour une vie meilleure. Elle est des projets pour plus d’autonomie, plus de liberté et de savoir.

Ainsi, ces hommes et ces femmes produisent cette culture dans laquelle se mêlent les artistes auteurs et interprètes, à travers leur propre travail d’artiste. Ceux-ci, les artistes, ne sont pas faits d’une autre chair que les autres hommes : Même cœur, même intelligence… Ils sont avec les hommes, à même hauteur, et la vraie grandeur de l’art et de ceux qui s’y consacrent est d’être une activité humaine.

Mais la droite et son candidat nous conduit à un vrai désastre culturel, et pousse l’ensemble de la société dans une crise  économique et sociale sans précédent, car elle amplifie par sa politique les conséquences de cette crise  dont elle est  entièrement responsable.

Les artistes auteurs et interprètes et tous les acteurs de la vie culturelle  doivent  défendre la création artistique et la culture conçue comme une mission au service de tout un peuple, au-delà de  leurs propres revendications.

Mais il est légitime qu’ils puissent vivre et travailler dignement. Ils constituent un tissu indispensable. Tous sans exception. Chacun dans son individualité est une nécessité. Seul le candidat sortant peut prétendre « qu’il faut aider les meilleurs et recentrer les aides sur l’excellence artistique, renforcer l’évaluation… » (discours de Nicolas Sarkozy à Nîmes, Janvier 2009) et donc réduire le nombre des artistes à une peau de chagrin.

La droite conçoit l’art et la culture comme un moyen d’évasion, une fuite devant la réalité. Alors qu’elle est justement la réalité. La droite pense que la vie et la culture se résument en utile ou inutile et que pour être utile à ses yeux, elle doit se résigner.

 La droite fait dispenser un enseignement qui néglige totalement la culture artistique ou la dispense sous une forme dépourvue de toute qualité humaine.

La droite repousse aux frontières de la précarisation et de la paupérisation la majorité des artistes auteurs et interprètes.

Cette politique qui bousille les hommes et leur rêve est d’une logique implacable, tant dans l’art, dans la culture, qu’à Florange chez Arcelor Mittal ou encore ailleurs.

C’est pourquoi nous appelons à voter massivement pour François Hollande, car seule sa victoire nous permettra de faire face, et d’être les acteurs d un véritable changement.

 

La section culture du Parti Socialiste 10, rue Solférino 75007 paris

Culture en luttes, secrétariat national culture

« JE REPRENDRAI LA GRANDE AVENTURE CULTURELLE DE LA FRANCE »

22/03/2012

 

La France de la création s’est donné rendez-vous au cirque d’hiver à Paris, dimanche 18 mars à 18h. Stéphane Hessel, Mazarine Pingeot, Blanca Li et sa troupe, Djudjura, Gérald Dahan, Tatiana Rojo, les Neg’ Marrons, Baptiste Herbin et Michel Benita Stéphane Foenkinos, Ridan, Denis Podalydès, Joyce Jonathan, les élèves de l’école du cirque Fratellini, Aldo Romano… étaient présents sur scène pour faire vivre la Génération Création avec François Hollande, qui a clôturé le rassemblement par un discours.

 

L’intégralité du Discours de François Hollande au rassemblement de Génération Création

Mes chers amis, je viens conclure le spectacle, vous dire quelques mots, partager votre enthousiasme, vous dire aussi ma fierté d’être ici avec vous, artistes, créateurs, hommes et femmes de culture et aussi tant de militants qui veulent que le pays change. Il doit changer, il va changer.

Je vous remercie tous et toutes pour votre présence, votre soutien, votre espérance, que je partage. Dans cette campagne présidentielle, alors que tant de sujets étreignent au quotidien nos concitoyens, le chômage, la précarité, la vie chère, le logement, je veux aussi leur dire que l’avenir de notre pays passe par un grand projet : celui d’une culture qui ait sa place, qui permette à nos concitoyens de se retrouver dans une volonté commune, celle de nous dépasser nous-mêmes, celle d’être capables de rêver ensemble à un avenir où nous serions tous réunis dans une cause supérieure. Voilà pourquoi je veux mettre aussi la culture au cœur de l’engagement présidentiel.

Poursuivre le rêve français, c’est promouvoir l’élévation de la culture par la culture. Permettre aussi que notre nation retrouve son identité, la seule qui vaille : celle de nous permettre de vivre ensemble dans la diversité et en même temps dans le partage de valeurs communes, de principes qui nous unissent. La cohésion nationale est, en même temps que facteur de progrès, source de développement.

La Gauche et la culture ont toujours entretenu des relations exigeantes et tumultueuses. Il n’y a pas de plus belle cause pour la Gauche que de défendre la liberté, la dignité, le progrès, l’émancipation humaine. Et c’est pourquoi la Gauche a toujours mis la culture au premier rang de ses engagements. Les plus belles victoires de la Gauche ont été des victoires de la culture. Comment ne pas se souvenir de Léon Blum et de Jean Zay qui ont inventé des politiques culturelles, qui ont compris avant d’autres que l’éducation et la culture pouvaient être réunies dans la même ambition ? 1936, c’était une ambition culturelle autant qu’une libération économique et sociale.

1981, ce fut aussi une belle idée de la France et de la culture, cette capacité qu’ont eue François Mitterrand et Jack Lang de faire que la France puisse trouver liberté, fierté, imagination, progrès. Et lorsqu’on se souvient de 1981, ce sont de grandes journées qui durent encore, pour la musique, pour le patrimoine, pour l’accès de tous aux biens culturels – oui, aussi la libération de l’audiovisuel. Merci François Mitterrand. Merci Jack Lang.

Certes, la Gauche n’a pas le monopole de la culture et j’ai compris qu’il y avait des artistes qui ne me soutenaient pas dans cette élection. J’ai essayé d’en chercher les raisons. Elles sont nobles, en fait. Pourquoi y aurait-il une propriété, qui serait la nôtre, de l’espérance humaine ? Il faut accepter le pluralisme, il faut accepter la confrontation, la contradiction. Il faut aussi avoir du respect pour celles et ceux qui ne pensent pas comme nous. Et rien que d’avoir cette attitude nous distingue tellement de nos concurrents !

Je n’ai pas besoin, pour devenir Président, de penser que le candidat sortant a tous les défauts de la Terre – il en a beaucoup, mais ce n’est pas une affaire personnelle, je ne règle aucun compte ! Je n’ai pas besoin de considérer qu’il aurait fait tout mal – même s’il n’a pas fait tout bien. Je n’ai pas besoin de caricaturer, de dénaturer, de dénigrer pour être convaincant moi-même. C’est sur nos idées, c’est sur nos valeurs, sur nos principes, nos engagements que nous devons vaincre !

Et puisque le Président sortant ne défend pas son bilan, nous, nous pouvons défendre le nôtre. Et en matière culturelle, oui, nous pouvons là encore supporter la comparaison. Que s’est-il passé depuis cinq ans ? Il y a eu à la fois ce même ressort de penser que le marché pouvait avoir réponse à tout, y compris pour la culture, cette même culture du résultat qui ne fait pas grand-chose en matière culturelle, mais qui en définitive pose des chiffres avant de porter des ambitions. Et puis la disette budgétaire : pour la première fois, les crédits attribués aux scènes nationales ont été rognés, diminués, de la même manière que les politiques pour la démocratisation culturelle ont été amputées. Ce n’est pas parce que c’était un gouvernement et un président de droite. Il y avait eu d’autres ministres et d’autres présidents de droite, avant, qui avaient fait davantage. Il a donc une responsabilité particulière car même quand il s’agit de le comparer avec ses prédécesseurs de droite, ce n’est pas à son avantage.

Mais il y a eu pire : la désinvolture, l’indifférence, l’arrogance, la condescendance et l’accumulation de mauvais symboles. D’abord l’abandon de la culture générale dans les épreuves des grandes écoles : pourquoi avoir renoncé à cette exigence ? L’histoire, qui n’est plus enseignée dans les terminales de classe scientifique : pourquoi craindre le passé ? Et puis cette moquerie à l’égard des chef-d’œuvre de la littérature, au prétexte d’une scolarité difficile. J’étais au Salon du Livre. J’ai croisé des amoureux des lettres. Ils portaient un badge : ils défendaient la Princesse de Clèves, la malheureuse ! Jamais princesse dans l’histoire de la République n’aura reçu autant de soutiens populaires !

Le candidat sortant aura rompu une tradition. Chaque chef de l’Etat depuis 1958 avait eu, au cours de son mandat, à cœur de mener à bien un grand engagement, une grande ambition culturelle. Ce fut de Gaulle avec Malraux et les Maisons de la Culture. Ce fut Georges Pompidou et la création contemporaine avec le centre qui porte son nom. Ce fut Valéry Giscard d’Estaing avec le Musée d’Orsay. Ce fut François Mitterrand avec le Grand Louvre, la très grande Bibliothèque. Ce fut aussi Jacques Chirac avec le Musée du quai Branly. Mais du candidat sortant, que retiendra-t-on ? Ne soyez pas sévères. Un musée de l’histoire controversé, qui n’a pas vu le jour. Et bien oui, ce sera finalement au musée que sera défendue l’œuvre du candidat sortant !

Eh bien je reprendrai, si les Français m’en donnent mandat, la grande aventure culturelle de la France qui fait que, quelles que soient les difficultés du moment, il peut y avoir un rassemblement, une réunion, de tous les Français autour de grands équipements, de grands chantiers, de grandes missions, d’une volonté humaine qui est la nôtre, qui n’est pas de donner l’exemple à la Terre entière mais simplement d’être à un moment des pionniers, des inventeurs, des promoteurs de notre culture, de la culture du monde.

Je commencerai par rétablir l’autorité du ministère de la Culture, qui a deux vocations. Promouvoir la création, parce qu’elle est exigeante, parce qu’elle peut être coûteuse, parce qu’elle peut être menacée dans sa liberté. C’est le rôle du ministre de la Culture, de ses services, à chaque fois de préserver l’émergence, de favoriser la connaissance qui va à un moment apparaître, de prendre le risque de la liberté. Et puis, la deuxième vocation du ministère de la Culture, c’est de faire en sorte qu’il y ait une démocratisation culturelle, l’accès de tous aux biens, aux œuvres, aux manifestations de l’esprit, à l’émotion. Le budget du ministère de la Culture sera donc sanctuarisé, protégé, préservé.

Mais il faudra aller plus loin que ce seul ministère. Dans toutes les missions du gouvernement, il y a une part pour la culture : au ministère des Finances la fiscalité, au ministère de l’Education l’éducation artistique, si essentielle, au ministère de la Ville de permettre que dans les quartiers les plus reculés de la République il y ait aussi une reconnaissance de la culture qui s’éveille là, qui émerge, qui se diffuse, et même au ministère des Affaires étrangères, parce que nous avons à promouvoir la culture partout dans le monde, la langue française.

Mais nous devrons aussi établir un nouvel équilibre entre les moyens qui seront donnés aux grandes institutions qui rayonnent, qui sont magnifiques et aussi le soutien tellement attendu aux équipements culturels, aux compagnies, aux festivals, aux artistes. Oui, avoir ce sens de la répartition des crédits pour toutes les missions, et un nouveau modèle qui passera nécessairement par un contrat entre l’Etat et les collectivités locales.

Aujourd’hui villes – ici je suis à Paris qui, avec Bertrand Delanoë, présent parmi nous, est exemplaire en matière culturelle – départements, régions, assurent 60 % des dépenses en matière culturelle. Il faut donc un contrat entre ces collectivités et l’Etat pour poursuivre des missions qui peuvent être communes. A l’Etat de fixer le cap, de donner les objectifs, d’assurer cette vigilance sur la création d’être initiateur, incitateur, partenaire. Il doit être présent sans écraser. Il doit imposer sa vigilance sans arrogance. Mais nous avons aussi besoin de collectivités locales qui s’engagent dans la durée, qui puissent contribuer au financement des équipements et également au fonctionnement. Nous engagerons donc une nouvelle étape de la décentralisation. Elle vaudra aussi pour la culture !

Ensemble, nous aurons à soutenir l’émergence artistique. Je pense à ces femmes, à ces hommes qui font vivre les associations, les compagnies, les théâtres, les festivals, ceux qui mènent une vie difficile, éprouvante, qui s’inquiètent toujours par rapport à leurs financements, qui connaissent la précarité, la pauvreté, l’intermittence. Nous devrons donner de la durée à ces artistes, à ces créateurs, à ces promoteurs, à ces responsables associatifs, qu’ils ne soient pas toujours en train de guetter avec inquiétude les versements venant des collectivités locales et de l’Etat.

Et nous devons aussi assurer, comme partout ailleurs, le renouvellement des générations. J’ai proposé une grande idée, dans cette campagne présidentielle : le contrat de générations. Il vaut aussi pour la culture, ce compagnonnage du 21e siècle qui est au cœur de mon projet pour l’emploi et pour la jeunesse ! C’est bien qu’il soit étendu aussi aux entreprises culturelles. On néglige trop le savoir-faire des plus anciens. On verrouille les portes quand les jeunes demandent à y frapper. La transmission est essentielle dans la vie artistique comme partout. Je proposerai donc la mise en place systématique de résidences d’artistes dans toutes les institutions publiques, permettant d’assurer le passage de témoin.

C’est pour ce nouvel équilibre entre institution et équipement culturel, entre Etat et collectivités locales, entre artistes qui assurent le fonctionnement de nos institutions et l’émergence d’une nouvelle création, c’est pour assurer cette cohérence que je demanderai au Parlement de voter une loi d’orientation sur le spectacle vivant.

Mais la culture c’est l’égalité et tout commence à l’école. C’est à l’école que peuvent, comme le disait Jaurès, s’illuminer tous les soleils, c’est-à-dire toutes les consciences, toutes les émotions, tous les bonheurs d’apprendre. Les trésors de l’esprit humain sont à tout le monde et je ne veux pas qu’un seul enfant de notre pays puisse, à cause de l’endroit où il est né, du milieu où il a grandi, se dire un jour : l’art, la peinture, la sculpture, la culture au sens le plus vaste, ce n’est pas pour moi. Si, c’est pour chacun, c’est pour tous, c’est pour tout le monde. Tous les enfants de la République ont le droit à la culture, à la beauté, à l’émerveillement, à l’émotion, à l’émancipation, au bonheur de découvrir, de partager, de créer les œuvres de l’esprit.

La Gauche l’avait d’ailleurs bien compris, sous l’égide de Catherine Tasca et de Jack Lang, engageant un vaste plan pour le développement de l’éducation artistique. Quel dommage, pour je ne sais quelle raison, que ce plan ait été abandonné, oublié, interrompu ! Eh bien, nous le reprendrons. L’éducation artistique sera une des priorités de l’Education nationale. Les enseignants y seront bien sûr engagés, et les artistes aussi, qui viendront dans l’école de la République pour participer de cette grande aventure.

La culture, c’est aussi le patrimoine. Le patrimoine, c’est l’héritage. Le patrimoine, c’est la propriété de tous. Le patrimoine, c’est la Nation. Le patrimoine, c’est aussi un secteur économique où des métiers, des métiers menacés, des métiers d’artisans et des métiers d’artistes sont étroitement liés aux chantiers de restauration que les collectivités ou l’Etat engagent. Nous ferons en sorte que cette culture de l’art, cette culture du patrimoine puisse, à travers de grands chantiers de rénovation, être poursuivie, préservée, amplifiée. Ce sont des métiers qui doivent non seulement être protégés, mais être transmis.

Le patrimoine, c’est bien sûr le patrimoine historique, le patrimoine bâti, mais c’est aussi des collections, des œuvres. Je réaffirmerai en particulier le principe d’inaliénabilité des collections publiques aujourd’hui insidieusement remis en cause. Nous permettrons des programmes de numérisation des œuvres, qui correspondent à un ensemble de richesses qui nous appartiennent et qui ne peuvent pas être privatisées par des opérateurs, pour des opérateurs.

La culture c’est une langue, et la nôtre est belle, et la nôtre est belle nous unit. Parler, écrire la même langue, c’est employer les mêmes mots pour dire les mêmes craintes mais aussi les mêmes espérances. C’est partager des valeurs. Car les mots et la grammaire relient chaque individu à une vision du monde. Notre langue est le premier des liens qui nous rassemblent. Notre langue, c’est notre première République, celle que nous parlons.

Je n’accepte pas que plus de 15 % de notre jeunesse entre en classe de sixième sans maîtriser la langue française, sans cet acquis fondamental. Ces jeunes sont condamnés avant l’heure à l’exclusion, à une forme de relégation, à l’impossibilité d’accéder aux œuvres. L’apprentissage de la langue française sera donc, là encore, pour l’Education nationale, une exigence, un principe, une priorité.

Mais la langue est vivante. L’histoire de notre langue, c’est aussi une histoire de l’hospitalité française, de l’échange, du commerce immatériel. L’histoire d’une force, notre langue qui s’est intégrée sans renoncer, sans crainte, sans avoir peur de l’autre. Beaucoup de mots en usage dans notre langue sont des mots si je puis dire « immigrés », que nous avons accueillis d’autres langues, d’autres populations, et qui font aujourd’hui la richesse du français.

Je veux défendre notre langue, la langue française. Je veux même qu’elle soit davantage promue, défendue à l’extérieur. La francophonie est une grande cause, non pas pour la France mais pour ces 250 millions d’humains qui nous font le bonheur, qui nous donnent la fierté de parler notre langue, et qui nous reprochent souvent de la défendre si mal alors qu’eux, dans des pays très lointains, parlent le français parce qu’ils veulent parler une langue de liberté, une langue de culture.

Il y aura au lendemain de l’élection présidentielle un sommet de la francophonie, et je souhaite que le prochain président de la République en soit un des acteurs, non pas pour défendre sa langue, mais pour défendre la langue française au service de l’humanité, de la diversité culturelle.

Et puisque je parle de diversité, la langue française n’a rien à craindre des langues régionales ou des langues minoritaires. L’affirmation du français ne saurait refuser la diversité linguistique. Et là encore, je ferai ratifier la charte des langues régionales, parce que je considère que pour beaucoup de nos concitoyens qui parlent — et parlent merveilleusement — le français, c’est une richesse de plus que de parler une langue régionale.

La diversité, j’ai employé le mot. Nous l’appelons en France l’exception culturelle. Je veux ouvrir l’acte II de l’exception culturelle. L’acte premier avait été posé au lendemain de 1981 à travers le prix unique du livre, qui a sauvé le livre en France. Aujourd’hui, nous sommes devant un autre défi qui s’appelle le numérique. Le numérique, c’est un formidable moyen de favoriser l’accès du plus grand nombre à la culture. Cette technologie, nous devons bien l’adapter, nous en servir comme un instrument de libération et la mettre au service des valeurs que nous défendons. Nous ne pouvons pas simplement livrer cette technologie au marché, à l’argent, aux opérateurs qui ne se préoccupent pas des contenus mais qui essayent d’utiliser, en définitive, y compris la création des autres pour la capter et en faire richesse pour eux-mêmes.

Nous devrons, nous, reconnaître pleinement le droit d’auteur. Nous avions contesté en son temps la loi Hadopi parce que nous ne pouvions pas comprendre qu’il y ait cette opposition créée, entretenue, entre le créateur et l’internaute, et qu’il y ait d’abord l’expression d’une répression. Sur le sujet du numérique comme sur tant d’autres, le candidat sortant n’a fait qu’opposer les uns et les autres, comme si l’on pouvait opposer le créateur et son public. Et en même temps, nous aurons nous-mêmes, après avoir remplacé la loi Hadopi par une loi sur l’exception culturelle, à définir un nouveau modèle, un nouveau cadre économique et juridique pour l’Internet et pour les artistes. Je défendrai la liberté mais aussi les droits moraux, patrimoniaux des auteurs, écrivains, compositeurs, interprètes. Bref, nous avons à concilier, réconcilier une nouvelle fois.

Il y aura une réforme des droits intellectuels qui tiendra compte des nouvelles pratiques culturelles, qui garantira la liberté de création et son financement, et qui combattra les logiques de concentration. Il nous faudra faire vite et ensemble. Nous poserons trois principes fondamentaux : le développement massif de l’offre légale, la lutte contre la contrefaçon commerciale et l’élargissement des sources de financement. Nous assurerons ainsi et la protection des auteurs, et la possibilité pour le plus grand nombre d’accéder au moindre coût aux œuvres de l’esprit, et en même temps l’élargissement des sources de financement en les prenant chez les opérateurs et chez les industriels qui, finalement, bénéficient de la diffusion d’Internet.

Nous agirons aussi à l’échelle de l’Europe, car ces gros opérateurs, consommateurs de contenus, sont localisés dans des pays où ils ne payent pas d’impôt sur les sociétés, et ailleurs où ils ne payent pas de TVA. L’Europe devra harmoniser sa fiscalité par rapport à ces opérateurs qui s’enrichissent sans créer de contenu culturel. Parallèlement, je proposerai d’aligner au niveau du taux réduit de TVA la taxation de tous les biens culturels, quels qu’en soient les supports.

Enfin, il y a le livre qui affronte à son tour des bouleversements technologiques et économiques majeurs. Je favoriserai toutes les initiatives qui permettent de fédérer ce secteur — il y est prêt : éditeurs, libraires, auteurs — pour que sur des questions aussi importantes, là encore, que les transports, les plates-formes d’achat, les bases de données, l’innovation, il y ait des règles qui permettent de préserver le livre en tant que produit culturel de première importance.

Je sais aussi combien il faudra se battre pour le prix unique du livre numérique, combien il faudra agir aussi au niveau européen pour préserver cette exception.

Et enfin, nous devons faire tout pour que les libraires — ces libraires qui assurent non seulement la distribution des livres, mais aussi les conseils, l’animation autour du livre — puissent être partout présents sur le territoire. Ils sont menacés, et ils ont été encore affectés par la hausse de la TVA de 5,5 % à 7 % sur le livre. Cette mesure sera abrogée, et la TVA reviendra à 5,5 %.

En matière audiovisuelle se développent des chaînes, aujourd’hui, qui n’ont aucune obligation de financement de la création, et qui en plus affaiblissent toutes les autres qui ont cette contrainte, ou plus exactement ce devoir. Sont attribués six nouveaux canaux à quelques semaines de l’élection présidentielle, dans des conditions contestables et que je n’accepte pas. Ce sera une nouvelle fois à la puissance publique de faire en sorte qu’il y ait les mêmes obligations pour les mêmes chaînes dès lors qu’elles bénéficient des mêmes supports.

Nous devrons veiller aussi au financement du cinéma, qui doit tant aux chaînes publiques et à Canal +. Et méfions-nous qu’autour du financement du sport, il y ait une atteinte qui touche la chaîne cryptée et qui ensuite, faute de moyens, réduise son soutien au cinéma.

Quant à l’audiovisuel public, qui est un service public, il doit davantage contribuer à la création audiovisuelle et cinématographique. En France, ces chaînes publiques ont été, hélas, affaiblies par un système de financement sans cohérence et sans constance. Nous aurons à y mettre bon ordre pour que les chaînes, dans les cahiers des charges, soient davantage amenées à financer la création et le cinéma.

Et, pour que les choses soient claires puisque je parle de l’audiovisuel public, les présidents de ces chaînes seront nommés par une instance indépendante, ce qui évitera au prochain président de se mêler et de la nomination des présidents de ces chaînes, et même des directeurs de programmes, quand cela ne va pas plus bas dans la hiérarchie !

Enfin, il y a le cinéma. Chacun je crois, ici, a été fier du succès du film The Artist. Mais rappelons que c’est grâce à France 3, première chaîne à avoir eu confiance dans ce projet, puis à Canal +. Et si nous devons saluer ce succès, nous devons aussi rappeler l’originalité du financement du cinéma français, le rôle du Centre national du cinéma qui doit être préservé, garanti, ainsi que ses ressources. Avec également la chronologie des médias qui doit être absolument préservée si nous voulons éviter qu’il y ait une confusion dans les règles de financement. Et je n’oublie pas toutes les formes de cinéma : cinéma d’art et d’essai, créateurs et producteurs indépendants, bref, ce qui a fait notre modèle auprès des institutions européennes et qui fait qu’aujourd’hui, beaucoup de pays regardent vers la France pour que le cinéma puisse être partout aussi bien défendu, promu qu’en France, et donc partout en Europe.

L’exception culturelle ce n’est pas l’exception culturelle française, ce doit être l’exception culturelle européenne !

La culture, c’est aussi la découverte et donc l’attention, la vigilance à l’égard de tout ce qui émerge. Il faut remettre en cause un certain nombre de situations. Il faut éviter les rentes, même en matière culturelle. Il convient de renouveler les formes artistiques. Je l’ai dit, c’est le rôle du ministère de la Culture de retrouver cette exigence d’un regard nouveau, d’un regard complice à l’égard de la création. Aujourd’hui, trop peu de formes nouvelles, émergentes, sont soutenues. Je pense notamment aux cultures urbaines, aux cultures des quartiers qu’on regarde avec condescendance ou simplement dans le souci d’une bonne intégration. Non, ces cultures-là sont notre culture, pleinement !

Je serai attentif à l’avenir du Centre national de la musique, qui est une bonne idée à condition que ce soit à travers une bonne répartition de ce qui revient aux producteurs et de ce qui revient aux artistes. Parce que ce sont les artistes qui, en définitive, créent la musique que nous entendons.

La culture, c’est la liberté. Quand je dis la liberté, c’est la liberté de création, c’est la liberté de diffusion, mais c’est aussi la liberté pour les créateurs de ne pas être sous l’influence de toutes les formes d’intégrisme. Aucune atteinte, aucune entrave à la liberté de créer ne doit être tolérée, aucun sectarisme ne peut être accepté. Il y a des spectacles en France qui, hélas, suscitent des manifestations, des protestations, et parfois des tentatives d’empêchement. Cela s’est passé ici même à Paris. Et il y a même des formes de violence à l’égard de ceux qui créent — je pense à notre ami Jean-Michel Ribes qui a été à plusieurs reprises victime d’un certain nombre de ces tentatives d’intimidation. Je veux lui dire mon soutien.

La liberté, c’est aussi celle d’écrire et d’informer. L’indépendance de la presse est vitale pour notre démocratie. Je proposerai d’ouvrir, là encore, un débat sur les moyens de renforcer la presse d’information politique et générale. Il y a eu l’idée d’états généraux de la presse, qui n’a comme souvent été traduite par rien mais qui ne doit pas être gâchée.

Nous aurons donc à cœur de tenir deux principes.

Le premier, c’est que l’exigence de pluralisme oblige à un réexamen de l’ensemble des aides à la presse, pour qu’elles soient destinées à la presse d’information politique et générale, si importante pour notre démocratie.

Le deuxième principe, c’est que nous devons encore renforcer la loi sur la protection des sources des journalistes, si malmenée depuis plusieurs mois.

Là encore, nous devons soutenir la modernisation de la presse qui, elle aussi, est confrontée au numérique. Nous avons besoin d’une presse indépendante, libre, mais aussi forte sur le plan économique.

Enfin, je veux terminer par une dernière exigence. La culture, c’est l’ouverture aux autres. La création française est appréciée partout dans le monde. C’est notre fierté. Et en même temps, quel regret de voir des instituts cultures à l’étranger qui ferment, des moyens pour la promotion de notre langue remis en cause ! Comment accepter, aussi, que la France si riche de ses artistes régresse sur le marché de l’art ? Et comment admettre que les aides qui étaient jusque-là à la création africaine – notamment à la danse, aux arts plastiques, à son cinéma – aient été aussi mises en cause ? Comment accepter, alors que nos festivals vivent avec des artistes étrangers, que certains n’aient pas pu venir en France parce qu’ils n’ont pas disposé des visas indispensables ? De quoi avons-nous peur ? Quelle image voulons-nous donner ?

La culture, c’est l’échange. C’est le partage. C’est aussi donner ce que l’on a de mieux, c’est-à-dire les artistes, c’est-à-dire les hommes. C’est ne rien craindre de l’autre. Et puis, il y a les gestes qu’il convient de faire. Un symbole parmi les autres doit être notre présence culturelle en Grèce. Il y a, à Athènes, l’Institut français. Je souhaite qu’il soit non seulement préservé, mais renforcé – pour que nous disions aux Grecs qui souffrent aujourd’hui combien nous sommes reconnaissants à la Grèce de sa culture, de son théâtre, de sa démocratie. Nous leur devons tant, aux Grecs, que nous pouvons aussi leur offrir, nous, notre présence à Athènes à travers un institut culturel !

Et puis le prochain président de la République devra de nouveau ouvrir le chemin de l’Europe de la culture. Depuis la création de la chaîne Arte en 1992, rien n’a véritablement été entrepris. Où sont les programmes de coopération scientifique, tel Euréka ? Comment avons-nous pu accepter qu’ils disparaissent ? Et ce magnifique Erasmus qui permet – c’est un tel bonheur ! – aux étudiants d’ouvrir leur intelligence en allant poursuivre leurs études dans un pays étranger ? Pourquoi n’a-t-on pas davantage développé ces programmes ? Pourquoi ne les a-t-on pas ouverts à tous les jeunes, mais simplement aux jeunes étudiants ? Pourquoi, chaque année, seulement 25 000 jeunes Français en bénéficient-ils ?

La culture devrait inspirer tant de projets ! Je salue, par exemple, l’initiative Europeana – mise en réseau des grandes bibliothèques européennes –, dans lequel s’inscrit le projet Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Grand projet ! Beau projet qui a permis, justement, que la numérisation des œuvres reste dans le domaine public. Et c’est la preuve que Google n’est pas le seul acteur possible en la matière, et que les initiatives publiques sont pertinentes et efficaces pour valoriser notre patrimoine commun.

La culture, c’est la curiosité. Une vertu qui est celle de la jeunesse. Une vertu qui est celle des scientifiques, des créateurs, des artistes. Une vertu indispensable pour penser, imaginer le monde. Plus que jamais, il nous faut mobiliser nos capacités d’intelligence, de création, de savoir, de recherche. On nous dira : mais ce n’est pas urgent. Il y a tant de choses qui ne peuvent pas attendre ! N’oublions pas la mise en garde d’Edgar Morin : le plus souvent, on sacrifie l’essentiel à l’urgence, alors que l’urgence, c’est l’essentiel. Et l’urgence aujourd’hui, c’est aussi de participer à l’effort de culture, de création, de savoir, de recherche !

J’entends encore la voix de François Mitterrand en ce jour du printemps 1995, où il accueillait au Panthéon les cendres de Pierre et Marie Curie. « Le destin des civilisations », disait-il, « n’est pas de redouter la connaissance des choses, mais de la maîtriser. Le refus du savoir, la crainte de la pensée créatrice sont le propre des sociétés perdues ». Nous devons donc faire en sorte que notre société n’ait rien à craindre de la connaissance, de la création, du savoir. C’est la plus belle aventure humaine qui soit !

Nous avons plus que jamais besoin de sciences, de sciences humaines, de sciences exactes, de chercheurs, de créateurs. Toujours davantage besoin de croiser nos regards, de comprendre le réel, d’imaginer l’avenir. Il y a plusieurs manières de mal préparer l’avenir. Trois manières de passer un bien mauvais relais aux générations qui nous suivent. La première mauvaise manière, c’est d’accumuler les dettes sur les dépenses courantes : la Droite l’a fait.

La deuxième manière, qui n’est pas moins malfaisante et destructrice, c’est de ne pas investir dans les secteurs d’avenir. La plupart de nos concurrents font mieux que nous, parce que nous, ou plus exactement les autres ont sacrifié cette perspective. Et comment a-t-on pu laisser s’installer une hiérarchie des rémunérations qui donne si peu à voir des exigences de demain ? Comment un trader peut-il être payé dix fois un ingénieur et vingt fois un chercheur ? Quel signe envoie-t-on ! Quelle échelle des valeurs ! Quelle fausse image pour comprendre nos priorités ! Oui, créer, inventer, mérite quand même mieux que de spéculer.

Mais il y a une dernière manière de mal préparer l’avenir – c’est la pire : c’est la fermeture. La fermeture dans sa discipline. La fermeture dans sa catégorie. La fermeture dans son territoire, dans son quartier. La fermeture dans ses certitudes. La fermeture dans son idéologie. La fermeture dans ses préjugés. On s’enferme aussi derrière ses frontières. C’est contraire au génie traditionnel de la France qui est fait d’accueil, de compréhension, de fierté ! Comment peut-on freiner, limiter l’entrée sur notre territoire des étudiants de qualité qui demandent à pouvoir servir les universités françaises, la recherche française, la création française, et qui veulent être des ambassadeurs parlant notre langue, connaissant notre culture, qui porteront ailleurs ce qu’ils auront trouvé ici ?

La France est une grande Nation. Elle ne peut pas être déterminée par la peur. Elle ne peut pas être soumise simplement à des craintes. Elle ne peut pas être fermée. Elle est ouverte. La France mérite un grand destin ! Elle ne peut pas être dans le repli. La France a traversé tant de crises qu’elle sait surmonter les épreuves. La France ne peut pas abandonner une grande ambition. Le monde est menaçant, et alors ? Nous savons que nous pouvons être capables de le dominer. La finance est forte, et alors ? La démocratie doit être plus forte encore que les marchés. L’Europe – la belle Europe, la grande Europe –, l’Europe est tentée par l’austérité généralisée à travers un traité, et alors ? Nous pouvons être capables de le renégocier si le peuple français en décide. C’est l’enjeu du scrutin qui s’annonce !

Voilà pourquoi en venant ici parmi vous, amis artistes, créateurs, et tout simplement amis de la culture, je suis dans le sujet. Je suis dans le rendez-vous de l’élection présidentielle, qui est toujours la confrontation entre la peur et l’espoir, entre le repli et l’ouverture, entre la caricature et l’imagination. Je crois au génie de la France. C’est pourquoi je fais confiance à sa culture, à sa recherche, à la pensée – c’est-à-dire, finalement, à ce que nous sommes capables de faire le mieux ensemble. Et que nous devons faire partager non seulement à tous les citoyens, quels que soient leur condition, leur quartier, leur situation. Partout, la culture doit être au service de l’émancipation, au service de l’égalité, au service de l’émotion. Partout, nous devons faire que la culture soit un sujet de fierté commune.

Et c’est pour cette raison que je suis candidat à l’élection présidentielle autour d’un projet qui porte la jeunesse, la jeunesse de France au cœur de mes engagements !

Je suis candidat à l’élection présidentielle dans un moment très difficile pour notre pays, pour l’Europe, pour le monde. Et je veux aussi repenser, réinventer le rêve français, ce beau rêve qui consiste à croire, à vouloir que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre ! C’est ce rêve-là que nous devons encore faire partager.

Et ce rêve, il est aussi un rêve de culture, un rêve de savoir, un rêve de connaissance qui fait que la France pense être en avance sur le reste du monde, tout en ayant le souci, le respect d’offrir ce qu’elle fait de mieux, ce qu’elle crée de mieux à tous les pays du monde.

Voilà pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle : pour que le rêve français, pour que le changement vienne ! Que le changement vienne vite !

Il est là ! Cinq semaines avant le premier tour. Beaucoup va se jouer au premier tour. Sept semaines avant le 6 mai ! Le 6 mai, ce sera un grand jour pour la France, pour la République et pour la culture !

Merci !

Audiovisuel, Culture en luttes, Education populaire, Médias, Patrimoine, secrétariat national culture, Section culture, Spectacle vivant

Les Arts Plastique en France

12/03/2012

 

 

La Section culture s’est réunie le 13 février 2012, au P.S., salle Guidoni

 

Afin de débattre autour des problématiques dans le secteur des Arts Plastiques 

Etaient parmi nous  :

 

Georges-Philippe Vallois, président du comité des galeries d’art (CIPAC)

Philippe Schlienger -Union des Photographes Professionnels (UPP)-

Katerine Louineau (FRAAP et CAAP)

Christophe Le François (CAAP)

Sylvain Lizon, directeur de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy et trésorier de l’Andéa

Christian Chamourat (Agessa, S.A.I.F., membre fondateur de l’UPP),

Guillaume Roche (Syndicat National des Sculpteurs et des Peintres).


 

Christian Chamourat (Agessa, S.A.I.F., membre fondateur de l’UPP),

On n’est pas du tout contre la copie privée que les gens réalisent pour eux sur leur ordinateur. On est pour la photographie et on suit l’ensemble des auteurs et des ayants droit pour régler ce problème. Le problème que l’on a, nous, c’est que 99 ou 100% de la copie ne se fait pas pour des raisons privées, mais se fait surtout pour le monde professionnel. C’est à dire que nous ne connaissons pas d’entreprise en France qui fasse de la communication audiovisuelle ou musicale en n’achetant pas les droits concernés chez les éditions musicales ou auprès des ayants-droit, auprès de la SACEM, par exemple.

Par contre toutes les entreprises françaises, quasiment sans exception, utilisent de l’image qui est donnée sur Google images, sur images en stocks, Photolia, etc.

Quand on ne trouve pas une photo du gouverneur de la Banque de France sur Internet, on fait appel à des photographes spécialisés, mais tout le reste provient du net.

N’importe quelle image. On demande à des retoucheurs de les reprendre, on dépense plus d’argent à transformer les images ainsi récupérées qu’à rémunérer les auteurs.

Le marché va s’éteindre de lui-même si ça continue.

Le pire, ce qui nous scandalise le plus, c’est qu’ Hadopi donne le label plus à Photolia, alors que c’est complément libre de droits, c’est interdit dans notre pays.

C’est donc en total illégalité alors qu’ Hadopi le fait en totale liaison avec les critères du commerce internet.

Le droit d’auteur est une gêne au e-Business.

Les tribunaux ne s’attaquent pas aux sculpteurs pour dire que leur œuvre n’est pas originale, mais pour ce qui concerne les photographes, on gagnait 98% des procédures quand on était accusés de contrefaçon. Aujourd’hui, c’est le contraire. On les perd quasiment toutes… et on se retrouve en première instance avec des juges qui font condamner des gens en disant que leur image n’est pas originale.

Mais par contre il faut payer 20000 euros pour faire intervenir l’article 700 sur la contrefaçon. Peu d’artistes sont capable de débourser une telle somme. Et les juges de la troisième chambre de Paris, disent « il ne faut pas gêner le e-business : il faut le libérer »… Ce sont des dispositions transposées en 2004 de la loi européenne, puisque c’est une directive de 2000 qui le stipule. La loi LCN, et la loi sur l’utilisation numérique…

 

 

Rosine Young (Secrétaire adjointe de la section Culture)

Alors quelle proposition préconiser ?

 

Christian Chamourat

La licence globale, soutenue par toutes les associations et la SACEM, c’est Unversal. C’est les intermédiaires qui nous ont poussés dans cette direction et qui eux veulent l’essentiel des revenus du domaine, revenus qui nous étaient destinés.

On a chiffré que si chaque compte internet était taxé à hauteur de 7 euros, on se serait retrouvés au bout de six ans, avec un milliard d’euros par an pour les ayants droits. Or, depuis 2005, nous n’avons rien reçu.

 

Rosine Young

Demain on te met en charge de résoudre ce problème, que fais tu ?

 

Christian Chamourat

On arrête tout de suite l’histoire Hadopi. On se met d’accord sur une licence globale pour les ayants-droit et surtout il faut une volonté politique pour arrêter le entreprises contrevenantes. Nous ne pouvons pas le faire nous mêmes… Normalement nous devrions pouvoir agir pour contraindre ces gens à ne pas le faire. La presse, qui ne respecte pas le volet de la loi Hadopi sur les entreprises de presse par rapport aux journalistes, ils ont beau être condamnés devant l’URSSAF à des sommes astronomiques, mais ils continuent quand même. Je comprends très bien que des partis politiques devant des éditeurs de presses soient embêtés… Mieux vaut sacrifier les photographes que les relations qu’ont les politiques avec la presse.

 

 

Sous certains gouvernements…

 

Nous, dans la photographie, on a eu trois réformes relativement importantes.

Nos calculs de cotisations étaient basés sur le chiffre d’affaires et c’est le gouvernement Balladur qui a institué une réforme basée sur le bénéfice, ce qui était plus logique.

Deuxièmement, on payait la taxe professionnelle alors qu’aucune autre profession artistique ne la payait.

C’est Mr Alain Lambert, du budget (UMP) qui l’a supprimée.

Troisième mesure, c’est la formation professionnelle en continu et là c’est la  décision de Frédéric Mitterrand qui nous l’a obtenue.

 

Ça fait un certain nombre d’années qu’il n’y a pas eu de gouvernement de gauche…

 

Non, on doit beaucoup à la loi Jack Lang de 1987 qui a reconnu la photographie comme une activité artistique à part entière… Les mêmes droits, les mêmes devoirs : c’était quand même essentiel. Et puis il y a eu la fameuse disposition 14 de la loi qui est devenu l’article L 132 -31-32-33 sur la publicité où le ministère a supprimé la commission. Ce qui n’était pas souhaitable.

 

La problématique Hadopi est plus par rapport au cinéma et à la musique, elle l’est moins vis-à-vis des utilisateurs privés, voire des photos, consultées depuis leur domicile, que vis-à-vis que ceux qui l’utilisent dans un cadre professionnel et qui en tirent profit. C’est un problème fondamental.

Internet n’est pas un licence ouverte aux entreprises commerciales pour tirer profit de la création des autres.

Cette question est souvent oblitérée par les majors qui font du disque ou de la production audiovisuelle. Nous ne voyons pas en quoi une société privée a le droit de s’exonérer des devoirs qu’elle a vis-à-vis du travail des créateurs qu’elle sollicite.

 

Nous disons que c’est la Loi qui libère et que ce sont les  — mauvais — usages qui enferrent.

Si nous n’avons pas l’aide des pouvoirs publics, les droits d’auteurs des photographes pourraient disparaître… Or, le droit d’auteur c’est le salaire des gens, ce n’est pas une espèce de prime à la qualité qui est distribuée comme ça. C’est vraiment une forme de rémunération proportionnelle qui est formidable. C’est une chance pour les distributeurs mais pour nous, c’est une catastrophe.

 

Philippe Schlienger -Union des Photographes Professionnels (UPP)-

La grande question aujourd’hui : est-ce que l’on veut des droits d’auteurs ou non ? nous avons un code de la propriété intellectuelle qui protège les auteurs des grosses organisations.

Les pouvoirs publics sont-ils prêts à s’engager pour faire respecter les lois, parce que les lois existent, c’est ce qui est le pire… C’est une loi ancienne qui pourrait très bien être réhabilitée.

Il y a eu l’énorme rapport Mazart sur les usages du numérique… Il y a des pistes et beaucoup de choses à faire, mais il faut l’éclosion d’une volonté politique pour le faire. Et c’est là que les auteurs attendent que les candidats se déterminent.

On a préparé un questionnaire pour eux, notamment pour Mr Hollande, en intervenant sur des questions très précises. C’est très technique et nous n’entrerons pas dans des détails pour lesquels nous sommes ici des spécialistes, mais c’est vrai que c’est notre préoccupation principale.

Est-ce que les droits d’auteur vont survivre et vis-à-vis des droits à la vie privée, est-ce que l’on va se soumettre à Facebook ?

Et concernant le droit privé, à l’heure où Google met en ligne avec Google Images ou Photolia droits et photos à l’International… sans aucun respect des droits d’auteur.

Or le droit français est très simple, si une image est diffusée en France, c’est le droit du sol français qui s’applique. Ce qui compte en France, ce n’est pas du tout la nationalité de la société concernée. Or ces lois ne sont pas respectées parce que l’on nous dit que cela va être un frein à la diffusion de la culture numérique gratuite. Si on ne donne plus nos œuvres, elles ne pourront pas être diffusées. C’est un raisonnement vicié.

Le droit d’auteur permet au contraire la diffusion des œuvres et non pas le contraire. C’est à ce niveau là que l’on attend vraiment un geste fort du Parti Socialiste.

 

Guillaume Roche (Syndicat des Peintres et des Sculpteurs)

En ce qui concerne la formation aux Arts Plastiques, on assiste à un grand recul depuis une dizaine d’années, sur les moyens que l’on attribue à la formation initiale, générique, des collèges et des lycées qui est devenue un parent pauvre de la formation générale. Ce sont des questions qu’il faut remettre de manière impérative au cœur du débat. On ne peut pas promouvoir une culture populaire sans avoir une formation populaire.

Le système français a subit de grosses avancées il y a une trentaine d’années en matière de diffusion de la culture et des arts plastiques en particulier. Le système qui n’était pas parfait, loin s’en faut avec des effets pervers induits, avait tout de même le mérite de nous placer sur des bases de diffusion populaire. La diffusion est ce qui nous permet de vivre, or il y a les centres d’art mais cela reste très limité et il y a la vente à tout un chacun, d’où la loi sur les entreprises commerciales, dont on souhaite étendre les usages aux particuliers et autres.

Aujourd’hui on nous a augmenté la TVA à 7%. C’est une part à priori minime mais en réalité importante que nous perdons. D’autre part nous souhaitons défiscaliser les achats de ventes d’art. On ne souhaite pas d’aide spécifique, on garde notre liberté, mais on souhaite voir adoptée cette proposition. Le cas des expositions est symptomatique puisque l’on devrait être payés pour le faire d’après la loi, souvent on doit payer une somme pour exposer, et dans le pire des cas on perd de l’argent pour le faire.

Il y a un problème de diffusion de notre travail, soit vis-à-vis des galeries soit des centres d’Art et quand la sphère publique nous désigne à des fins d’éducation populaire, on ne gagne pas suffisamment d’argent pour accomplir ce travail. Le droit d’auteur en matière de représentation n’est pas du tout reconnu. Ce sont des bases simples en plus de l’éducation artistique à l’école…

 

Cette demande d’éducation aux arts est vraiment un thème qui revient très souvent. Un vrai déficit à l’appréciation de l’art. Il faut investir dans la formation de l’art pas seulement la pratique, mais aussi l’éducation de l’œil et de l’oreille, c’est vraiment un des fondements sur lesquels on veut insister. Ce doit être une pierre angulaire de la nouvelle législature à venir. Concernant la diffusion et du fait de pouvoir en vivre, il y a une problématique qui doit être absolument prise en compte.

 

Sylvain Lizon (dr de l’École nationale supérieure d’Arts de Paris Cergy et trésorier de l’Andéa)

 

Une présentation de l’enseignement supérieur artistique. Effectivement, il y a une carence de l’enseignement initial qui a des conséquences. Donc, l’enseignement supérieur artistique connaît effectivement des changements importants actuellement, ce qui aboutit à un renforcement du niveau général des enseignements pour en faire un des réseaux le plus importants dans le champs de l’enseignement supérieur européen. C’est un enseignement supérieur public.

Il y a deux filières : celle des universités d’Arts Plastiques, je représente la deuxième filière, celle des écoles d’Art, qui anciennement s’appelaient traditionnellement écoles des Beaux Arts (sous l’effet de la création des UFR d’Arts Plastiques, après mai 68, dans les départements de lettres, en réponse à la situation jugée académique, conservatrice de l’époque).

Parallèlement, les enseignements dans les écoles d’art font leur révolution pour maintenant aboutir à un système totalement décloisonné, basé sur le projet étudiant, avec un fort enjeu de transversalité, ce qui est un projet dans le projet, et une ouverture maximale sur le monde extérieur avec en plus des matières classiques, des matières parallèles comme la vidéo, la photo, le son, la philosophie de l’art, la philosophie l’ethnologie, et toutes le sciences humaines d’une manière générale…

C’est donc un réseau de 41 établissements, 11000 étudiants de 1500 enseignants, partie du réseau des enseignements culture qui compte 125 établissements si on y ajoute les écoles de musique, conservatoires, etc et c’est un enseignement qui est passé sous les fourches caudines de la réforme du LMD — licence / master / doctorat — puisque l’ensemble des établissements délivrent deux diplômes, le premier après trois années d’enseignement à BAC+3 (qui n’est pas reconnu comme licence), le DNAP (diplôme national des Arts Plastiques) et un diplôme reconnu au niveau Master II, le DNSAP (diplôme national supérieur des Arts Plastiques). C’est un cap important qui a été franchi pour les établissements à cette occasion.

Maintenant s’esquisse un autre cap, celui de la recherche en art avec un colloque qui a été mené sur le sujet (d’où on vient, vers quoi on peut souhaiter se diriger, etc), organisé dans une école d’architecture la semaine dernière. Or, l’ensemble du réseau est territorial, et neuf écoles sont nationales (six en régions et trois en île de France). C’est important pour les collectivités territoriales, car les écoles d’Art sont passées d’un statut de régime municipal à un statut d’école publiques de coopération culturelle. C’est un statut qui permet de garantir une autonomie vis-à-vis du politique, puisqu’un diplôme national ne peut pas être transféré à un élu que ce soit un maire, un président de Conseil Général, d’agglomération ou de Région.

Il fallait donc un statut autonome et c’est le EPCC qui a été choisi. Cela a entraîné une sensibilisation accrue des grands élus qui portent les écoles aujourd’hui. Donc il y a un travail qui est fait en lien avec l’association des maires de France, l’association des grandes villes de France, qui est l’octroi d’un véritable statut de chercheur pour ces enseignements, car pour l’instant leur statut est un mauvais décalque du statut des enseignants d’écoles musicales, de conservatoires, or les enjeux avec les écoles d’Arts Plastiques n’ont rien à voir.

Cela nécessite donc un travail d’information et de sensibilisation important des élus puisque l’accompagnement d’un tel statut supposerait un delta en termes financiers loin d’être neutre, ce qui permettrait en définitive aux collectivités d’aller plus loin dans l’accompagnement des écoles d’Art.

Ce réseau a donc opéré un véritable révolution en terme de visibilité et de reconnaissance puisque lorsque l’on parlait des écoles des Beaux Arts, on disait écoles à chômeurs, images d’Epinal, or la mise en place d’outils statistiques nous a permis de confirmer que 85% des diplômés trouvent un emploi dans les deux années qui suivent.

Tous ne deviennent pas artistes… la France n’y suffirait pas, car seuls 10 à 15% deviennent artistes à part entière. Evidemment 90% s’estiment artistes, mais si on affine les critères (être membres d’une maison d’artiste, avoir été publiés dans une revue spécialisée, présents dans les collections publiques, exposés régulièrement, reçu l’attribution de bourses ou de dispositifs relevant du ministère de la culture) on arrive à cette moyenne (10/15%) et les autres vont bénéficier d’un éventail très large dans les métiers de la création : ils vont travailler dans l’audiovisuel, comme photographe, comme designer, comme iconographe, comme web designer, il vont travailler de plus en plus dans les collectivités territoriales… être présents dans les domaines de l’ingénierie de presse. Bref, être présents à tous les échelons de là où se trouvent les métiers liés à la création. Et cela fait de nous un des lieux de l’enseignement professionnel les plus « professionnalisants ».

La raison en est simple c’est un domaine où on enseigne la capacité de chercher et d’inventer, et c’est un domaine où on leur apprend à s’adapter, à être d’un côté ou de l’autre du miroir, à s’intégrer dans les collectivités etc.

On est encore au milieu du gué. Il faut réussir ce dialogue fécond avec l’ensemble du champs universitaire, notamment parce que les universités entament une réforme importante en devenant des pôles d’excellence, et, les écoles d’art faisant elles-mêmes partie de l’enseignement supérieur, il s’agit de mettre en place les conditions d’un dialogue pertinent dans notre domaine. Signaler aussi que 95% de la jeune scène française est issue des écoles d’art et que nous sommes amenés à nouer des partenariats étroits avec le réseau des centres d’Art et celui des FRAC ou des artothèques et du réseau des acteurs de l’Art Contemporain dans le but d’installer une scène extrêmement vivante au niveau national et européen et qu’il s’agit de travailler de manière étroite en fonction des liens qui nous unissent sur chacun de nos territoires. Les écoles d’Art constituent un maillage relativement unique autour desquelles travaillent les principaux acteurs des Arts Plastiques.

 

Katerine Louineau (FRAAP et CAAP) contribue au projet.

 

En ce qui concerne ceux « qui ne font que ça »… je pense que la précarité est quand même le soucis majeur des artistes. Parmi eux, plus de la moitié ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté.

Concernant les droits d’auteurs, nous reconnaissons sans soucis l’originalité de notre œuvre et ce n’est pas pour cela que l’on ne paie pas les droits d’auteurs, c’est parce qu’il y a une volonté de ne pas les payer… Concernant les grandes entreprises qui vivent sur le dos des photographes, etc., les droits d’auteur qui ne nous sont pas payés, notamment le droit de présentation publique qui date des années cinquante, n’est pas appliqué par le secteur public.

Les collectivités publiques, nous sommes nombreux à y travailler, n’appliquent pas non plus les droits d’auteurs. Il n’y a pas que le privé qui soit « méchant », il y a aussi le public et la culture de la gratuité est généralisée parmi les élus.  La conséquence de ce problème, c’est une précarité généralisée…

 

Toute la société est responsable.

 

Pourquoi sommes-nous les dindons de la farce : c’est parce que notre premier objectif est de créer des œuvres. Notre métier a un aspect « vocationnel ». Mais les pouvoirs publics n’ont pas le droit de faire ce qu’ils font : on est dans une situation d’abus de faiblesse. Notre but est en effet de créer des œuvres et de les montrer, ce n’est pas un raison de nous mettre dans cette situation de précarité généralisée. Donc tout le monde est complice, public et privé, et chacun se cache derrière son petit doigt. Tout le monde le fait. C’est un problème central.

Ma revendication principale c’est : appliquez la loi !

Il y a une deuxième loi qui n’est pas appliquée,notamment par les régions : celle du 1% qui n’est pas pris en compte.

Combien de régions, de communes, de départements n’appliquent pas cette disposition. Là aussi, la loi n’est pas appliquée. Et ce n’est pas une question de gouvernement. Pourquoi n’est-ce pas fait ?

 

Rosine Young

La solution ?

Katerine Louineau

S’il pouvait y avoir une solution !…

Il y a en France des sociétés de perception et de répartition des droits, les SPRD.

Dans la musique c’est la SACEM et cela marche très bien.

Pourquoi cela ne marche t-il pas avec nous ?

Un point complémentaire très pratico-pratique mais important :
Création d’un pass-musée pour les artistes et leurs diffuseurs pour les musées de France
(sur la base de l’attestation d’assujettissement annuel au régime de sécu).
Sans les artistes, il n’y aurait rien à mettre dans les musées. Aller voir les oeuvres d’autrui et les expos font partie de notre travail,
il est anormal que nous ayons généralement à payer pour cela.

 

Christian Chamourat

Moi j’ai une réponse.

La SACD date de 1777 et la SACEM de quelques décennies après, or la première photo date de 1827 (et elle est d’ailleurs conservé à Austin, au Texas) et il y a des auteurs qui sont protégés avec la SCAM et la SACD.

Etant donné que l’on ne nous paie pas les droits d’auteurs, il ne faut pas s’étonner que nos sociétés de droits ne soient pas fortes économiquement. Il ne faut pas confondre le rôle des représentants des artistes et le rôle des organisations professionnelles qui les représentent. On ne parle plus simplement de droits d’auteurs mais du droit des artistes. Il faut s’adresser en priorité aux organisations professionnelles.

Georges-Philippe Vallois, président du comité des galeries d’art (CIPAC)

Je pense que le rôle des galeries est globalement sous-estimé et on a cité tout l’éventail des métiers liés aux Arts Plastiques, sauf les galeries.

Un artiste doit consulter au moins une galerie pour qu’elle l’éclaire sur son parcours professionnel, c’est une chose qui manque parce que le rôle des galeries est totalement sous estimé.

Aujourd’hui, la plupart des jeunes artistes qui ont été cités ont une galerie, s’entendent avec des galeries, travaillent avec les centres d’Art et les musées, les différentes institutions pour coproduire des œuvres. Il faut que ces artistes soient payés.

En dehors de ça, le vrai soucis, c’est que les Arts Plastiques ne sont pas un vrai débat en France. Que les différents partis ne s’en préoccupent que très peu. On parle effectivement de spectacle vivant, d’Arts du Spectacle mais pas des Arts Plastiques parce que la vision que les gens ont de l’Art contemporain et de l’Art moderne est totalement faussée.

L’art serait caractérisé par les records, c’est une niche fiscale, c’est un objet de spéculation, or ce que font la plupart des galeries, c’est de la promotion, c’est de la découverte de jeunes talents, c’est de la diffusion qui met beaucoup de temps à devenir rentable. Les galeries naissent et grandissent avec les artistes, se séparent parfois, parce que les artistes deviennent plus célèbres. Or, cela n’est pas du tout pris en compte.

Notre revendication, ce serait qu’il y ait au sein de chaque parti et à fortiori au sein du prochain gouvernement, un « monsieur Arts Plastiques » qui reçoivent les différents acteurs du marché, qui prenne conscience des dérives et qui prenne des décisions adéquates, car tout cela forme un tout qui est extrêmement important pour l’avenir. Et si la jeune scène n’est pas prise en compte, on n’aura pas d’avenir. Mais quand on se rendra compte de cela, il sera trop tard.

Je ne crois pas que la situation soit si bonne pour la scène française aujourd’hui, ni en Europe, ni à fortiori dans le reste du monde, alors que d’autres pays ont pris cela à cœur, y compris nos voisins d’ailleurs et j’en veux pour preuve, que la FIAC (Foire internationale d’art contemporain) a envoyé une lettre à ses principaux clients pour leur présenter la programmation et leur demander d’agir. Et on ne pouvait pas avoir de réponse à part celle du CRETA. Si il n’y avait pas eu le prix Marcel Duchamps, il aurait été impossible de présenter le travail du moindre artiste français. Je dis scène française en pensant à des artistes vivant et travaillant en France.

Il faut donc tirer la sonnette d’alarme. Il faut veiller à ce que l’Art Contemporain ne disparaisse pas  pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la réalité du débat, et de fait, il faut qu’il y ait quelqu’un au sein du PS qui s’occupe de ces questions et nous souhaitons être extrêmement clairs sur cette question.

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni (Secrétaire de la section Culture)

Merci pour cette analyse remarquable. Il est en effet déplorable que les problématiques autour des arts plastiques soient les moins émergentes à l’heure actuelle. Sans doute par un manque de relais, ou d’interlocuteur, mais c’est l’idée de la rencontre d’aujourd’hui, c’est de faire émerger ces problématiques.

 

Un visiteur dans la salle

Je souhaiterais intervenir au titre des centres d’Art.

ADCA, c’est 51 centres d’Art sur tout le territoire, ça ne veut pas dire que cela représente tous les centres existant en France. Pour rebondir sur la scène française, ces centres ont pour la plupart trente années d’existence, ce sont les relais des écoles d’Art, ce sont aussi les lieux où se forme le regard des jeunes, dans le cadre de notre activité dédiée à la médiation via des personnes formées à cela, soit dans les écoles ou les universités d’Arts Plastiques.

La moitié des crédits sont dédiés aux professionnels qui les animent, l’autre moitié va à la production des expositions. Alors, certes, on est pour l’instant incapables d’organiser à la fois des expositions et de rémunérer les artistes à leur juste valeur.

On questionne les artistes chaque fois qu’on met des moyens à leur disposition.

Nous sommes des lieux où travaillent en général quatre à cinq personnes avec des moyens extrêmement réduits. Ce qui nous manque, aujourd’hui, c’est que ces centres puissent être au plus près de cette scène dont parle Philippe George.

Nous réussissons néanmoins à mettre leur travail en relief sur la scène européenne, mais ce sur quoi nous travaillons, c’est véritablement la renégociation de nos conventions collectives afin de permettre un travail dans de meilleures conditions et une meilleure évolution des personnels au cours de leur carrière. Comment assurer nos missions, rester au plus près du respect du droit des artistes et évoluer nous mêmes professionnellement, ce sont les trois axes sur lesquels nous travaillons.

 

 

Un autre visiteur intervenant depuis la salle

Nous sommes le CIPAD : nous représentons tous les intermédiaires du monde de la création et nous encourageons tous les médiateurs, tous les acteurs institutionnels au sein des Arts Plastiques et il faut réaliser, sans tomber dans le misérabilisme, qu’au sein de toutes ces institutions nous ne représentons qu’à peine 3% du budget de la culture, ce qui est assez frappant pour se faire une idée des moyens alloués aux artistes au sein de ce dispositif et à nos missions de service public qui sont fortement marquées par des valeurs proches des votre, celle de la démocratisation culturelle, celle de l’accessibilité des œuvres.

En terme de médiatisation de l’art, d’expertise et d’aide apportée aux acteurs du domaine, concernant les droits d’auteurs, nous sommes d’accord pour dire que l’on est très en deça du nécessaire. Lors des opérations de médiation, nous souhaiterions pouvoir rémunérer les artistes.

Nous sommes dans des économies assez faibles et il y a des choix qui doivent souvent être faits. Ils ne sont juste pas normal, mais c’est comme cela que cela se fait entre produire une pièce, exposer des artistes, payer des artistes. Ce n’est pas satisfaisant. C’est vrai qu’au CIPAD on a travaillé en discutant aussi bien avec les représentants d’artistes, les galeries d’Art et les institutions publiques d’Art, à essayer de trouver des solutions techniques qui sont ces contrats et nous avons voulu dénoncer un certain nombre de choses. Quoi qu’il en soit la réponse est aussi politique puisqu’on parle du service public. A un moment, si on veut que les choses avancent, il faudra donner aux professionnels les moyens de travailler correctement. Je n’évoque pas la situation des autres institutions de l’Art, mais nous travaillons hors cadre avec des conventions collectives qui n’existent pas dans notre domaine.

Catherine Poulain

Le sous financement du secteur des Arts Plastiques est clair et net. Quelque soit le projet à budget contraint, c’est certain. Ça ne justifie en rien de faire passer en premier à la trappe la rémunération de l’artiste en ayant préservé les cacahouètes et éventuellement le concert du jour de l’exposition. C’est une question de répartition du budget.

 

Le Co-président des centre d’art Paris Ile de France.

Nous représentons 31 structures d’art contemporains réparties sur le territoire francilien. Aussi bien des structures au sein du Palais de Tokyo qu’au delà pour des structures plus légères. Elles permettent en effet l’émergence d’une scène française, à la fois, parce que l’on est à la sortie des écoles un lieu de passage, un lieu de filtre puisque l’on donne aux artistes des moyens pour développer leur travail, mais on est aussi, et je pense que c’est important, un maillage du territoire en termes de diffusion et de médiation. Un réseau qui favorise l’accès à un public très large de l’art contemporain. Et aujourd’hui on est inquiets quant au financement de nos structures, des expositions que l’on peut faire qui sont moins nombreuses alors même que ce public se développe.

 

Félicitation pour ce public qui se développe.

La récente présidente de la DRAC Ile-de-France et membre du bureau national de la CFDT Culture.

Je suis toujours Inspecteur Public mais j’ai rejoint l’école d’Architecture de Marne la Vallée. A la DRAC Ile-de-France, musique, danse, théâtre, c’est 60 millions en termes de financement et de subventions possibles. A la même DRAC Ile-de-France les Arts Plastiques bénéficient de 1,5 million. Il faut aussi savoir que ce n’est pas 3% du budget national, c’est 8% quand il n’y a pas de gel ou un gel plus une régulation budgétaire. Qu’est ce que vous voulez comme économie pour le champs des Arts Plastiques qui sont si mal appréciés, au sens global du terme ? La sociologie du théâtre date de Molière, tandis que celle des Arts Plastiques date de 1981…

 

C’est tout à fait faux de présenter les choses comme ça. Mais cela n’exonère pas le politique d’avoir un rôle de stimulation de l’économie du domaine des Arts Plastiques, parce que tout de même l’économie de l’Art contemporain, elle existe. On ne la qualifie pas bien en France. On ne la quantifie que mal. Et croyez vous que les maires de Lyon ou de Strasbourg ne voudraient plus de la biennale de Lyon ou du Printemps de Septembre. Bien sûr que non. Ils la souhaitent et il la pérennisent en la subventionnant. Ça a un effet d’économie induite et cela depuis longtemps.

Il y a donc une vraie part économique et un vrai public qui se développe. Et cela on a du mal à la dire ou à le faire entendre parce qu’on a affaire à des interlocuteurs politiques qui n’ont pas suffisamment accès pour ne pas dire qu’ils ont aucun accès au champs des Arts Plastiques.

Vous appréciez le spectacle vivant, parce que ce domaine est constitué depuis plus longtemps et les Arts Plastiques sont considérés comme une réunion d’isolats, or c’est faux, ils sont aussi une réunion de groupes constitués, donc peut être que l’idée de Georges Vallois d’un interlocuteur unique est une bonne  idée parce que l’on part de très loin.

 

J’ai une autre question pour le parti socialiste : Demain vous êtes appelés aux responsabilités, les régions se consolident, un jeu se fait du côté des régions. Quid du ministère de la Culture que vous allez récupérer qui est en train de devenir un simple secrétariat d’état. Allez-vous faire un Ministère à part entière, peut être pas un Ministère d’état, mais un Ministère de plein droit avec des prérogatives parce que c’est un ministère très technique. Que voulez vous vraiment faire de ce ministère face à la nouvelle décentralisation et face au renforcement de ses prérogatives face aux régions. Le partenariat avec la région est très fort et doit se développer. Enfin, en ce qui concerne l’enseignement formation initial des Arts Plastiques, si on ne sait pas toujours pas citer ce que sont les Arts Plastiques, je suis désolée moi, ma fille, ceux qui entrent à la maternelle aujourd’hui, n’auront pas la chance d’avoir un enseignement d’histoire des Arts. Moi je l’ai eu quand j’étais en Suisse parce que c’est une situation que je connais bien : je suis arrivée en France, cela a cessé. Aujourd’hui prenons le taureau par les cornes, travaillons avec le ministère de l’Education Nationale, parce que je le vois ma fille a toujours été au théâtre, au concert, elle a toujours reçu une éducation privilégiée, mais elle n’a jamais entendu parler d’histoire de l’Art. Il faut le faire au premier cycle si possible dès la maternelle. Au second cycle — à partir de la seconde — ce sera trop tard. Mes deux mains au feu…

 

Nous sommes tout à fait d’accord avec toi.

 

Nous sommes devenus des animateurs culturels et plus des créateurs. On parle de culture on ne parle plus de création.

 

Rosine Young

J’ai pu voir dans nos statuts l’idée d’un Ministère des Arts et de la Culture. Donc cette préoccupation existe. C’est véritablement au cœur des débats que nous menons.

 

Jean Mermet

Trois petites choses. On réalise qu’il y a une maladie chez nos politiques. jamais un ministre de la Culture n’a travaillé avec un ministre de l’Education. Il y a dans nos métiers une confusion croissante entre l’Art, la Culture, et la « communication ». C’est trois mots sont pour les français complètement mélangés et sans aucun sens. D’ailleurs on passe du Ministère de la Culture et de la communication au Ministère des Arts et de la Culture. Ce qui s’est passé pour les paysans entre un litre de lait produit et sa distribution chez Carrefour se passe aujourd’hui dans la Culture. Je suis très frappé de voir les représentant de la Culture, des représentants de FRAC, de fric, de froc, et puis les artistes : on est pas du tout dans les mêmes besoins, pas dans la même chose. Vous mélangez un litre de lait, un paysan qui traie sa vache avec un industriel qui essaye de gérer Carrefour. On déconne. J’ai tourné dans une cinquantaine de longs métrages, j’ai fait environ 75 télévisions, maintenant je fais de la formation avec un simple câble, pour la gestion du stress et l’expression orale, je viens de toucher un chèque de 31 euros pour le rediffusion de tous ces films en un an, je me permet de vous le dire parce que ça me fait marrer, mais ces films ont bien été échangés contre du pétrole en Libye. Je ne sais pas où ça part je ne peux pas gérer le truc, en  tous cas les intermédiaires qui vendent mon travail depuis trente ou quarante ans sont tous payés, vous avez tous des salaires dans les FRAC. L’artiste n’a rien. Moi j’ai 31 euros par an. Je n’agresse personne mais je veux mettre cela aussi sur la table. J’ai l’impression que vous l’oubliez comme quand il s’agit d’un photographe ou d’un peintre. Vous oubliez les producteurs, et le monde des intermédiaires qui est très lié aux industriels.

 

Il y a une chose qui est vraie : les artistes sont ceux qui vivent le plus mal dans le monde de l’art.

 

Christophe Le François (CAAP)

Je suis plasticien et représentant du comité des artistes. Sans vouloir être très agressif, je suis assez d’accord avec ce qui vient d’être dit. Les plasticiens sont dans une situation  épouvantable. Les plasticiens vivent pour la plupart, plus de la moitié en dessous du seuil de pauvreté.

 

Oui, mais les tortionnaires ce ne sont ni les centres d’art ni les mairies

Je voulais intervenir pour souligner un problème de crédibilité politique du PS.

Le PS nous apparait schizophrène dans son projet politique. On sait bien que le création sur le terrain ne se fait pas dans les centres d’Art, elle se fait massivement auprès des collectifs et des associations d’artistes qui essayent de mettre en place des comités et des maillages en complément du circuit institutionnel. Quand on a besoin de monter un projet, on va voir nos élus. Qui sont nos élus. Massivement, ce sont des gens qui sont intéressés par la Culture. Donc des gens qui sont à gauche… On leur parle de droit de présentation, de payer les artistes. On sent le néant intellectuel de nos interlocuteurs. Ils ne nous comprennent pas. Le circuit institutionnel existe et c’est très bien. Mais c’est un Art élitaire au bon sens du terme.  Qu’est ce qu’on demande à l’Art : d’ouvrir sur le monde, sur la région, sur l’Art national et international. Les artistes qui vivent sur  le terrain. C’est quoi leur budget de fonctionnement ? On comprends bien qu’on ait besoin d’avoir des ressources, on sait ce qu’est la recherche, mais d’un autre côté on a besoin de faire vivre les artistes sur le terrain, des électeurs, en tant que président comment puis je leur dire votez pour le PS, alors qu’ils traversent les pires difficultés. Pour les gens de gauche ça va être difficile de voter Sarkozy, mais comment voter PS alors que l’on est pas entendus ?

 

Christian Chamourat

Ça sert à rien d’opposer nos spécialités différentes. Nous devons être des alliés. On en a pas suffisamment. Nous sommes très peu représentés. Ce n’est pas ça qui va nous servir, si je peux me permettre. Je n’ai pas l’habitude de fréquenter des réunions comme celles-ci mais j’ai entendu un merveilleux discours sur la formation professionnelle. J’ai trouvé ça formidable et cela va nous servir à rien de nous agresser là dessus. Par contre là où on a un réel problème, c’est au niveau des écoles d’Art en France. Je ne les ai pas trop fréquentées parce que ce n’était pas mon truc, mais je crois qu’elle sont plutôt bonnes. Le problème est ailleurs , expliquez moi combien, du charcutier au président, a eu d’heures de culture, de formation à l’image : zéro ! Alors que les artistes soient formés dans les écoles d’Art… formidable, mais sur le terrain ça ne sert à rien à part aux artistes eux mêmes. Mais ce ne sont pas des commanditaires. Les commanditaires dans ce pays ne se sont pas des spécialistes, malheureusement.

Un jour, il y a eu une réunion au sénat sur la photographie. Une sénatrice m’a dit « tout le monde a un appareil photographique et un  modem, comment allez vous faire ? » Je lui ai dit « mais madame la sénatrice il me semble voir un stylo entre vos doigts »,

« Oui et alors ? »

« Eh bien il doit y en avoir pus que des appareils photos et des modems, mais quand vous rédigez votre liste de courses est ce que vous vous prenez pour Victor Hugo ? ».

Le moindre petit beur de la Plaine Saint Denis, il a dix ans d’école obligatoire. Il ne reste pas zéro. Alors que tous les autres ils ont zéro heure de formation. Qu’est ce qu’une bonne photo ? C’est une photo techniquement réussie, nous répondent t-ils. C’est comme si on disait qu’un grand écrivain, c’est quelqu’un qui écrit sans faute d’orthographe. On sait tous parce que l’on a été à l’école que ce n’est pas vrai.

 

Jean Mermet

Une bonne nouvelle : on vient d’apprendre que la culture représente 46% du PIB, 46% des revenus des américains proviennent du secteur culturel.

L’économie de la culture est vraiment un des points que l’on doit défendre car on constate son manque de reconnaissance. Il faut absolument que l’on se parle plus souvent : il y a trop des malentendus. Parce que c’est très difficile et un peu frustrant d’entendre confondre les industries culturelles qui ont eu leurs missions et leur intérêt avec le service public. Et quand on dit que les FRAC sont élitaires il faut juste savoir que la plupart des membres de ces équipes sont constitués d’enseignants détachés de l’éducation nationale. Les chiffres sont là : 480 projets en 2010. 1,2 millions de visiteurs dont entre 20 et 30% de scolaires. Donc élitaire non, je ne pense pas du tout. Après c’est vrai nous constituons des collections, pas des achats. On a certaines choses à régler : le prochain chantier d’exposition municipale, et c’est ce contrat d’acquisition que l’on a pas encore réglé pour la rémunération des artistes. On est pas effectivement encore au point sur les contrats avec les artistes.

Rosine Young

Oui, il y a des chantiers…

 

Jean Paul Bessière-Orsoni

Pour les jeunes artistes, le FRAC oublie complètement de rémunérer les droits de reproductions des artistes. Si les professionnels négligent de le faire, c’est inquiétant. Ce n’est pas systématiquement pas payé, mais…

 

François Adibi

Je crois qu’il est important de fournir un débouché politique à cette réunion. Il faut repartir de ce qui avait été dit au début :  c’est la différence entre l’action de la filière cinéma et de la filière musicale sur le pouvoir politique et l’ensemble des acteurs des arts visuels. Pourquoi est ce que ces filières réussissent, c’est parce qu’elles créent des rapports de force. Si elles réussissent c’est parce qu’elles sont rassemblées et réunies autour d’objectifs communs. Ce que peut offrir la section Culture c’est cette articulation et cette réunion autour d’objectifs communs. Et à deux mois des présidentielles, si vous n’êtes pas réunis, il y aura beaucoup de difficultés à faire passer le message. En termes de méthode, je pense que c’est l’objectif à atteindre…

 

La présidente de Synestésie

Je voudrais rebondir sur ce point. Notre structure qui a la particularité d’être à la jonction de la création et des nouvelles technologies, plaide pour l’acculturation, apprendre aux enfants ce que c’est une image, une lecture des documents visuels. Comprendre. En utilisant ces nouveaux outils qui sont maintenant dans toutes les chaumières. Il se trouve que Synestésie se trouve sur le territoire de Saint Denis qui s’appelle maintenant le territoire de la culture et de la création. Il se trouve que c’est sur ce territoire que l’on trouve beaucoup des industries culturelles.

Il ne faut pas opposer ceux qui ne sont pas artistes mais qui ont choisi d’accompagner les artistes, qui sont salariés alors que les artistes ne le sont pas. Il y a  une grosse gué-guerre avec les industries culturelles.

J’étais à une réunion sur ce « territoire de la culture et de la création » conviée par Patrick Braouzec qui est quelqu’un de charmant. Ils cherchent à créer un projet culturel, donc ils ont analysé tout ce qu’il y  avait sur leur territoire : design, architecture, jeu video, artisanat d’art etc… Il n’avait pas je n’ai pas osé dire les Arts Plastiques, j’ai dit les Arts Visuels. Ils n’en sont pas là. Pour eux, ce sont le cinéma, la télévision, le jeu video. Il faut vraiment que l’on fasse un effort pour exister face aux politiques.

 

Pour eux, les industries culturelles, c’est du contenu… Et le contenu sur internet il est gratuit, parce qu’il est payé par la publicité ! Et les sites gagnent leur vie grâce à la publicité. Et pas du tout grâce à la vente d’œuvres.

 

Christian Chamourat

Ou en vendant des choses qui ne leur appartenaient pas. Il faut être très vigilants par rapport à la presse.

 

François Adibi

Pour avoir été délégué national à la culture lorsque François Hollande était secrétaire, je voudrais insister sur la méthodologie. Je peux vous dire que la position du conseiller, du consultant ou du supplétif ça ne fonctionne pas. Ne vous attendez pas à trouver du jour au lendemain de vrais politiques, intelligents, qui vont comprendre instantanément ce que vous dîtes. Ce sont des choses qui ne fonctionnent pas. La seule chose qui fonctionne, c’est de créer un rapport de forces. Pour cela, il faut que vous vous réunissiez encore à de nombreuses reprises et que vous vous concentriez sur deux ou trois objectifs sur lesquels concentrer vos efforts. Il faut parler d’une seule voix. Il faut faire la synthèse. Se donner l’objectif de début mars et organiser d’autres réunions pour définir ces objectifs. Il faut un document avec un état des lieux, les enjeux, notamment internationaux qui sont très forts, et pour entrer dans la tête d’un candidat en campagne, il faut lui spécifier les enjeux qui sont derrière : rayonnement, on voit comment la Chine travaille à ces sujets, les pays anglo-saxons. Ensuite il faut spécifier les lois qui ne sont pas appliquées. Si la gauche revient au pouvoir en mai, il faut arrêter tout cela et le dire sur la place publique.

 

Rosine Young

Comment articuler ces sujets ? Comment les faire aboutir ? Nous avons la secrétaire du national Martine Garcin qui représente Sylvie Robert. Nous avons eu une réunion avec Sylvie. Tout est bon à prendre pour faire remonter les informations. Tout participe d’une volonté de faire aboutir les problématiques. Les problèmes doivent être saisissables pour être pris en compte. Un politique doit recevoir un projet clair, qu’il pourra répercuter. Ici, plusieurs portent la parole et des contributions.

 

Christophe Le François

Une chose que j’ai dite tout à l’heure : en tant de campagne électorale, il n’y a pas besoin d’être au pouvoir pour appliquer la loi. Appliquez-la dès maintenant et les artistes qui votent pourront faire la différence entre un maire socialiste et un maire qui ne l’est pas. Entre une région qui applique le 1% et une région qui ne l’applique pas.

Ca fait dix ans que je bosse avec mon maire socialiste. Y a pas de projet dans cette commune…

 

Jean Paul Bessières-Orsoni

L’application de la loi n’est pas l’unique débat. C’est un point central. Mais il y a aussi les usages numériques, le médiateur etc. Il faut que soit réaffirmée l’importance de ces sujets. L’élu doit être mobilisé par la décision donnée. Si les Arts Plastiques restent un sujet mal traité, il faudra faire émerger ses problématiques. Le point symbolique du domaine est a priori moins grand ce qui reste à prouver. Il y a beaucoup d’ignorance.

 

Autre intervention depuis la salle

Nous cherchons à faire adopter une loi d’orientation non comme la 44 sur le spectacle vivant. Nous préférions culture et création avec un volet arts visuels. toutes les structures que nous représentons, Frac, artothèques, centres d’art etc font un travail de fond très important qui aboutit. Pas seulement vers les écoles, avec la politique de la ville avec les centres sociaux, avec les associations, avec les hôpitaux, les prisons. Toutes ces actions sont du travail d’équipe, un travail de fond. Ça prend du temps. C’est basé sur la confiance. On a besoin de pérenniser les équipes. On a pas de moyens. Est ce que c’est à nous de financer les travaux en direction des écoles ? Est ce à nous de porter toutes ces actions ? Le maillage du territoire n’est pas soutenu par l’état. des structures ferment tous les jours. Nous avons des difficultés quotidiennes pour survivre. Nous n’avons pas des salaires mirobolants.

 

Christian Chamourat

Les expos photos ne sont pas rémunérées en général. Personne ne pense à grand chose parce les choses ne sont pas médiatisées. Avec le ministère, on ne fait que  mariner actuellement.

 

Martine Garcin

L’art « officiel » est rémunéré. Il y a de grandes expos qui fonctionnent. Elles drainent des publics larges.

 

Sur le site d’Hadopi, ce sont des images libres de droits. C’est tout de même hallucinant. Je ne parle pas des vidéos qui sont tournées en Slovénie. C’est tout à fait signifiant que sur internet le débat à été posé parce que ça posait un problème pour la musique et le cinéma. Or, avant même de pouvoir écouter de la musique sur internet, on  y a vu des images.

Le prêt aux bibliothèques a été défendu par les éditeurs. On produit 38000 ouvrages par an il n’y en a que 11000 qui se vendent.

Megaupload, devait sortir MegaBox qui allait mettre au point des contrats avec les artistes par dessus les majors. D’où le problèmes rencontrés. Même l’état lui même ne fait pas respecter ses droits.

 

Wikipédia pour toutes les images, il y a une clause qui permet les reproductions. Google, c’est 92% du marché….

 

Catherine Poulain

J’étais intermittent du spectacle, puis je me suis retrouvée au RMI et maintenant j’ai plein de temps pour mon travail mais avec des revenus quasiment nuls. Comment franchir la barrière des institutions ? C’est un parcours du combattant. il faut être représenté. Y a tout un protocole qui crée des barrières pour les artistes. Il faut tout le temps être coopté.

Nous aimerions que l’artiste soit revalorisé.

Sans l’artiste, il n’y aurait rien. Personne ne serait là. Il est incroyable qu’il soit laissé seul avec sa création.

On lui demande son carnet d’adresse quand il rentre en Galerie. Il doit amener ses collectionneurs.

Peu de galeries, sauf le plus grandes, peuvent se vanter d’avoir des gens qui suivent. Y a jamais de soutien, y a pas de mécénat, y a pas de financement ou d’engagement pour aider les artistes. L’artiste accroche s’il a l’argent nécessaire. S’il a le talent c’est tant mieux, s’il a le réseau, voilà ce n’est que ça… J’aimerais donc que l’on revalorise l’artiste. Je pense aller à l’étranger… des propositions payantes m’ont été faites.

La meilleure manière de bien vivre de son art, c’est de ne pas être artiste… Ils ont les moyens de financer leurs projets à ce moment là. Beaucoup d’artistes ne vivent pas de leur travail, la plupart sont enseignants. On se sert de l’artiste alors que l’artiste sert une cause. Il y a un niveau de connaissance. C’est pas tant de l’ignorance que de la méconnaissance. Le travail de l’artiste est souvent récupéré par des gens qui peuvent l’utiliser. J’ai proposé des projets. Mais il faut être connu pour pouvoir faire aboutir ses projets. Depuis 94, nous avons fait ressurgir le carnaval de Paris en 1997. Il a pris de l’ampleur au début. Au lieu d’aider les artistes à l’initiative de cette idée, il ont préféré subventionner des associations de coopération ou de médiations, Je fais des chars très visibles, photographiés par les parisiens. Et je me suis inscrite à l’AGESSA…

En ce qui concerne, la représentation des artistes, notamment vis-à-vis des syndicats que nous sommes un certain nombre à reprendre, on a une très mauvaise publicité. On a un esprit de liberté chevillé au corps et on n’aime pas en général les collectifs. On est pas seulement dans un mouvement d’artistes mais dans un mouvement social. Il est très motivé. Si vous avez un candidat, dites-lui bien à quel point nous sommes remontés. La création, c’est l’humanité de notre nation.

Il n’y a pour l’attribution des ateliers que les confédérés SNA-FO et le SNA CGT qui sont représentés, alors qu’il y a sept organisations.

Il faudra faire une note de trois pages à François Hollande…

Il faudrait lier nos questionnement avec le rôle de l’éducation dans le cheminement des individus. Il faudra traiter ces problématiques en liaison avec l’éducation nationale. Un artiste l’est depuis le plus jeune âge. Nous avons été invités au théâtre enfants. Cela a été très formateur. Ces initiatives sont fondamentales. Il faut reprendre l’enseignement des arts de l’école jusqu’à l’université.

 

La réunion a été très riche et nous espérons qu’elle sera très fructueuse, enrichie des éléments ci-dessous qui nous sont parvenus :

Le Manifeste des Arts Visuels !
Ce Manifeste est la synthèse des propositions recueillies par une consultation organisée par La Maison des Artistes auprès de ses 17000 adhérents répartis sur l’ensemble du territoire, représentants la diversité des expressions et des générations, des avant-gardes aux expressions les plus « classiques ».

 

Retrouvez ci-dessous le détail des 15 revendications pour les arts graphiques et plastiques

Le Manifeste des arts visuels entend bénéficier d’une double opportunité :
Celle de l’anniversaire de La Maison des Artistes, association agréée par l’État, statutairement en charge de la Sécurité Sociale des artistes auteurs des arts visuels graphiques et plastiques, qui fête ses 60 ans et profite de son potentiel fédérateur des diversités pour porter la voix des artistes professionnels qu’elle représente. Ils viennent par le biais du présent Manifeste relancer le débat, présenter des propositions, exiger des actions significatives pour qu’une grande majorité d’entre eux ne soient plus les « laissés pour compte » des politiques culturelles.
>

Celle des élections présidentielle et législative, qui fait que les candidats et les diverses formations politiques sont dans une période que l’on espère plus favorable à leur écoute de la parole des artistes.

L’indifférence flagrante des pouvoirs publics
 

Les artistes, dans leur large majorité se sentent, depuis une vingtaine d’années, de plus en plus ignorés, discrédités et souffrent de cette situation.

Grands absents des politiques publiques et donc de la vie de la cité, ils sont tenus à l’écart par une administration de la culture, qui ignore la diversité de la création pour n’avoir d’attention que pour une minorité d’artistes conforme à ce qu’il faut appeler « une esthétique d’État » du moment, prise dans une logique de communication à outrance et dominée par celle du grand marché spéculatif.

 

C’est un fait que le paysage artistique officiel actuel (Ministère de la Culture, Dracs, Fracs) ne privilégie qu’un petit nombre d’artistes au détriment d’une majorité pourtant extrêmement riche et diverse, et au détriment aussi d’un public dont on restreint et dénie la liberté de choix.

 

Relancer le combat collectif
 

Toutes les avancées professionnelles pour les artistes ont historiquement été obtenues par des prises de conscience et des luttes collectives.

 

Il s’agit donc bien aujourd’hui encore de « relancer » un mouvement d’ensemble qui a existé dans les années 80 avec le Rapport Troche, qui s’appuyait sur un principe de co-gestion permanente des politiques culturelles avec les artistes, mais qui n’a jamais été appliqué.

Pire, son souvenir a fini par s’évaporer, aussi bien chez les institutionnels que chez les artistes eux-mêmes. Fruit d’une revendication concertée, ces mesures avaient déjà dans le contexte une raison d’être… qu’elles ont malheureusement encore plus aujourd’hui ! 

 

Le repliement de l’appareil institutionnel sur lui-même bloque la reconnaissance de la diversité de l’offre artistique et l’écoute de tous les artistes auteurs professionnels par l’intermédiaire de leurs structures représentatives.

Il est donc urgent que l’État admette la nécessité de réformes structurelles pour permettre dans ses missions l’élargissement du regard administratif et la fin d’une ségrégation esthétique.  

Pour TOUS les artistes des arts graphiques et plastiques,

Pour que TOUTE la diversité de la création artistique soit soutenue et reconnue,

Les pouvoirs publics doivent …

 

… 1 – Replacer l’artiste  au cœur de l’expertise
C’est un fait, les artistes auteurs sont les seuls professionnels à être quasi exclus de l’expertise qui naturellement  les concernent. Détenue par l’institution d’une part et par le marché d’autre part, cette fonction est aujourd’hui amputée du regard de l’ensemble des professionnels.

Nous exigeons que les artistes auteurs soient représentés au tiers, à égalité avec l’État et le marché dans toutes les instances et commissions d’évaluation et d’expertise à tous les niveaux.

Nous exigeons que la réalité de la représentativité des structures professionnelles d’artistes auteurs et de leurs représentants soit considérée dans les commissions statutaires, dans les commissions publiques, dans les débats, dans les groupes de réflexion installés par l’État.

Ainsi, La Maison des Artistes doit être reconnue par les pouvoirs publics à la hauteur de ce qu’elle est, c’est à dire le plus grand lieu de représentation professionnelle garante de la diversité des pratiques et des esthétiques, et, par conséquent être naturellement consultée pour les  décisions concernées.

… 2- Réhabiliter la transmission des savoirs et des pratiques artistiques
 

Les relations des artistes avec leur public sont indispensables et nécessitent de réelles remises en question :

 

L’enseignement de l’Histoire de l’Art doit être introduit à tout niveau de la scolarité.  Jamais des initiatives individuelles ne remplaceront l’absence de directives dans les programmes et les moyens de sa mise en œuvre.

Comment découvrir et appréhender le domaine des arts sans y être préparé dès le plus jeune âge.

Mise en place en 2011, l’obligation pour les professeurs de collège d’enseigner l’Histoire de l’Art doit être recadrée. Pour être efficaces, les cours doivent être assurés par des professeurs d’Histoire de l’Art ou d’Arts Plastiques dont la formation sera à adapter et certainement pas par les professeurs de Français.

 

Dans les collèges et les lycées, les cours d’Arts Plastiques n’abordent que succinctement les pratiques de base. La réintroduction des fondamentaux des pratiques dans les programmes du collège et du supérieur serait un acte déterminant  pour la reconstruction d’une culture artistique partagée.

Les ateliers artistiques doivent également être systématiquement réintroduits dans ces enseignements.

Si les professeurs d’Arts Plastiques peuvent communiquer facilement des savoir-faire spécifiques, seuls les artistes impliqués dans une œuvre peuvent faire partager un processus de création lié à une démarche identifiable.

Le choix des artistes intervenants doit absolument être diversifié et ne pas relever de  l’unique choix de l’Institution. Cette réalité pousse de nombreux artistes auteurs ainsi que de nombreux enseignants à renoncer à s’impliquer et postuler pour tout projet artistique pédagogique (classe à PAC, ateliers résidences…). Privé d’une approche ouverte sur la multiplicité des langages plastiques de la création contemporaine, le public scolarisé est orienté vers une culture artistique uniformisée.

Le processus d’attribution de ces interventions doit intégrer l’Institution à égalité avec des représentants des artistes et du corps enseignant, afin que seules les qualités professionnelles et l’implication de l’artiste soient prises en compte.

 

- Les Écoles des Beaux-Arts qui devraient ouvrir les élèves à la grande diversité des expressions et des pratiques, se cantonnent à quelques unes, trop souvent celles soutenues par l’État. Certaines pratiques risquent de disparaître, alors qu’elles sont toujours susceptibles de répondre aux sensibilités actuelles. À problème identique, solution identique : comme pour le secondaire, une réintroduction de la diversité des pratiques et des savoir-faire est requise. Le langage plastique demeure, les artistes doivent continuer à le maîtriser.

Les enseignants des Écoles d’Art, souvent artistes eux-mêmes, doivent être sélectionnés sur des pratiques et des approches supprimant uniformité et formatage pour atteindre une vraie  diversité et une liberté d’expression.

… 3 – Redonner une visibilité aux artistes dans leur diversité

 

Aujourd’hui, bien au delà des galeries, les artistes auteurs présentent leurs créations dans les lieux les plus divers, du salon traditionnel ou des foires d’art contemporain à l’espace le plus éphémère et underground qui tous, sont des outils de découverte et de reconnaissance majeurs pour des milliers d’entre-nous.

 

Il est injuste et scandaleux que ces lieux de présentation et leurs acteurs soient majoritairement autant méprisés et aussi peu soutenus par les Pouvoirs Publics.

C’est le rôle de l’État de subventionner des lieux de visibilité professionnelle suivant toutes les pratiques et toutes les esthétiques et non aux artistes d’assumer tout ou partie des frais d’exposition.

Les grandes manifestations d’artistes (nationales ou régionales) doivent être soutenues  afin d’être accessibles au plus grand nombre.

Nous exigeons que l’État en finisse  avec ce système oligarchique qui utilise démesurément des fonds publics pour des grandes opérations de pure communication ne bénéficiant qu’à quelques artistes.

 

Nous attendons que soient rétablis des financements équitables, équilibrés et rigoureux auprofit  du plus grand nombre de manifestations dans la diversité.

Le décideur public a une responsabilité immédiate et historique : celle de faire – sans concession – se rencontrer la réalité de la création d’une époque en établissant des passerelles avec le plus large public

 

Car dans cet éventail de l’offre, il y a des démarches, des langages d’accès moins difficiles que d’autres, des esthétiques de sensibilités diverses dans lesquelles le public peut se retrouver et véritablement participer au débat.

Sans une culture artistique partagée, pas de marché pour l’Art, pas d’art et pas d’artistes. La valeur produite par l’Art doit s’inscrire dans un ordre économique, doit concerner la société dans son ensemble. Si l’intérêt pour la création plastique s’ancre dans la culture des Français et que l’achat d’œuvres devient une pratique courante, l’Art n’apparaîtra plus comme une dépense futile. 

 

… 4- Faire respecter les obligations sociales et fiscales

 

L’état doit prendre les mesures nécessaires pour faire respecter les obligations sociales et fiscales des artistes des arts visuels graphiques et plastiques, et de leurs diffuseurs. Pour mettre fin notamment à la « concurrence déloyale », qui casse le marché professionnel. Il est inadmissible que des expositions-ventes s’organisent au mépris des obligations déclaratives, cautionnant ainsi l’exercice dissimulé d’actes de commerce.

 

Les artistes auteurs et La Maison des Artistes exigent sans plus attendre une véritable action des pouvoirs publics pour faire respecter les règles sociales et fiscales, par la mise en place de  contrôles Urssaf et par  une meilleure information des Centres des impôts. Il n’est pas du ressort de La Maison des Artistes de faire ce travail de contrôle. Pourtant, depuis des années, pour pallier l’inaction des pouvoirs publics en ce domaine, le siège social de La Maison des Artistes a pris l’initiative de campagnes d’information répétées et continues auprès des artistes, des diffuseurs et de tous les organismes en relation avec les artistes auteurs et ce, sans aucune aide ni subvention publique.

 

Aujourd’hui, une  campagne officielle d’information en ce sens s’impose - en externe, auprès des artistes, des collectivités locales et territoriales, des structures formatrices (Écoles d’Art, Centres de formation) des structures publiques et privées – en interne, auprès des structures de gestion et de contrôles (URSSAF, Centres des Impôts, CAF, …).

 

 

… 5 – Créer un dispositif d’incitation fiscale

 

Pour redynamiser et développer le marché intérieur français, pour élargir le choix de la diversité esthétique, pour faire régresser la pratique des artistes et des diffuseurs non déclarés, nous exigeons de l’État la création d’un système raisonnable d’incitation fiscale à l’achat d’œuvres d’artistes vivants par les particuliers.

 

Seuls les artistes et les diffuseurs déclarés légalement auprès de La Maison des Artistes et de l’administration fiscale seraient éligibles à cette mesure d’incitation fiscale.

Ceci induirait une meilleure lisibilité du marché de l’art et en particulier l’augmentation des cotisations sociales perçues, de l’impôt et de la TVA sur les ventes réalisées. Le tout sans perte financière pour l’État grâce au cercle économique vertueux qui se mettra naturellement en place.

 

… 6 – Faire appliquer les rémunérations dues aux artistes 

 

Alors qu’ils sont réglementés par des lois précises, les droits d’auteurs sont trop souvent méprisés et bafoués.

Demander à l’artiste auteur la cession partielle ou totale des droits de reproduction de son œuvre et/ou d’exploitation est devenu pratique courante. Ceci n’est pas acceptable et porte atteinte à la valeur du travail de l’artiste-auteur.

 

Le droit de présentation publique doit être respecté. L’État doit exiger des collectivités locales et territoriales que cette juste rémunération soit versée à l’artiste qui contribue à leur rayonnement culturel.

 

Tout travail d’étude pour une commande de projet artistique doit être rémunéré, notamment pour les artistes graphistes. Même si le projet n’est pas retenu, c’est une reconnaissance de la première phase de création.

Toute intervention de valorisation des territoires par des artistes doit être rémunérée. 

… 7 – Revoir le fonctionnement des commissions du 1% artistique

 

Le 1% artistique doit systématiquement être intégré dans les projets de construction publique en s’adressant à des artistes auteurs professionnels des arts visuels graphiques et plastiques.Le choix des bénéficiaires doit faire l’objet de décisions collégiales assurées  par une commission tournante dans laquelle siègeraient avec l’institution, les associations et organisations professionnelles représentatives des artistes, des diffuseurs, des médiateurs, des collectionneurs et tout représentant légitime de la diversité de la création actuelle.

 

A ce jour, même si les choix sont évidemment faits dans un cadre légal, la grande majorité des membres des commissions viennent de l’institution et les «personnalités qualifiées» choisies par la DRAC ou par les maîtres d’ouvrage sont souvent issus du para-institutionnel, donc dans la même mouvance.

 

Le choix des commissions du 1% artistique doit porter sur des critères objectifs de qualité, de pertinence du projet, de faisabilité et de pérennité. C’est la réponse apportée par le créateur qui doit être avant tout appréciée et éventuellement choisie, et non pas le nom de l’artiste, son âge, sa place dans le marché de l’art et son positionnement par rapport aux lieux institutionnels ou assimilés. Aujourd’hui, de nombreux artistes impliqués dans « l’œuvre publique » renoncent à concourir, particulièrement pour les projets dotés des enveloppes budgétaires les plus importantes.

 

… 8 – Développer le champ du mécénat

 

 

Le mécénat d’entreprise a besoin d’être redynamisé.

Les entreprises désireuses d’investir dans l’art se tournent vers ce qui est le plus visible, c’est-à-dire vers l’œuvre des artistes fléchés par les réseaux institutionnels.

 

Les entreprises s’engageant dans le mécénat doivent bénéficier d’une véritable liberté de choix par une large information et avoir accès à un fichier exhaustif des artistes présents sur leur territoire. L’Institution doit assumer ce recensement, en particulier par les DRAC en dialogue avec les structures représentatives dans chaque région et en collaboration avec La Maison des Artistes, garante de la diversité.

 

De plus, la Loi mécénat, revue en 2003, constitue une véritable avancée (déduction de 0,5% du CA) mais les efforts aujourd’hui doivent être poursuivis en direction des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et Très Petites Entreprises (TPE). L’adaptation des modalités de déduction fiscale à leur chiffre d’affaire et à leur réalité économique leur permettrait d’accéder plus facilement au dispositif Mécénat.

 

… 9 - Repenser la politique publique des ateliers d’artistes

 

L’artiste auteur a besoin d’un lieu de travail et d’un lieu de vie adaptés à son activité de créateur, c’est la raison d’exister des ateliers-logements.

 

- Créer un bail spécifique pour les ateliers-logements

Aujourd’hui, l’artiste a le choix entre souscrire un bail commercial qui ne concerne que son activité professionnelle ou passer par le circuit des logements sociaux dont l’attribution repose sur des critères de minima sociaux et non sur la particularité de son activité professionnelle.

Quant au parc privé, il impose souvent des conditions inaccessibles pour la majorité des artistes.

La création d’un véritable bail d’atelier-logement est indispensable pour allier lieu de vie et lieu de travail, constituer une offre adaptée aux artistes et faciliter le contrôle des abus.

 

- Clarifier le système de gestion locative et le mode d’attribution

En interne des organismes de gestion existants, la création d’un système de gestion locative dédié aux ateliers et ateliers logements est impérative. Malgré l’existence de commissions, le procédé d’attribution conserve une certaine opacité qui empêche les artistes demandeurs d’avoir une information précise de l’état du parc disponible.

Des ayants-droit conservent le bénéfice de ces lieux qui devraient être réservés aux artistes auteurs en exercice par manque de proposition de solutions de relogement. Des lieux de stockage abordables doivent être mis en place à leur intention.

De même, des locataires non artistes occupent indûment ces lieux au détriment des artistes auteurs en activité. Nous exigeons qu’ils libèrent impérativement ces espaces de vie et de travail.

Nous exigeons une présence significative de représentants d’artistes dans les commissions d’attribution.

 

- Construire des ateliers-logements adaptés

Au-delà du développement du parc, il est également nécessaire de réfléchir à un véritable programme de construction d’ateliers et d’ateliers-logements en adéquation avec la réalité de l’exercice professionnel et en concertation avec les représentants d’artistes.

 

 

… 11 – Faciliter la mobilité des artistes et des œuvres

 

Une politique de mobilité des artistes doit être mise en place, particulièrement, en direction de ceux qui exposent à l’étranger ou qui ne résident pas en France métropolitaine.

 

Même s’il existe avec certains pays de l’Union Européenne des accords et des dispositions sur le séjour des artistes auteurs français, l’absence de visa de travail  vraiment adapté aux artistes plasticiens accentue leurs difficultés de mobilité.

La création d’un tel document reconnu à l’International pour les artistes-auteurs des arts visuels  (tel qu’il existe pour les intermittents du spectacle) leur faciliterait l’accès aux offres d’exposition, de résidence et appels à projet à l’étranger.

 

De même,  les formalités douanières et administratives de transport des œuvres à l’étranger sont très lourdes et  coûteuses.

Simplifier le déplacement des artistes et assouplir les formalités de transport des œuvres les inciteraient à s’exporter et participeraient ainsi au rayonnement de la France à l’étranger.

 

… 12 -  Renforcer les droits sociaux des artistes

 

Alors que les accidents du travail et la maladie professionnelle sont prévus par le régime général de sécurité sociale des salariés auquel les artistes sont rattachés, ces derniers ne peuvent prétendre à ces prestations.

Des négociations avec nos partenaires institutionnels doivent être engagées en tenant compte de la réalité des revenus des artistes-auteurs et le risque d’une augmentation trop importante du taux de cotisations de sécurité sociale.

 

En parallèle, nous exigeons que les organismes sociaux, les collectivités publiques et les structures d’insertion prennent en compte la spécificité du « statut » des artistes auteursd’œuvres graphiques et plastiques pour le calcul et l’attribution des aides et allocations sociales  (RSA, APL, ASS, ARE…).

 

… 13 – Veiller à la transparence et à l’équité du système d’attribution des subventions publiques et des marchés publics d’achats d’œuvres d’art.

 

Toutes les aides publiques allouées aux artistes auteurs ou à leurs diffuseurs par l’État (ministères, institutions culturelles, etc.) et les collectivités territoriales doivent faire l’objet d’une attention particulière, d’une transparence et d’une équité dans leur destination. Ces  aides publiques doivent être attribuées exclusivement à tout projet  d’artistes auteurs ou aux structures auxquels ils sont liés, respectueuses des obligations administratives inhérentes à leur activité.

Les commissions chargées d’étudier les demandes doivent être composées à égalité de représentants institutionnels et d’artistes auteurs choisis parmi les structures professionnelles représentatives.

 

Pour les achats d’œuvres d’art, toute collectivité publique doit s’engager à les acquérir en s’assurant que les créateurs soient bien identifiés dans le régime social et fiscal relatif à leur activité professionnels artistique et à informer les primo-vendeurs de leurs obligations sociales et fiscales dès l’achat de leur(s) œuvre(s).

Sont particulièrement visés par cette revendication, les Conseils Régionaux, les Conseils Généraux et les Mairies qui acquièrent parfois à plusieurs reprises des œuvres d’artistes non déclarés.

 

Les commissions chargées d’étudier les propositions d’achat doivent être composées à égalité de représentants institutionnels et d’artistes auteurs choisis parmi les structures professionnelles représentatives. 

 

… 14 – Développer les possibilités d’accès aux résidences d’artistes auteurs sur l’ensemble du territoire et clarifier les critères de sélection

 

Dans chaque cas d’attribution d’une aide à résidence ou à la participation sur un projet au choix du résident, l’institution doit  particulièrement être attentive à la diversité de ses choix et de leur transparence.

 

… 15 – Repenser les critères d’attribution des subventions aux structures professionnelles et soutenir financièrement leurs actions de défense des intérêts des artistes auteurs

 

Sans évidemment remettre en cause la légitimité des organisations professionnelles, et face à la baisse des adhésions dans la majorité des grandes centrales syndicales, elles ne peuvent plus être les seuls interlocutrices à être reconnues et entendues par les Pouvoirs Publics.

 

Les subventions de fonctionnement ou les aides financières destinées à des actions ou projets ponctuels doivent impérativement tenir compte de la réelle représentativité professionnelle de la structure demandeuse. Le niveau géographique (national, régional, local) et le nombre d’adhérents spécifiques à la structure doivent être les critères déterminants du montant qui lui est alloué.

C’est pourquoi, en regard de la diversité des sensibilités représentées au sein même de La Maison des Artistes, elle doit être reconnue par les Pouvoirs Publics comme la référence nationale en matière de centre d’information professionnelle des artistes auteurs des arts graphiques et plastiques.

 

Par conséquent, il est légitime que les Pouvoirs Publics soutiennent la création du CIMA – Centre d’Information Maison des Artistes.

Le présent Manifeste a pour vocation de s’inscrire dans une politique culturelle riche et respectueuse de chacun de ses acteurs.

 

Des réformes structurelles sont indispensables pour replacer l’État dans son rôle de régulateur, l’ouvrir aux réalités professionnelles de tous les artistes et lui donner un autre objet d’intérêt que lui-même.

 

Ces réformes doivent être portées par les politiques :

Parce que c’est leur rôle.

Parce qu’ils sont les élus du peuple.

Parce qu’ils sont les garants d’une mission publique qui doit rester au service de l’Art.

 

Nous réclamons ces nécessaires réformes de fonctionnement qui  apporteraient un retournement à 180° de la logique des soutiens publics concernant les arts visuels graphiques et plastiques.

C’EST L’OBJECTIF DE CE MANIFESTE.

 

 

 

 

 

Culture en luttes, Hadopi, Médias, Section culture

Discours de François Hollande aux Biennales internationales du spectacle à Nantes

26/01/2012

Jeudi 19 Janvier 2012

 
Mesdames et Messieurs, je veux d’abord saluer mon ami Jean-Marc Ayrault qui nous accueille ici pour ces Biennales internationales du spectacle. Je salue les organisateurs. C’est devenu un événement majeur, un temps de rencontre, de dialogue, un lieu d’affirmation et de proposition concrète pour le spectacle vivant, et d’une manière générale un débat sur la politique culturelle de la France. Cette manifestation se tient avant une élection importante qui va sûrement justifier la présence d’un certain nombre de personnalités politiques pour dire l’engagement qui doit être le leur pour la culture en France. C’est aussi pour cette raison que je tenais à être ici à Nantes aujourd’hui.

Nantes est devenue une des capitales culturelles de notre pays. Cette collectivité a fait de l’art un vecteur de développement. Elle a joué harmonieusement des géographies, en créant des espaces comme le Lieu unique, en multipliant les commandes aux plasticiens. Il y a beaucoup d’exemples à prendre de Nantes.

Mais je veux aujourd’hui parler de l’enjeu national. Une Nation, c’est la conscience d’avoir accompli de grandes choses ensemble, mais c’est aussi le désir d’en réaliser de nouvelles. La culture est donc un élément constitutif de notre identité, tout en permettant la reconnaissance de toutes les diversités. La culture s’acquiert, se transmet d’une génération à l’autre. Elle fait émerger et subsister, pour les réinventer en permanence, les contours d’une société. C’est pourquoi la culture fait partie du rêve français, de cette grande, cette belle idée qui veut que nous fassions en sorte que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre. La culture c’est le lien, le lien entre des individus, entre des classes sociales, entre des pays, entre des générations. La culture est donc au cœur d’un projet politique. Ce n’est pas simplement un élément d’un programme. Ce n’est pas une dimension qu’il faudrait ajouter aux autres politiques. C’est ce qui doit animer la démarche d’un candidat sûrement, d’un président nécessairement.

Je viens parler de la culture dans un moment particulièrement difficile pour l’Europe et pour la France, c’est-à-dire pendant un moment de crise. Une crise qui frappe dur, qui conduit beaucoup de nos concitoyens à lutter chaque jour pour échapper à la spirale de la précarité et au déclassement. Je viens parler de la culture dans un contexte où les Français, beaucoup d’entre eux, sont d’abord préoccupés par l’essentiel : l’emploi, le pouvoir d’achat, l’avenir des enfants. Et pourtant même, et j’allais dire surtout, dans la crise, je dois parler de la culture à ceux et à celles qui en sont le plus éloignés aujourd’hui.

Je viens parler de la culture à un moment où l’Etat, les collectivités publiques, sont dans des contraintes financières lourdes et cherchent des économies, des moyens de redresser les comptes qui ont été dégradés ou de réduire l’endettement. Mais j’affirme ici que l’austérité ne peut pas être aveugle. Un pays attractif, dynamique, enthousiaste, a plus de chance de rembourser sa dette qu’un pays que la vie a subrepticement quitté.

La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. La culture, ce n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser. La culture c’est l’avenir, c’est le redressement, c’est l’instrument de l’émancipation et le moyen de faire une société pour tous. Comme le disait Baudelaire : « le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ».

La violence de la crise, et j’en fais le constat, n’a pas eu raison de la curiosité, de l’envie de connaître, du besoin de partager, de vivre des émotions. Jamais les Français n’ont ces derniers mois autant fréquenté les musées, les spectacles, les cinémas. Et lorsqu’existe une tentation parfois redoutable de repli sur soi, lorsqu’émerge la peur de l’autre, lorsque le sentiment de déclin peut gagner les esprits, alors nous devons nous tourner vers la culture. C’est elle qui nous élève, qui nous construit, qui nous rassemble.

Dois-je évoquer ici, à la veille d’une élection, le bilan de la politique culturelle du président sortant ? J’hésite à le faire, pas par une sorte d’indulgence — elle ne serait pas comprise — mais pour ne pas me répéter. En définitive, le bilan de la politique culturelle du pouvoir est à l’image du quinquennat. L’Etat assure aujourd’hui moins du quart du financement public de la culture. Le soutien aux équipements de proximité a été négligé. L’enseignement artistique a été délaissé. Les pratiques amateur ont été négligées. Les entretiens de Valois sur le spectacle vivant sont restés sans lendemain. Le Conseil pour la création artistique qui avait été lancé à forts coups de trompette a été un fiasco. Hadopi est devenu un sujet d’affrontement. Les subventions de l’Etat sont partout en recul, qu’il s’agisse du soutien aux lieux ou aux équipes. Le doute s’est installé. Un sigle a fait florès, y compris dans le monde de la culture, la RGPP, qui vient menacer les budgets et les actions au nom d’économies budgétaires qui ne sont pas ici comprises.

J’ajoute que les maisons culturelles à l’étranger ont été sérieusement affectées. Si bien que les villes, les départements, les régions ont pris le relais de l’Etat, soutenant les nouveaux talents, permettant le financement des lieux de diffusion. Et aujourd’hui, quand l’Etat investit un euro dans la culture, ce sont deux euros qui sont apportés par les collectivités locales. Elles ont bien compris, ces collectivités — sans doute mieux que l’Etat — que la culture est l’un des secteurs les plus fertiles en création d’emploi, que c’est un moteur de développement territorial mais aussi économique, social, éducatif ; que les villes, les départements, les régions, en investissant dans la culture, ont considérablement augmenté le potentiel d’attraction des territoires.

Mais je le dis aussi nettement, les collectivités ne peuvent se substituer à une politique nationale. Elles seront elles-mêmes touchées par les contraintes financières. Je ne suis pas favorable à ce que progressivement, l’Etat s’efface et que les territoires s’emparent d’une compétence qui était jusque-là, au moins pour l’orientation de la politique culturelle, celle de l’Etat.

Le désengagement de l’Etat est une rupture brutale avec une tradition, une histoire, un héritage propre à notre pays et qui dépassait souvent les clivages politiques. Il y a eu des affrontements ces trente ou quarante dernières années entre la Gauche et la Droite sur la culture. Mais il y a eu de grands ministres de la Culture de Droite, André Malraux bien sûr, mais pas seulement André Malraux : Edmond Michelet, Jacques Duhamel — je ne veux pas oublier les autres. Mais je veux dire ainsi que la culture a été portée de majorité en majorité, jusqu’à récemment, par la même ambition, la même volonté.

Je sais, même si vous connaissez ma sensibilité — je suis socialiste, pour ceux qui n’auraient pas suivi les différents événements qui se sont produits depuis ces vingt dernières années — que le monde de la culture a des griefs vis-à-vis de la Gauche. Parce qu’elle ne parle pas suffisamment de la culture dans ses programmes — cela m’est revenu. Parce que la Gauche, quand elle est en responsabilité, même si elle s’honore d’avoir fait voter de grandes lois, d’avoir soutenu la création, de l’avoir défendue, n’a pas toujours été vigilante comme il convenait. Je sais qu’il peut y avoir des conflits sur certains territoires entre des élus et des acteurs culturels. C’est la vie ! Mais ce que je veux ici signifier, c’est la culture comme grande ambition nationale, comme étant une force qui doit être capable de dépasser ce qui peut nous opposer.

C’est la raison pour laquelle je réaffirme que la culture doit être une priorité majeure, une ambition commune. Cela doit se retrouver bien sûr dans le budget de la culture. Mais plutôt que de fixer des taux de progression, j’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat. Mais il n’y a pas que le budget du ministère de la Culture, il faut y ajouter toutes les autres dimensions portées par de grands ministères : ministère de l’Education, ministère de l’Industrie pour le numérique, ministère de l’Economie pour la fiscalité, ministère des Affaires étrangères pour l’action culturelle à l’international.

Aussi, si les Français m’accordent leur confiance en mai prochain, ma première volonté sera de restaurer la légitimité du ministère de la Culture pour le faire porter sur ses deux missions essentielles. La proximité avec les artistes, d’abord. C’est le ministère de la Culture qui soutient la création, qui accompagne les artistes, qui les défend, qui leur permet de dialoguer avec force avec les autres ministères sur leurs droits, sur leur rémunération. C’est le ministère de la Culture qui doit garantir la liberté des équipes et simplifier l’exercice des professionnels. C’est lui qui doit défendre le service public de la culture. Voilà sa mission. Il en a une autre, qui est l’accès du plus grand nombre aux biens culturels, à la culture de tous. Cela passe par la mobilisation de l’ensemble des acteurs et des institutions culturelles, des territoires, de l’éducation, de l’audiovisuel. Cela passe aussi par des règles fiscales. Et je reviendrai sur la TVA qui a été portée de 5,5 % à 7 % sur les livres comme sur la billetterie. Je rappellerai combien a été précieuse la loi sur le prix unique du livre dont Jack Lang a été l’auteur, parce que c’est aussi un moyen de préserver le réseau des libraires. Nous ne voulons pas la culture pour chacun que certains développent, mais la culture pour tous et partout.

Nous voulons qu’en matière culturelle comme ailleurs, l’équilibre territorial soit la garantie de la justice et de la solidarité. L’aménagement culturel de la France doit être une préoccupation. Il s’agit d’irriguer tous les territoires oubliés, les zones abandonnées de nos régions, les quartiers délaissés de nos grandes villes. Et c’est pourquoi nous avons besoin d’une nouvelle étape de la décentralisation culturelle.

Je l’ai dit, l’Etat doit être le partenaire actif, attentif aux réalités de chaque territoire, mais il doit redéfinir son action pour fédérer les collectivités locales et tous les acteurs et institutions dans une même volonté. Aujourd’hui, notre pays est doté d’un réseau majeur d’institutions, pour le patrimoine, pour la création, pour la diffusion, qui sont des leviers fondamentaux de l’accès de tous aux œuvres, pour le soutien de l’émergence, pour favoriser la multiplication des lieux et des formes de diffusion. Mais plus que de nouveaux équipements, nous avons besoin de moyens pour les faire fonctionner correctement. Et c’est ce contrat-là qui devra être passé entre Etat, collectivités locales et institutions culturelles.

L’accès de tous à la culture, c’est aussi et c’est surtout l’éducation, l’éducation artistique et populaire. La démocratisation relève de l’école, de la formation, et demande des politiques de long terme. Je lancerai, si les Français m’en donnent mandat, un plan national d’éducation artistique, piloté par une instance interministérielle, doté d’un budget propre, rattaché au Premier ministre. L’objectif est que nos enfants puissent bénéficier d’une éducation et d’un apprentissage artistiques tout au long de leur vie scolaire, de la maternelle jusqu’à l’université. Les pratiques amateur, essentielles à la démocratisation de la culture, devront être encouragées et valorisées. Et si nous parvenons à installer dès le plus jeune âge le sens et l’amour des découvertes, détachés de l’obsession du matériel, alors quelque chose de fondamental sera acquis.

Cela suppose que l’éducation culturelle et artistique ait une place prépondérante dans les concours de recrutement, dans la formation initiale des enseignants, qui devra être rétablie, dans la formation continue. Il conviendra de faire davantage place aux artistes dans les établissements scolaires. Enfin, l’histoire de l’art doit devenir une discipline à part entière, avec ses concours de recrutement.

Je veux évoquer le spectacle vivant. Vous êtes nombreux à y travailler, ici. J’indique que je soutiendrai, j’encouragerai le théâtre, l’opéra, la danse, le cirque, la musique. Le spectacle vivant, s’il n’est pas soutenu par la puissance publique, se retrouve démuni, livré à ses propres ressources, celles du talent, de l’initiative, celles de la volonté, de la persévérance qui souvent, hélas, ne se suffisent plus à elles-mêmes. L’Etat doit donc créer les conditions du succès, de la réalisation du spectacle vivant. S’il n’y a jamais eu en France aussi peu de représentations par spectacle, il n’y a jamais eu autant de spectateurs. Ils étaient plus de 15 millions l’année dernière. Ce sont donc les moyens dans la durée qui font défaut. Et c’est ce qui doit changer. Je me suis engagé il y a déjà plusieurs années, je l’ai rappelé en Avignon cet été, à faire voter une loi d’orientation sur le spectacle vivant. Cette loi d’orientation fixera les objectifs, sécurisera les financements et mobilisera tous les partenaires. Il y aura un grand débat, avant son adoption, avec l’ensemble de la profession.

Parallèlement, je reprendrai le chantier du Centre national de la musique, pour en faire un outil au service de la diversité culturelle et de l’ensemble du spectacle vivant, et pas seulement de la musique enregistrée. Renforcer le soutien et la création, c’est aussi considérer le travail de l’artiste, sa formation, sa rémunération, ses besoins en termes de lieux de répétition, d’ateliers, sa présence, son inscription dans la Cité. C’est aussi lutter contre la précarité du métier. C’est retrouver la durée, le temps de l’élaboration d’un projet artistique. A cet égard, la question des intermittents du spectacle et du financement de leur régime reste posée. Elle renvoie au statut de l’artiste en général, qui n’est pas toujours bien réglée. La convention Unedic en vigueur, et donc ses annexes 8 et 10, arrivent à échéance fin 2013. C’est loin, fin 2013 – surtout quand on regarde mai 2012. Et en même temps, c’est tout près. Et donc, il conviendra de préparer dès 2012 le rendez-vous. Le prochain ministre de la Culture devra être en position de médiateur et d’accompagnement pour le règlement, je l’espère définitif, de cette question.

Je veux aborder maintenant une question qui revient de manière lancinante et légitime dans nos débats : la révolution numérique. Internet est un formidable espace de liberté et de diffusion. C’est une fenêtre ouverte sur le monde, et de nombreux Français accèdent à la culture parfois par hasard, par ce biais. Cette « culture à domicile » ne doit pas être considérée comme une menace, mais bien au contraire comme un levier, si nous savons l’utiliser, de diffusion et de partage du savoir. La numérisation des biens littéraires et artistiques constituera un dossier important du prochain quinquennat, parce que ce sera un facteur de croissance et d’émergence d’un nouveau modèle économique. Bien sûr, la révolution numérique impose un changement, pour que la création obtienne la rétribution à laquelle elle a le droit de prétendre et pour que le plus grand nombre puisse accéder par Internet aux biens et à la culture. La loi Hadopi a voulu pénaliser des pratiques. Pour quels résultats ? Les artistes ont-ils gagné quoi que ce soit en termes de reconnaissance et de rémunération ? Cette loi a-t-elle rapporté un sou à la création ? En revanche, elle continue de faire débat. Et c’est un sujet permanent d’affrontement entre le monde de la création et le public. Nous ne pouvons pas accepter cet affrontement. Il est dangereux. Il est même grave, car il ne peut pas y avoir de coupure entre les créateurs et leur public. Le public a besoin de créateurs et les créateurs, de public. Nous devons donc essayer de régler cette question de manière, autant qu’il est possible, consensuelle et durable.

Je ferai donc voter une loi qui signera l’acte 2 de l’exception culturelle française. Elle sera élaborée en lien étroit avec tous les professionnels du monde de la culture. Nous éviterons les affrontements et nous chercherons les solutions. Ma proposition repose sur deux idées, deux principes : développer l’offre culturelle légale sur Internet en simplifiant la gestion des droits et imposer à tous les acteurs de l’économie numérique une contribution au financement de la création artistique. Nous ne parviendrons pas à une juste rétribution de la création immatérielle si nous n’y associons pas ceux qui en profitent le plus directement, c’est-à-dire les fournisseurs d’accès et les fabricants de matériel. Je rappellerai autant de fois que nécessaire que les créateurs doivent être rémunérés pour leurs œuvres. La lutte contre la contrefaçon commerciale sera donc maintenue et je veillerai à faire respecter le droit moral, pilier des droits d’auteur, et à garantir la chronologie des médias.

Pour résumer mon point de vue, mais aussi mon engagement, il n’y a pas de solution simpliste. Nous devons agir dans la concertation et trouver la solution, elle existe, qui assurera le financement de la création ainsi que la plus large diffusion des œuvres à tous les publics. Je refuse le simplisme, mais aussi la facilité qui consiste, selon les salles ou les publics, à dire tout et le contraire – cela peut arriver. Ce que je sais, c’est que nous ne trouverons l’issue que si nous sommes capables de trouver l’équilibre entre le droit de tous à accéder aux œuvres et le droit des auteurs à être rémunérés.

Je veux terminer sur une grande question, souvent oubliée, et qui pourtant fonde notre fierté : la culture dans le monde, la culture française dans le monde. Au 21ème siècle, un pays comme le nôtre ne rayonne plus simplement par son économie ou par sa force, mais par la diffusion de ses arts, de sa culture, de sa création. L’exception culturelle française demeure. Elle est même une chance, un atout, pas simplement pour nous-mêmes, mais pour l’Europe et pour le monde. Je suis à Nantes, ici, ville dirigée par Jean-Marc Ayrault, qui peut être fier qu’une compagnie de théâtre de rue comme Royal de Luxe soit l’invitée officielle de l’Allemagne pour fêter le 20ème anniversaire de la chute du mur, de l’Argentine pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance du pays ou du Mexique pour commémorer sa révolution. Je me demande même s’il ne faudra pas faire venir Royal de Luxe le 6 mai ! Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que la France est attendue, que la France ne s’exporte pas simplement par ses biens ou par ses capitaux, mais par la qualité de son message, la force de sa création, la promotion de ses idées. D’où l’importance d’un réseau culturel français dans le monde – et je regrette qu’il se soit affaibli. Le redressement de notre diplomatie – car c’en est une – culturelle doit être une priorité. Le budget des actions culturelles françaises à l’étranger a été réduit dans des proportions considérables, dont beaucoup n’ont pas idée. En Afrique, en Amérique latine, des instituts culturels ferment purement et simplement, ou d’autres ne peuvent plus assurer leurs missions. Autre symptôme du mal, la direction générale du quai d’Orsay en charge des réseaux culturels et de la coopération a été fusionnée avec la direction économique. C’est tout dire, comme symbole ! Comme si la culture n’était qu’un produit commercial parmi d’autres. Je considère que la France est forte et rayonnante quand sa culture est capable de s’ouvrir aux autres, d’accueillir d’autres, et notamment les artistes étrangers. Et il m’est insupportable de constater que la politique des visas du ministère de l’Intérieur aboutit à ce que des artistes ne puissent plus venir en France jouer, manifester, créer.

Une dernière réflexion sur l’Europe, cette Europe que l’on regarde avec affliction, avec peine, tant elle est incapable de lutter efficacement contre la spéculation, mais une Europe que l’on aime au-delà de tout, de sa monnaie, de ses finances et de ses dettes souveraines. Que l’on aime parce que c’est notre espace, ce sont nos références, c’est notre histoire, c’est notre avenir. La grandeur de l’Europe, ce sont aussi des références que nous avons tous à l’esprit : les pages de Proust sur Venise, la visite de Stefan Zweig dans l’atelier de Rodin, tous ces paysages que nous connaissons sans avoir pourtant toujours eu leur réalité en face et qui, pour nous, sont des symboles de création, de connaissance, de lieux culturels. Nous avons une histoire en partage. Cette histoire, nous devons lui donner un avenir. C’est pourquoi je proposerai que nous puissions inscrire dans le cahier des charges de tous les établissements culturels nationaux la création, chaque année, d’une programme européen, d’un échange européen, la capacité de créer ensemble, en Europe.

Voilà ce que j’étais venu vous dire en cette matinée à Nantes, vous présenter non pas mes propositions sur la culture, mais mon projet pour la France. J’ai entièrement consacré cette campagne, dans le contexte que vous savez, à la réussite de la jeunesse, à l’idée que nous devons tout donner, tout concentrer sur la génération qui vient. C’est elle qui nous permettra non seulement de nous redresser économiquement, mais qui nous donnera la force qui nous assurera la reprise de ce récit républicain, de ce rêve français qui fait que nous donnons une confiance dans le progrès, dans l’égalité, dans l’émancipation humaine à toutes celles et à tous ceux qui sont français, et aux autres.

La France ne changera pas sans vous, vous les acteurs, vous les intervenants, vous les créateurs. Elle ne se redressera pas sans vous parce que vous êtes les forces vives, parmi d’autres, du pays. La culture est l’un des domaines les plus fertiles en création de richesse, pas seulement matérielle, en termes de création d’emploi. Il y a dans l’ensemble des métiers culturels plus de salariés que dans l’automobile. Je veux défendre l’automobile, mais je veux aussi promouvoir la culture – et pas simplement la culture de l’automobile !

La culture est aussi un élément de notre industrie, au moment où nous parlons à juste raison de la réindustrialisation du pays, de la mutation qu’il faut accomplir, de la capacité qui doit être la nôtre d’être plus forts dans la compétition sans qu’il soit besoin de mettre en cause des droits sociaux ou le coût du travail. La compétitivité, ce n’est pas simplement une affaire économique, c’est une affaire de société. Et la culture, avec ses industries, contribue à notre vitalité et à notre présence à l’étranger.

Enfin, la France ne se redressera pas sans sa jeunesse, qui espère tant dans la culture et dans sa force créatrice. Permettez-moi juste une anecdote. Je visitais à Pierrefitte, il y a quelques jours, en Seine-Saint-Denis, une association qui accueillait des élèves décrocheurs – vous savez, ces élèves qui quittent l’école avant la fin de l’obligation scolaire, qui n’en peuvent plus, qui vivent l’échec trop durement pour rester dans l’institution qui devrait pourtant leur donner la promotion et la fierté d’apprendre. Un de ces jeunes me disait qu’il avait trouvé dans cette association non seulement l’accompagnement scolaire qu’il était venu chercher (il avait été exclu pour son comportement), mais que ce qui l’avait surtout fait changer, c’était l’atelier de théâtre dans lequel il s’était inscrit et qui lui avait permis de trouver confiance en lui, la découverte des arts et la compréhension du monde. Voilà, la culture c’est aussi et c’est toujours un facteur d’émancipation, de fierté, de reconnaissance, d’élévation.

Et donc, si je mets la culture aussi haut, c’est parce que je mets la jeunesse en premier. C’est avec son intelligence, son ardeur, sa vitalité que nous réussirons. La France doit changer. Je ne vous dirai pas de quoi, je ne vous dirai pas de qui, je vous dirai simplement qu’elle doit changer. Cela va bien plus loin que le choix d’un homme ou d’une femme. C’est le choix, aussi, d’une politique, d’une vision, d’une ambition, d’un esprit. C’est le choix, aussi, d’une manière d’être ensemble, de partager des valeurs, de se donner un espoir plus grand que nous, de nous dépasser.

Voilà pourquoi la France doit changer : pour être, finalement, davantage elle-même, être digne de sa culture, de son histoire, du respect que partout dans le monde elle inspire aux amoureux de la liberté. Voilà pourquoi je suis ici, en amoureux de la liberté, en amoureux de la France et en amoureux de la culture !

Merci.

Culture en luttes, Intermittence, Médias, secrétariat national culture, Spectacle vivant

QUEL AVENIR POUR LE LIVRE ?

08/01/2012

Réunion de la Section culture du 12 décembre 2011 Salle Poperen, Solférino

 

La Section Culture du PS s’est réunie  le 12 décembre au siège du Parti Socialiste, salle Poperen.

 

Nous recevions, de gauche à droite sur la photo :

Jérôme Dayre (librairie Atout Livre, Guillaume Husson (Syndicat des libraires), Albert Dichy (I.M.E.C.), Alain Giffard (Lecture numérique).

 

Etaient également parmi nous :

Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat national de l’Edition (S.N.E.), Johann G. Louis (écrivain et illustrateur), Gérald Dittmar (éditeur et écrivain).

—–

Cette réunion est l’occasion de faire le point sur la situation du livre en France, des attentes de la profession, sans nécessairement tomber dans le corporatisme, et d’ébaucher des débuts de réponses.

—–

Christine de Mazières (S.N.E.) « La situation du livre face à la révolution des technologies numériques qui, si elle permet de toucher de nouveaux publics et d’augmenter la visibilité des œuvres, soulève des inquiétudes face à l’irruption dans le métier d’acteurs considérables avec des stratégies particulièrement opérantes.

Ces très grandes sociétés cherchent à créer des contenus à des prix de plus en plus bas, quitte à enfreindre les régulations en vigueur.

Le numérique ne représente que 1,8% du marché et 0,6% des stocks.

Nous nous sommes opposés aux groupes comme Google avec une procédure entamée en 2006 et remportée en 2009. 16 pays ont suivi pour un prix unique du livre numérique à moins de 20 euros qui permettrait une démocratisation de l’accès.

Les livres ne sont pas des biens de consommation mais des œuvres.

Les éditeurs réclament une forme de régulation que l’Europe par le biais de la direction à la concurrence ne leur accorde pas toujours, beaucoup de lobbies cherchant à avoir accès à la commission pour modifier le prix. Allemands, espagnols, finlandais, portugais, etc. sont sur cette ligne de prix unique.

 

Or, dans ce contexte de grande facilité du domaine, la TVA du livre est susceptible de passer de 5,5 à 7%, alors que 21 pays ont exonéré le secteur à 0%.

Des problèmes pratiques ont entraîné deux mois de retard entre le marquage des exemplaires par rapport au stockage.

Le taux réduit sur le livre numérique ne compense rien du tout. Or la commission considère que les biens dématérialisés créent un service d’où une taxe alors que l’on a affaire à des œuvres singulières qui devraient générer des droits d’auteurs.

 

L’audiobook a marqué une victoire, des associations d’aveugles faisant valoir le côté indispensable de tels produits.

 

Nous avons en France des catalogues d’œuvres indisponibles sous droits mais qui ne sont pas commercialisées dans un temps où la numérisation continue des autres oeuvres continue. Nous pourrions utiliser les ressources du grand emprunt européen pour numériser 500 000 de ces œuvres et les mettre à disposition du public via la BNF afin d’en mutualiser les coûts de gestion. Un projet de loi a été présenté qui doit être voté ce vendredi. Nous sommes les premiers en Europe et on nous observe dans les autres pays de l’Union Européenne. On pourra ainsi créer des bouquets généraux en accès particulier ou via les médiathèques. C’est un beau projet. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni (Secrétaire de la section Culture)

« les problématiques fiscales sont un sujet majeur qui demandent une refonte générale. Il faut soutenir l’existant. Face au changement d’orientation des taxes du C.N.C. quant à la création du C.N.M., y a-t-il une « agenciarisation » possible ? Il y a un Centre National du Livre, C.N.L., un Comité du Livre qui soutient la profession via deux taxes, l’une sur le chiffre d’affaires des éditeurs et l’autre sur les appareils de reprographie. »

 

Alain Giffard (ancien directeur informatique de Gallica (bibliothèque numérique), membre de la commission pour l’accès internet, ayant travaillé sur le fossé numérique et la culture numérique), attire notre attention sur le problème de la lecture depuis 1990.

« La lecture publique a reculé et l’enquête PISA note une baisse des performances, on lirait moins, face aux moyennes de l’OCDE, elles-mêmes en baisse.

Le problème de la citoyenneté à travers la culture se pose : dans un foyer-type, le père ne lit pas, le fils et la fille ne lisent pas beaucoup. On assiste à une balkanisation, situation jamais analysée, ni traitée par aucun gouvernement. La suppression de la méthode globale n’a pas suffi. C’est lié à la question des immigrés pour Guéant…

 

On note en tous cas un écart de 10 points entre filles et garçons qui arrêtent de lire en 6eme. 20% des 19 ans à l’examen du service militaire avaient un niveau de 6eme quand ils savaient lire.

Il y a eu une grande enquête sur les pratiques culturelles en 1990 qui montrait une baisse de la lecture. Or, le chiffre d’affaires des éditeurs augmentant faisait penser qu’il s’agissait d’une erreur.

Les éditeurs reprochent à Hollande son soutien au Sky blog (qui est vu comme un outil de décervellement des jeunes) et veulent sortir de cette équation qui réduit leur visibilité, à la différence de la télévision qui l’augmentait, d’une certaine manière.

Par rapport au numérique, on assiste à une concurrence entre deux lectures, référencielle et symbolique. « Google rend t-il idiot ? » demande un rapport canadien.

La lecture numérique ne peut pas se substituer à la lecture traditionnelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire) dénonce la fiction des soit-disant publics alternatifs.

Il faut développer la culture du numérique mais ne pas laisser filer les choses. Les enfants sont devenus des consommateurs, pas des acteurs… Les garçons lisent beaucoup moins que les filles et la plupart des professionnels du livre sont des femmes.

Les pères préfèrent se la jouer cool vis à vis de leurs enfants en recourant à des gadgets électroniques.

Il y a des effets pervers avec la lecture-jeunesse basée sur le marketing et « segmentante » (sexe, âge, génération), alors qu’il existe une littérature de la révolte, comme Rimbaud, pour la poésie. A 30 ans on n’a plus accès à la littérature de sa jeunesse d’où une certaine nostalgie.

Il faut dénoncer la disparition de Tick’art qui associait les enfants et les éditeurs par le biais des auteurs avec un chèque de 8 euros dispensé par la Région. Des centaines d’enfants bénéficiaient de cette mesure surtout dans les milieux défavorisés. Le livre dans ce cas était choisi par centres d’intérêts… Les filles, c’est surprenant,  demandent des histoires douloureuses qui finissent bien.

C’est une politique qui avait du sens.

On perd les ados vers 15 ans et on ne les retrouve qu’avec la paternité…

La lecture chez les étudiants recule.

Les médiathèques sont équipées mais on ne tire pas toujours bénéfice de cette chance. Des politiques spécifiques doivent être imaginées… Des livres pour les boursiers…

Des concours de lecture à voix haute sont par exemple organisés en Allemagne depuis 1959. « Histoires et Paroles » est une réplique expérimentale qui marche. »

 

Jean-Paul Bessières-Orsoni note une montée de la ségrégation culturelle avec une segmentation des publics alors qu’on observait auparavant un phénomène de démocratisation… Nous sommes à présent dans une société de consommation qui a conclu une alliance historique objective avec le marketing pour vaincre le collectivisme. A l’exemple d’Ars Industrialis de Stiegler (association  internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit) qui dénonce la demande qui est faite aux élèves d’adopter les valeurs d’un système qui les détruit, il est temps de repenser les choses face à ces messages « excluants ».

Les spécialistes de la culture et de la politique ont le devoir de lire et pas uniquement de se faire une opinion grâce à la télévision.

C »est le modèle scolaire de Jules Ferry et de Kant. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Sur France Culture, une institutrice se plaignait de difficultés à enseigner des mots nouveaux comme par exemple « succulent » associé par les garçons à un « mot de filles ». Le rejet de la culture devient alors un critère d’identification sexuelle. »

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Rejeter la lecture, c’est se comporter en « homme » pour certains… La proportion de ceux qui lisent est de 10 femmes pour trois hommes, même si le terrain est plus complexe. Il faut être prudents et ne pas stigmatiser les « banlieues » ce qui en soit n’est pas une notion précise. »

 

 

Un intervenant depuis la salle

« Dans le cinéma on assiste à une dérive industrialisante avec une disparition des « films du milieu ». Qu’est ce qu’un espace public vis à vis d’un espace de notoriété ? »

 

 

Albert Dichy (directeur artistique à l’IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« Un livre, a fortiori une œuvre, est le substrat d’une vie et nécessite une prise en compte sensible. Or la fréquentation des bibliothèques baisse depuis un an… Les visites se désamplifient. »

 

 

Guillaume Husson (délégué Général du Syndicat des Libraires)

« L’édition est stable par rapport au marché mais l’évolution de la lecture marque une baisse qualitative et la diminution de l’esprit critique, facteur de démocratisation.

Les forts lecteurs, qui lisent plus de 20 livres par an se comptent pour la plupart dans une population vieillissante.

Le secteur du livre fait vivre 700 000 titres. Aucun autre secteur ne présente le même dynamisme en terme de diversité. Il faut défendre cette richesse en jouant sur les cadres législatifs, fiscaux, économiques du secteur et soutenir les éditeurs mal lotis qui sortent des sentiers battus et sont la force créative de l’édition.

Pour la diffusion, les libraires créatifs ne sont pas forcément incompatibles avec les grosses machines commerciales de type centres Leclerc, mais il faut mettre l’accent sur les librairies de proximité qui permettent les vraies découvertes et le maintien des livres dans les grands réseaux. »

 

 

Jérôme Dayre (libraire)

« Atout Livres a une politique d’animation qui compte : le travail qualitatif a un coût qui n’est plus couvert par les éditeurs. Or nous avons la traduction la plus importante du monde.

Défendre les éditeurs, libraires et auteurs, c’est maintenir le prix unique du livre face à la commission. Il y a un consensus sur le prix unique du livre numérique qui doit jouer sa partition dans l’univers du numérique avec la concurrence d’Amazon, Kindle, iBook.

Mettre des équipements numériques dans les librairies parait être une fausse bonne idée et un pari risqué. La communication interactive aura sa place mais celle-ci doit se justifier. Créer des blogs n’est pas cher et c’est pratique mais concevoir des sites marchands peut être hors de prix pour de petites libraires qui auraient avantage à mutualiser leurs moyens en créant des communautés de libraires.

 

Il y a des cinémas Art et Essais et des théâtres subventionnés, mais y aura t-il des libraires aidés ? Les livres indisponibles ne pourraient pas générer des droits en vertu des contrats léonins qui lieraient les éditeurs parce qu’il faudrait qu’ils soient régulièrement réédités. L’Europe donnerait-elle les financements nécessaires ?

 

Sur un prix du livre de 10 euros un libraire ne touche que 3 centimes au final.

L’auteur touche 1 euro, c’est à dire 10%, 8% ou 5% suivant son contrat.

Le libraire touche 3,50 euros brut soit 38% à 35% suivant l’éditeur. La masse salariale est de 20 à 25% or face à la qualification des libraires, le salaire est très bas… de l’ordre du SMIC alors qu’il devrait être de 4000 à 5000 euros…

Le métier demande de longues études, un talent de commerçant, et une compétence 2.0. Il y a 3000 librairies qui seraient soumis à une augmentation de la TVA de 5,5% à 7% ce qui suscite des commentaires amusés sur le forum de l’émission de TF1 qui l’annonce… Or ce 1,5% provoquera une perte d’argent alors que l’on tenait difficilement en l’équilibre. On souhaiterait le maintien à 0% comme pour la presse qui a une TVA de 2,1% et un lobby plus fort… Une TVA à 0%, c’est 5,5 points à répartir. C’est nécessaire pour continuer. 21 pays le font dont les Anglais, les Irlandais, les Finlandais, etc… Il y a un calcul à faire en terme de coût d’une telle mesure.

Le prix unique du livre est fondamental sinon c’est la mort des libraires qui sont 600 à 700 à Paris pour une vingtaine de librairies indépendantes à Manhattan.

On assisterait à une disparition de la diversité dans les dépôts ou pour les livres. »

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques – spécialiste de la Commune de Paris )

Que fait-on pour les éditeurs en France ? La relation avec les libraires est super complexe, les frais étant supportés par ces derniers. Nous n’avons pas d’autonomie vis à vis des grands groupes de diffusion. Le libraire ne prend aucun risque, son apport revenant à devenir une sorte de prestation de service.

Nous avons 40% sur le prix, 35% avec Gallimard.

La FNAC a une politique très claire. Acheté / payé à 60 jours fin de mois avec retour des invendus.

Nous faisons des tirages de 200 à 300 exemplaires. Exemple d’ « une vie de Duval, général de la Commune » qui a demandé 5 ans de recherches.

Le Nouvel Obs est très prescripteur, or il ne prend pas ce genre de livres.

Nous tournons donc avec des circuits de 50 à 80 exemplaires en dépôts chez des libraires indépendants.

 

 

Albert Dichy (IMEC et spécialiste de Jean Genêt)

« L’IMEC a été créé en 1989 avec l’Institut des Manuscrits, or on note une disparition des manuscrits avec le numérique. Malgré un effet multiplicateur des œuvres au départ.

On assiste à la création d’une science créée par la disparition de son objet.

Autre chose se prépare.

Aux archives, nous ne disposons de la correspondance des auteurs que parce qu’ils nous confient de plus en plus souvent leur disque dur. Il y a une perte car ces textes ne sont pas imprimés. Il y a une consommation de l’échange qui est grosse de conséquences. Partager davantage entre les créateurs et les auteurs devrait être la règle. Le danger vient davantage de la lecture que de la création.

Sur un total de 60 000 titres nouveaux toutes disciplines confondues seuls 30 000 trouvent une audience et perdurent.

 

 

 

Gérald Dittmar (Editeur et auteur d’ouvrages historiques)

Nous  présente le magazine satyrique « Barricades » qu’il édite. Il  nous demande de l’aider à trouver son audience.

 

 

Nicolas Vidal (éditeur de livres et aussi d’un magazine culturel sur le net),

Excusé car retenu à Montpellier par un forte grippe, nous invite à découvrir le nouveau numéro de BSC news : http://www.wobook.com/WBBu3Qz9LJ9p/BSC-NEWS-MAGAZINE/BSC-NEWS-decembre.html

Médias, Patrimoine, Section culture

L’Assemblée Générale de la section Culture du PS s’est réunie

09/10/2011

Laurent Schuh des Arts et Mouvants

 

L’Assemblée Générale de la section Culture du PS s’est réunie le 3 octobre 2011 au siège du Parti Socialiste -Salle Guidoni-

L’ordre du jour était composé de deux parties :

 

1) problématiques générales du Spectacle vivant

avec :

Laurent Schuh (acteur, metteur-en-scène, directeur artistique de la structure internationale mobile LES ARTS ET MOUVANTS),

Claire Lamarre : Comédienne et metteur-en-scène (compagnie Les Matins clairs),

Jean-Pierre Chrétien Goni : Fondateur et directeur du «Vent se Lève! », Tiers-lieu, dans le 19ème arrdt de Paris, metteur en scène, universitaire (Conservatoire National des Arts et Métiers),

Geisha Fontaine : Chorégraphe, performer et chercheur en danse,

Cie Mille Plateaux Associés, docteur en philosophie de l’art,

Etienne Charasson : Architecte et scénographe, fondateur de l’association LECTURES&LECTEURS à Saint Pierre Toirac, dans le Lot, met en place des lectures de textes de théâtre en milieu rural ainsi qu’en milieu pénitentiaire.

 

2) Évocations des projets des candidats à la primaire relatifs à la culture et au spectacle vivant,

par :

François Adibi pour François Hollande,

Bruno Tackels pour Arnaud Montebourg,

Etienne Charasson pour Martine Aubry

 

Laurent Schuh est le premier à s’exprimer

http://www.lesartsetmouvants.com/  

« Nous cherchons à encourager le décloisonnement (des langages,  de l’espace -notamment urbain-), pour accentuer la participation citoyenne et interroger la notion de frontières, redéfinir la question de l’espace du sens dans la société, et générer du lien, mot à la mode pour de mauvaises raisons parfois, et qui doit être remis en cause tant il suscite d’interprétations erronées.

Le théâtre est une matrice de transformation du monde, mais il y a du retard dans l’accomplissement de ses démarches profondes tant cette institution géniale s’est figée. Nous sommes presque passés de l’écrin créé par Mitterrand, de l’aventure à la démobilisation. Or, il est le moteur de la culture pour une génération qui doit normalement permettre de procéder à un renouvellement. Et la culture ne remplit pas ce rôle.

 

Il faut un renouvellement de la pensée.

La culture n’est pas une marchandise. »


Le secrétaire de la section Culture poursuit :

 

« La culture a en effet reculé et nous en sommes à la repenser dans le cadre du parti pour dépasser le cadre budgétaire et renouveler nos engagements. Ses domaines et les œuvres qu’ils génèrent sont plus importants symboliquement, ainsi qu’en termes de retour, que ce que produisent n’importe quels type de produits manufacturés.

Au cœur d’un projet de transformation du monde, il doit y avoir une vision de l’homme et de ce qu’il est capable de créer au sein de sa culture. »

 

Le Spectacle de Geisha Fontaine

Geisha Fontaine

http://www.milleplateauxassocies.com/

Evoque le domaine de la danse en soulignant la signification d’un engagement pris à deux pour diriger un projet entamé à l’âge de seize ans qui lui a par la suite donné envie de mener une réflexion théorique. Elle met en relief l’importance du travail de la compagnie Mille Plateaux Associés dans le 94 et le 93, un positionnement fait dans le choix de l’ouverture.

Elle rappelle l’importance centrale du statut de l’intermittence dans le processus de création, rôle très positif d’un dispositif qui permet la richesse et la diversité d’une multiplicité de formes. Elle souligne la nécessité d’un renforcement de ces statuts.

… « Le soutien à la création est nécessaire de même que celui aux résidences d’artistes (sans les rendre définitives). L’enjeu est de confier à la fois plus de moyens et de responsabilités à l’artiste. Il faut aussi mieux prendre en compte les propositions pluridisciplinaires, réfléchir à des formes moins étiquetées.

Il ne faut surtout pas opposer ce qui serait populaire à ce qui serait pointu, mais favoriser au contraire la multiplicité des démarches.

L’art à l’école enseigné par des artistes est en régression, or ce cadre est fondamental pour les enfants et pour l’accès à la culture…

Selon l’Adami, 80 % des fonds vont aux administratifs et 20% aux artistes.

On constate la complexité croissante des dossiers à remplir (solde, restitutions, etc.) qui éloignent du travail de création. L’allégement d’une forme exagérée de bureaucratie est compatible avec une rigueur de gestion.

Il faudrait envisager une vaste consultation nationale entre les artistes et les politiques. Organiser des concertations entre les artistes et les décideurs, les artistes ont plein d’idées ! Les politiques doivent veiller à ne pas instrumentaliser la culture. »

 

         Le secrétaire de Section :

« Le statut de l’intermittence doit être amélioré, certains de ses pans étant d’ailleurs sujet à des détournements (notamment dans l’audiovisuel). Cela pose la question des périmètres de l’action publique. On doit imaginer un statut de l’artiste. Cela est significatif du poids du contrôle de la norme, malheureusement imposée. »

 

          Nathalie Saïdi (Cie des Arts et Mouvants):

« Cela crée à la fois stigmatisations et culture du soupçon. Le contrôle ne doit pas créer de l’isolement. Il faut réviser l’évaluation et l’expertise si on veut éviter les dysfonctionnements. Le système est poussiéreux et archaïque et on doit revenir aux statuts de l’intermittence.

 

Battons-nous pour un vrai 1% qui devrait être en réalité porté à 10 %... en y introduisant la participation d’autres secteurs. Recherche, santé, innovation, etc. sont tous liés à la création : Un bon spectacle peut être plus efficace qu’une longue cure thermale !..

Jack Lang nous a laissé un héritage riche et presque trop lourd dans la mesure où certains lieux sont sous-utilisés, ou demandent des frais de fonctionnement qui empiètent exagérément sur les budgets alloués aux spectacles. Il y a une inflation des structures, où 80% des budgets vont au fonctionnement. Or, c’est la baisse des baisses, les collectivités étant elles mêmes menacées. L’artiste est en bout de chaîne et subit cette diminution de plein fouet. Comment vivre dans une société qui violente ses créateurs ? Comment créer un futur qui soit acceptable pour nos enfants ? »

 

 

Le secrétaire de Section :

« Il faut sanctuariser le budget de la culture et se poser la question de l’école et celle des organes de diffusion audiovisuelle dans le rapport qu’ils permettent ou pas avec la nouveauté. L’école fonctionne encore dans ce pays comme il y a cinquante ans or la clef commence à l’école. »

 

 

Etienne Charasson :

« Nous menons des actions de lecture de théâtre contemporaine en milieu rural et nous constatons l’intérêt des gens pour ces manifestations, ce qui pose la problématique d’une culture jamais allouée de manière pérenne ou cohérente.

On parle à juste titre de déserts culturels ; exemple du Lot : 160.000 habitants et un seul théâtre, en Aveyron, deux salles pour 300 000… Les compagnies locales souffrent de l’emprise de potentats locaux.

Là où je suis, ce sont 20 compagnies de création contemporaine qui sont lésées. Or, on note le succès de textes ardus.

Nous réussissons, grâce à l’association, à faire venir les meilleurs  auteurs.

Nous travaillons aussi en prison où la coopération entre les SPIP et le ministère de la culture permet des initiatives. Mais l’accès aux œuvres est rarement créé pour ces hommes que la culture pourrait réconcilier avec la société. Exemple des ateliers d’écriture avec Jacques Serrena.

 

Tout s’articule autour de la mémoire, du savoir, de la création et de la transmission.

 

Les arts peuvent traiter de leur place dans la société. Lavoisier disait :

« une nation dans laquelle les arts et la science sont languissants finit invariablement par devenir languissante elle même. »

On note un risque d’apathie. Des sociétés moins intéressantes, reposant parfois sur des principes d’oppression, sont en train de prendre le pas sur les nôtres.

Il faut réfléchir à la question des intermittents et au problème du budget.

 

Il faut que le Ministère soit mieux doté mais pas dans sa forme actuelle…

Penser à la question des régions, aux besoins en milieu rural. Beaucoup de citadins se sont installés. Les agriculteurs vont au théâtre. Plein de petites villes sont en manque et n’ont pas les moyens.

Exemple des Midi-Pyrénées où il y a 340 compagnies et une misère de l’organisation qui leur est destinée.

Ma compagnie reçoit 6000 euros de la région pour 65 spectacles et des milliers de spectateurs

 

Certains lieux ne servent à rien. Ludiques, amusants, familiaux, certes, mais ni pour la création, ni pour les artistes…

 

Il faut de véritables professeurs et du temps de cours.

Dans l’action de formation et de médiation on se trompe de personnel… (les artistes ne sont pas forcément les meilleurs médiateurs… Ce n’est pas toujours leur rôle).

 

La culture est un liant important de la société.

Beaucoup de politiques sont cultivés, mais peu se préoccupent de faire vivre cette culture.

Marciac et Figeac assèchent les crédits alentours dans le jazz et le théâtre : cela pose le problème de la répartition. Ce qui brille n’est pas nécessairement ce qui touche les populations. Au fil des années, les bénévoles s’épuisent ou deviennent des professionnels.

Les artistes doivent vivre décemment et pas seulement du RSA ! »

http://www.lectures-et-lecteurs.com/

 

Le secrétaire de Sectio :

« Cela pose là aussi la question budgétaire,  l’importance du montant des sommes allouées et des postes créés… »

 

Claire Lamarre (en préparation du spectacle Lavoisier, l’autre Révolution, pour le théâtre de Charenton, mars 2012)

http://www.lesmatinsclairs.fr/

« Nous avons fait la proposition d’allouer l’espace disponible des théâtres publics qui sont vides pendant l’été de juin à septembre à des compagnies émergentes avec des directions tournantes pour les CDN avec un tirage au sort et une prise de direction du lieu pour y créer des spectacles innovants programmés en proximité avec le public. Ce serait une manière de donner de la place et du pouvoir à la jeunesse et à sa vitalité (proposition est reprise par Arnaud Montebourg).

 

 

Jean-Pierre Chrétien Goni :

http://www.leventseleve.org/

« Nous revendiquons la possibilité d’être autre chose que le 104 (qui est juste ce que l’on ne fait pas).

Nous cherchons à donner de l’indépendance et de la souveraineté à la culture sans attendre une manne. Nous ne voulons pas nous sentir coupables d’un plaisir qui serait banni.

La politique actuellement menée nous rend insensiblement dépendants du marché. Nous refusons cette logique de PME qui nous est calquée où la marchandisation de la culture est en marche y compris dans des espaces de proximité.

C’est une résultante du schisme de 1959. Culture et jeunesse ont été dissociées… une grande réflexion est nécessaire. Il faut revenir sur certains fondamentaux. L’éducation populaire, la jeunesse…

Les arts ne sont pas à part, comme une caste de la société.

Cela pose la question du statut du métier.

Quand est-on artiste ?… Quand on en vit ?

      … C’est une bulle que l’on contemple de loin alors que c’est la chair, le ciment de la société.

Qui sont les hommes de la culture ?… Une chose lointaine ? Alors que « Mille Fleurs Fleurissent ».

 

La culture doit apparaître à l’école, ailleurs… Elle doit porter ces lieux, mais on doit ouvrir des lieux complètement nouveaux.

Les nouveaux médias sont un bon exemple et offrent de nombreuses possibilités sans que l’on soit tous retranchés derrière nos machines. Le plaisir doit être un guide. Mais nous devons pouvoir dire non à certaines dérives…

Nous devons penser à la nature contributive de la pratique artistique…  Quel type de contribution ?

Faire du théâtre avec des personnes qui nous nourrissent, intellectuellement.

Prendre de la place, aborder une scène, c’est une contribution énorme, un endroit où l’on partage.

Se distinguer de cette « spectacularisation » du spectacle de télévision où c’est consommer ou partir.

Briser la logique du poids de la télévision sur les pratiques artistiques (une pièce télévisée, Les Perses d’Echyle a décidé de ma vocation).

Il est possible de faire de la qualité à la télévision et c’est la même chose pour les nouveaux médias.

Le faire, le tenter, le réaliser… -« A te regarder, ils finiront par s’habituer... » (René Char)-.

Nous lutterons contre la confiscation de la culture.

En 1981, une fois aux manettes, nous avons laissé faire, plus cette fois… Nous serons vigilants…

Le lieu de création et d’éducation populaire Le vent Se Lève ! (Paris 19) a le plaisir d’accueillir Une ronde militantepièce de théâtre écrite par Jacques Jouet à partir de rencontres avec des militants politiques, syndicaux, ou associatifs du bassin creillois.

 

A eux tous, dans leur diversité, ils sont la mémoire vivante de la nécessité des luttes pour plus de justice sociale. Une Ronde militante témoigne de cela, sa création leur est dédiée.

 

En seconde partie de cette Assemblée Générale,  comme annoncé,

François Adibi, pour François Hollande,

Bruno Tackels, pour Arnaud Montebourg,

et Etienne Charasson, pour Martine Aubry,

ont présenté les propositions de leurs candidats

telles qu’elles sont reprises dans leurs programmes respectifs….


Section culture, Spectacle vivant

Réunion de la section Culture Lundi 3 Octobre à 19H00

23/09/2011

theatre1

Chère(s) Camarades, nous reprenons nos réunions de section en poursuivant le cycle thématique que nous avons initié.

La prochaine Réunion se tiendra au PS 10, rue de Solferino

Lundi 3 Octobre, salle Guidoni

à Partir de 19H00

Nous vous invitons à  une discussion-débat autour des problématiques générales du Spectacle vivant et tout particulièrement autour des

NOUVELLES EXPRESSIONS DU SPECTACLE VIVANT

et DE LA CREATION CONTEMPORAINE ,

des conditions de l’émergence de ces nouvelles expressions, de la transmission de celles-ci , et de l’accès des publics .

Je remercie très vivement les intervenants suivants, qui nous apporteront l’éclairage de leur pratique et de leur engagement.

Isabelle Barbéris : Maître de conférences en Arts du spectacle à l’université Paris 7 Denis Diderot où elle enseigne le théâtre contemporain. Auteur de livres, ses recherches portent sur l’émergence de la scène contemporaine et les liens possibles entre une pensée esthétique, économique et politique.

Jean-Pierre Chrétien Goni : Fondateur et directeur du «Vent se Lève! », Tiers-lieu, dans le 19ème arrdt de Paris, metteur en scène, universitaire (Conservatoire National des Arts et Métiers).

Laurent Schuh
: Acteur, Metteur-en-scène, Directeur artistique de la structure internationale mobile LES ARTS ET MOUVANTS, compagnie à l’endroit des mondes allants vers.

Claire Lamarre
: Comédienne et metteur-en-scène (compagnie Les Matins clairs). Actuellement en préparation du spectacle Lavoisier, l’autre Révolution, création pour le théâtre de Charenton, en mars 2012.

Etienne Charasson
: Architecte et scénographe, il travaille à la Colline puis au TNS, au Rivoli Teatro Municipal à Porto et  CDN de Dijon et de Béthune. Il y a 10 ans, il fonde l’association LECTURES&LECTEURS à Saint Pierre Toirac. dans le Lot. Il met en place des lectures de textes de théâtre en milieu rural ainsi qu’en milieu pénitentiaire.

Geisha Fontaine
: Chorégraphe, performer et chercheur en danse. Avec Pierre Cottreau, elle a créé quatorze spectacles chorégraphiques au sein de la compagnie Mille Plateaux Associés. Docteur en philosophie de l’art, elle a écrit plusieurs livres et a contribué à diverses revues et ouvrages, notamment aux éditions du CNRS.

D’autre part notre actualité est sur le plan général bien sur focalisée sur les primaires. Je vous joins à toutes fins utiles le lien pour trouver votre bureau de vote:

http://www.lesprimairescitoyennes.fr/

Chère(s) Camarades, en seconde partie de notre reunion. nous entendrons 3 interventions dans le cadre des primaires pour François Hollande, Arnaud Montebourg et Martine Aubry.

Amitiés Socialistes

La Commission administrative de la section Culture : François Adibi, Pierre Balas , Gilles Combet, Evelyne De Paris, Gilles Marchand, Alain Schlick, Rosine Young.

Le Secrétaire de la Section Culture

Section culture, Spectacle vivant